interview

Philippe Delusinne, CEO de RTL Belgium: "Sans subside, on ne revient pas en Belgique"

Philippe Delusinne dit ne pas comprendre le débat autour de l'aide conditionnelle de 30 millions accordée par la Fédération Wallonie-Bruxelles à RTL. ©Tim Dirven

Philippe Delusinne revient sur la polémique autour de l’aide attribuée à RTL Belgium par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour faire face à la crise.

RTL Belgium a présenté ses grilles de rentrée mardi. Pas de coûteuses grosses cartouches, contexte oblige, "mais des grilles volontaristes aux ambitions identiques que les années précédentes avec une vingtaine de nouveautés, essentiellement des productions propres", commente le CEO Philippe Delusinne.

"Je ne comprends pas ce débat sur notre aide; cet argent n’est pas un cadeau, il est assorti de plusieurs conditions."

Ce dernier est revenu sur les 30 millions d’euros de subsides que le groupe privé a demandés à la Fédération Wallonie-Bruxelles pour compenser la perte de recettes publicitaires due à la crise du coronavirus, en échange d’un retour dans son giron régulatoire  et l’abandon de sa licence luxembourgeoise. Une demande qui a fait grincer des dents dans le Landerneau culturo-médiatique au début de l’été. "Je ne comprends pas ce débat, lance Delusinne. Cet argent n’est pas un cadeau, il est assorti de plusieurs conditions (pour rappel: non-versement de dividendes, maintien de l’emploi, investissement dans la production locale…, NDLR) et doit nous permettre de continuer à assurer ce qui a fait, entre autres, notre succès et qui est la pierre angulaire de notre grille de programmes: l’information, via nos journaux télévisés, le débat de société dominical, etc."

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25
millions d'euros
C'est le coût annuel de la couverture de l'information pour RTL.

Philippe Delusinne l’affirme: RTL s’est elle aussi assignée des "missions", comme assurer le pluralisme de l’info. "Cela coûte de l’argent, plus de 25 millions d’euros par an pour une rédaction de 150 journalistes, mais cela n’en rapporte pas, alors que notre rentabilité s’amenuise avec la concurrence de Netflix et bientôt de Disney+, de TF1, l’érosion du public jeune et maintenant le Covid-19", argumente-t-il. "Comme société privée, ce serait facile pour nous en période difficile de couper dans ce qui ne rapporte pas. On a choisi le contre-pied et donc de demander cette aide pour continuer à assurer ce pluralisme de l'info."

"Ce serait facile de couper dans ce qui ne rapporte pas, comme l'info. On a choisi de demander cette aide pour continuer à assurer le pluralisme."

Dans l'attente du feu vert européen

Cette aide d’État est aussi conditionnée à l’aval de la Commission européenne, attendu dans les semaines qui viennent: "Nous sommes sereins sur son aboutissement, c’est une aide liée à des circonstances particulières qui a des précédents, comme au Danemark", commente le patron, qui prévient: "Il ne faut pas se tromper: si d’aventure on ne devait pas l’obtenir, on gardera notre licence luxembourgeoise. Car rien ne nous oblige à revenir en Belgique, pas même la nouvelle directive SMA." Un avis qui n’est pas partagé par tout le monde, à commencer par le CSA. De plus, une série d’actes concrétisant la fusion d’entités belges et luxembourgeoises de RTL viennent d’être publiés au Moniteur. "Ils n’ont pas encore été validés par notre assemblée générale, mais pour avancer dans le dossier, on a pris les mesures administratives nécessaires, car on a la conviction que nous allons obtenir cette aide."

Et quand on lui fait remarquer que sa maison mère, RTL Group, n’est pas vraiment dans le besoin, ni non plus Bertelsmann qui contrôle l’ensemble, la réplique fuse: "RTL est une entreprises privée qui doit apporter des dividendes à ses actionnaires, on peut trouver ça bien ou mal, c’est un état de fait. Nous avons la possibilité de solliciter cette aide, on serait fous de ne pas le faire. Je rappelle d’ailleurs que d’autres médias privés, comme les journaux, bénéficient de l’aide à la presse depuis longtemps. Je ne vois pas en quoi il est inacceptable que RTL bénéficie elle aussi d’une aide publique."

Philippe Delusinne rappelle aussi que ce montant de 30 millions pourrait diminuer si la conjoncture publicitaire devait soudain s’améliorer. Autrement dit, si la perte due à la crise du Covid devait se limiter à 15 millions, RTL en recevra 15. "Alors qu’on encaisse la perte en 2020, l’aide sera distribuée sur quatre ans, alors que sur la même période, la RTBF bénéficiera de 1,250 milliard d’aides publiques tout en ayant accès à la publicité. Je trouve donc ce débat déplacé."

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