Paul Lembrechts, victime de limogeage politique à la VRT?

©Tim Dirven

Le ministre flamand des Médias Benjamin Dalle (CD&V) nie toute machination derrière le licenciement du CEO de la VRT. C’est la tension qui régnait au comité de direction qui aurait joué. Ce lundi, le personnel du groupe public flamand a entamé une grève de 24 heures.

"Dans une autre entreprise, ça n’aurait pas été différent". Benjamin Dalle (CD&V) est affirmatif. Et entend combattre l’idée de quelque grande machination autour du limogeage du patron de la VRT, Paul Lembrechts, décidé le week-end dernier.

Dans une interview accordée à nos confrères du Tijd, le ministre flamand des Médias dément avoir joué pour le compte du président du conseil d’administration, Luc Van den Brande, lui aussi un CD&V pur jus et vu par certains comme instrumental dans le dossier – se comportant "comme président, CEO et ministre à la fois", peste-t-on à gauche. "Les gens qui me connaissent savent qu’une telle image ne correspond pas à ma façon de travailler. Je n’ai besoin de personne pour me prendre par la main. Je pense et prends des décisions de façon autonome. La démission s’est faite sur ma proposition. J’ai eu une bonne discussion avec mes collègues du gouvernement et ils m’ont soutenu."

Le personnel de la VRT en grève

Le personnel du groupe public flamand VRT a entamé une grève de 24 heures lundi peu après minuit. Les syndicats et une partie des travailleurs contestent le licenciement du CEO Paul Lembrechts par le gouvernement flamand. La programmation télévisuelle et radiophonique de la chaîne a été adaptée.

Les syndicats estiment que le mouvement "est très bien suivi" mais ne sont pas en mesure de préciser combien de personnes ont arrêté le travail lundi matin. Plusieurs personnalités de la chaîne ont toutefois critiqué ces actions.

Tension grandissante

Et pour cause, pour comprendre la décision du démocrate-chrétien, il faut retourner quelques mois en arrière. En novembre exactement. À ce moment-là, au vu du conflit grandissant entre eux à propos de la stratégie à suivre, le grand patron de l’audiovisuel flamand entend dégager son numéro deux officieux, le directeur des médias et de la production, Peter Claes. Il en fait la demande expresse, mais le CA de l’entreprise audiovisuelle flamande ne suit pas.

Dans une autre entreprise, ça n’aurait pas été différent.
Benjamin Dalle
Ministre flamand des médias (CD&V)

Rebelote en décembre. L’escalade se poursuit. Un assessment est demandé à un médiateur externe, engagé pour la cause. Mais sans qu’il n’en sorte aucune avancée positive. Forçant le ministre à agir faute d’autre solution au niveau du comité de direction et de confiance rétablie. Le couperet tombe. Ce sera la fin de Paul Lembrechts, après quatre ans de service qui se devaient d’être marqués par une prise à bras-le-corps du virage digital. Pour ce qui est de Peter Claes, la décision incombe au CA, non au ministre.

Rapport secret

Du côté de l’opposition, il n’en fallait pas plus. Les réactions fusent quant à la décision: "règlement de compte politique", "complot". D’autant que le rapport relatant les tensions sur la situation n’a été communiqué dans son entièreté qu’au seul président du CA, Luc Van den Brande – les autres n’ayant été que débriefés.

Dalle renvoie la balle illico. En réalité, explique le ministre, "il ne m’appartient pas d’intervenir à ce sujet, mais bien au conseil d’administration lui-même. Même si je comprends l’approche, car il s’agit ici d’une évaluation, d’une appréciation des personnes. Qui a par contre été résumée oralement".

Une réponse qui n’a pas convaincu grand monde – certains le dénommant même le "fossoyeur de la VRT", en raison du fait que Paul Lembrechts se serait opposé catégoriquement à toutes nouvelles économies (voulues par le gouvernement Jambon dont Benjamin Dalle fait partie), ce qui lui aurait valu le soutien du personnel, mais aussi un désaveu politique.

À commencer par les syndicats, qui entendent le faire savoir. Une grève générale est en cours ce lundi.

"Je comprends que le personnel et les syndicats se sentent concernés."
Benjamin Dalle
Ministre flamand des Médias

CEO ad interim

"Je comprends que le personnel et les syndicats se sentent concernés, rétorque Benjamin Dalle. Avec la grève, ils peuvent exprimer leurs préoccupations. J’espère qu’après la paix pourra revenir. C’est d’ailleurs dans cette optique que Leo Hellemans (ancien journaliste et déjà ancien administrateur délégué, sorti de sa retraite pour l’occasion, NDLR) a été nommé CEO ad interim (idéalement jusqu’à l’été, NDLR). Il a de l’expérience au sein de la VRT et bénéficie de la confiance du personnel et de la direction. La dernière chose que l’on peut dire de lui est qu’il serait l’homme de paille du gouvernement". Objectif désormais? Travailler au prochain contrat de gestion de l’entreprise.


Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés