Politico Europe dégage ses premiers bénéfices

Politico est une plateforme multimédia au sein de laquelle figure un magazine hebdomadaire. ©rv doc

La plateforme dédiée à l'actualité européenne a affiché une forte croissance l'an dernier. Conformément à son business plan, elle est désormais rentable. La crise ne semble pas l’avoir trop affectée.

Il y a un an, Shéhérazade Semsar, CEO de Politico Europe, nous avait assuré que la plateforme dédiée à l'actualité et aux coulisses des institutions européennes dégagerait ses premiers bénéfices en 2019, soit quatre ans après son arrivée. Elle a tenu parole. Politico a enregistré l'an dernier un chiffre d'affaires de 18,3 millions d’euros, en hausse de près de 20%, et un résultat net de 670.000 euros, contre une perte de 910.000 euros en 2018.  

Le cocktail newsletters thématiques hyper spécialisées (au nombre de 13), magazine hebdomadaire (tiré à 15.000 exemplaires), publicité et événements semble toujours aussi efficace. "Nous avons beaucoup investi dans le contenu autour de thématiques fortes, comme la concurrence, le numérique, l'énergie, l'environnement, le Brexit, ainsi que dans la technologie", indique Shéhérazade Semsar. De quoi satisfaire un millier de clients – multinationales, lobbies, ONG et institutions – malgré un tarif plutôt costaud: compter 12.500 euros en moyenne par an, le prix variant en fonction du volume. Cela peut aller de quelques unités à des dizaines de milliers de comptes pour la Commission ou le Parlement européen. Ces abonnements représentent 55% des revenus de la plateforme, toujours détenue à 50/50 par Politico USA et le groupe allemand Axel Springer. Ils devraient atteindre les 60% en 2020.

18,3
millions d'euros de chiffre d'affaires
Politico a enregistré l’an dernier un chiffre d’affaires de 18,3 millions d’euros, en hausse de près de 20%

Le solde vient des événements thématiques autour de problématiques européennes, sponsorisés par des multinationales, et de la publicité, laquelle s'est maintenue alors que le marché n'est guère florissant. Car ces annonceurs sont très différents de ceux des médias classiques, ils sont prêts à investir pour toucher les vrais décideurs. "Aucun client ne pèse plus de 1% dans le budget, indique la CEO, car il est fondamental pour nous de garder notre indépendance et d'être totalement neutres: nous sommes l'arbitre dans le jeu européen, pas les joueurs, nous ne pouvons pas prendre parti.» Ce qui explique notamment pourquoi la plateforme n'hésite pas à accueillir des opinions de personnages comme le secrétaire d’État américain Mike Pompeo ou le président turc Erdogan.

Recrutements massifs

Shéhérazade Semsar souligne que cette production de bénéfices a permis à la société de continuer à investir. En début d'année, elle a créé 40 emplois, portant les effectifs à 160 collaborateurs dont 27 Belges, alourdissant ainsi ses charges… juste avant le début de la crise. À en croire Shéhérazade Semsar, cela ne devrait pas trop l’affecter. "Certes nous n'atteindrons pas la même croissance qu'en 2019 mais nous tablons quand même sur une hausse de 10% de notre chiffre d'affaires et nous resterons dans le vert, assure-t-elle; en réalité, la crise nous a ouvert des opportunités puisque nous avons organisé des événements virtuels et hybrides – en présentiel et en ligne – ce qui nous a permis d’avoir davantage d’orateurs de qualité. Cela me rend assez optimiste pour l’avenir.»

"Nous sommes l'arbitre dans le jeu européen, pas les joueurs; nous ne pouvons pas prendre parti."
Shéhérazade Semsar
CEO de Politico Europe

Disposant de quatre implantations – Bruxelles, Paris, Berlin et Londres –, Politico a également investi dans la capitale britannique afin de mieux couvrir la sortie du Royaume Uni hors de l'Union européenne. Elle s'est aussi focalisée sur la problématique de la santé, particulièrement sensible en cette période de pandémie, et celle du développement durable avec le Green Deal de la Commission. Ces investissements se poursuivront l'an prochain, notamment via l'ouverture de nouveaux bureaux, le lancement de nouvelles applications mobiles, etc. Si bien que Politico table sur un retour à une croissance proche de 20% l'an prochain, et un maintien de sa rentabilité.  

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