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interview

Philippe Delusinne: "RTL doit rester leader du marché"

©saskia vanderstichele

À l'aube d'une rentrée médiatique sous le signe du "local", RTL Belgium se prépare en coulisses à changer d'actionnaire. Philippe Delusinne, son CEO, fait le point sur la situation de son entreprise qui, à peine sortie du covid, doit toujours trouver la recette pour affronter des géants comme Netflix.

Où en est le rachat de RTL par Rossel et DPG Media?

Le rachat ne sera probablement pas effectif avant janvier. Il va être soumis à l’approbation de l’ABC (Autorité belge de la concurrence, NDLR) et cela va prendre jusqu’à la fin de l’année pour avoir leur accord. Aujourd’hui, on connait l’intention des vendeurs et des acheteurs, mais c’est tout. On n’a pas encore de réunions stratégiques par exemple.

Mais vous connaissez très bien Christian Van Thillo (DPG Media) et Bernard Marchant (Rossel), vous avez déjà dû discuter avec eux des synergies possibles et du futur?

Oui, nous sommes proches et nous nous voyons régulièrement, mais on ne travaille pas encore sur des projets. Quand on aura l’accord de l’ABC, on pourra travailler sur les synergies que nous pouvons avoir entre les différentes entités, voir ce qui se passera avec la licence luxembourgeoise ou avec la régie. Ce sont toutes des questions qui n’ont pas de réponse pour l’instant. Chacun dans son coin réfléchit, mais on ne met pas encore nos réflexions en commun.

Cette période de flou est-elle préjudiciable pour RTL Belgium?

Non, c’est “business as usual”. On n’a pas le temps de gamberger. Nous sommes très rassurés par les deux repreneurs, car ce sont des gens qui nous connaissent. On n’achète pas de la valeur pour la détruire ensuite et je pense que nous avons été achetés à un prix correct et décent. Les repreneurs ont envie de renforcer la valeur de RTL. La manière dont on a terminé l’année 2020 et celle dont on a entamé l’année 2021 sont plutôt positives.

"Je n'ai jamais douté de l’importance que nous avons. J’ai douté de l’importance que certains nous donnaient en voyant le traitement différent entre la RTBF et nous."

Les résultats du premier semestre 2021 étaient bons, mais pas encore au niveau pré-covid. Quand espérez-vous retrouver les chiffres d’avant pandémie?

On sait que la télévision linéaire est sous pression. L’année dernière en juin, on pensait perdre plus 45 millions de recettes. Finalement, on n'en a perdu que 27 et on a terminé l’année avec 16 millions d'euros de bénéfices, c’était quasi inespéré. L’autre bonne nouvelle de l’année dernière, c’est que l’ensemble des ministres compétents ont considéré que RTL avait un vrai rôle à jouer dans ce marché en nous octroyant une aide de 30 millions d’euros à laquelle nous avons finalement renoncé. On s’est rendu compte de notre importance en matière de pluralisme.

Vous en doutiez?

Je n'ai jamais douté de l’importance que nous avons. J’ai douté de l’importance que certains nous donnaient en voyant le traitement différent entre la RTBF et nous. Je suis le premier défenseur d’une chaine publique, mais elle doit exister avec des obligations de service public et pas des dérives commerciales.

Par quoi passe la reprise chez RTL? Plus de contenus maison? Des investissements dans le numérique?

On parle beaucoup de technologie pour le moment, mais notre premier métier reste de faire du contenu. La manière dont on le propose aux gens, c’est une autre discussion. Concernant le contenu propre, entre l’intention et la réalité, il y a l’économie. Je ne demande pas mieux de faire plus de local, mais il faut savoir le payer. Nous allons voir avec nos nouveaux actionnaires quel est l’équilibre entre leurs exigences de rentabilité et ce qu’ils sont prêts à investir.

"Nous sommes dans un marché de 4,5 millions d’habitants, perméable à la France et avec un opérateur public qui est largement subsidié. Trouver notre place là-dedans en étant rentables, c'est un petit miracle."

L'accent local, c’est votre recette face aux géants comme Netflix?

C’est la recette absolue pour les contrer. La proximité, qui est souvent galvaudée, est vitale et nécessaire. Cela va de la speakerine qui annonce les programmes à l’information proprement dite.

Sur quelle plateforme faut-il diffuser ce contenu?

Sur toutes les plateformes, nous n'avons pas le choix. On sait que les jeunes délaissent en partie le linéaire, il faut aller ailleurs et être partout. Nous le serons.

RTL n’a-t-il pas raté le virage du numérique?

On n'a rien raté du tout. On a géré les impératifs de rentabilité de l’entreprise et l’apport que le groupe RTL pouvait nous donner. Il y a des luxes que l’on ne peut pas se permettre. Nous sommes dans un marché de 4,5 millions d’habitants, perméable à la France et avec un opérateur public qui est largement subsidié. Trouver notre place là-dedans, avec l’ambition qui est la nôtre, en faisant tout ce qu’on fait et en étant rentables au bout du compte, c’est un petit miracle tout de même. Et il faut qu’il perdure, ce miracle.

Et votre place à vous, est-elle encore à la tête de RTL? On cite plusieurs noms pour vous remplacer depuis le rachat.

On ne peut rien faire contre les rumeurs. J’ai toujours dit qu’à 67 ans, j’arrêterai, il me reste deux ans et demi. Mon ambition, c’est d’accompagner ce changement d’actionnariat qui prendra bien deux ans, ensuite quelqu’un prendra la relève.

Les phrases clés

  • "On a terminé l’année avec 16 millions d'euros de bénéfices, c’était quasi inespéré."
  • "Je suis le premier défenseur d’une chaine publique, mais elle doit exister avec des obligations de service public et pas des dérives commerciales."
  • "On sait que les jeunes délaissent en partie le linéaire, il faut aller ailleurs et être partout. Nous le serons."
  • "Nous sommes très rassurés par les deux repreneurs, car ce sont des gens qui nous connaissent."

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