Proximus prépare un hub à contenu aussi léché que Netflix

Guillaume Boutin ©Wouter Van Vooren

Face aux géants US, l’opérateur télécoms ouvre la voie à une alliance belge entre acteurs du secteur. L’objectif? Se hisser parmi les 15 applications les plus utilisées.

Rideau. Proximus achève l’année avec des résultats somme toute positifs, après une première percée dans le monde de l’e-sport. Son événement phare, qui se tenait début du mois au Spiroudrome de Charleroi, a attiré plus de 1.000 personnes et généré quelque 150.000 vues sur la plateforme de streaming d’Amazon, Twitch, ainsi que sur Proximus TV. Un bon point, mais qui n’empêche que la performance enregistrée se place toujours bien loin de ce qui peut être observé ailleurs dans ce secteur porteur.

"Nous devons aujourd’hui de plus en plus aller sur le digital, là où se trouve l’audience, pour essayer ensuite de la ramener vers une consommation sur les plateformes traditionnelles."
Guillaume Boutin
Responsable du marché consommateurs chez Proximus

"C’est là tout le challenge pour nous", résume Guillaume Boutin, responsable du marché consommateurs chez Proximus, rencontré en marge du Media Fast Forward, initiative de la VRT invitant annuellement le secteur des médias à réfléchir à son avenir. Et pour cause, "nous devons aujourd’hui de plus en plus aller sur le digital, là où se trouve l’audience, pour essayer ensuite de la ramener vers une consommation sur les plateformes traditionnelles". Sinon, c’est la perte de pertinence qui attend l’opérateur au tournant.

Un défi de tous les jours qui "vaut aussi pour l’e-sport, le cinéma, les séries et le sport". Rien d’une sinécure. Mais Proximus n’a pas dit son dernier mot. Au contraire, "nous avons un rôle majeur à jouer en tant qu’opérateur télécoms face à cette transformation profonde de l’écosystème", explique ce Français, ex-haut profil d’SFR et Canal +, arrivé en Belgique dans le courant de l’année passée.

Mais inutile d’imaginer monter seul au front. Le changement de paradigme est trop grand pour le traiter seul. Pour Guillaume Boutin, il est aujourd’hui grand temps "de dépasser les différences entre acteurs du marché (opérateurs, diffuseurs, pure-players,…) ce qui n’aura rien de simple, parce qu’on est quand même concurrents sur un certain nombre de domaines , en joignant toutes les forces de l’écosystème dans son ensemble". Avec, en toile de fond, l’idée de "créer une véritable alternative à Google et Facebook dans le domaine du divertissement… mais aussi de la publicité, afin d’éviter l’évaporation des revenus du marché".

"On est quand même un pays où il n’y a pas de chaîne d’info en continu, même si une initiative va arriver."

Un objectif qui doit permettre "de maintenir un équilibre économique sain, qui lui-même aidera à maintenir des productions belges locales, ainsi qu’une information belge locale pertinente on est quand même un pays où il n’y a pas de chaîne d’info en continu, même si une initiative va arriver (du nom de LN24, portée par l’ancien rédacteur en chef de L’Echo et un ancien journaliste, NDLR)".

Arme fatale

L’idée est d’"être aussi fort que Facebook et Google d’un point de vue technologique, et que les géants américains du streaming d’un point de vue contenu", détaille notre interlocuteur.

"Si l’on veut encore exister dans cinq ans en tant que marque B2C, il faut que nous parvenions à nous hisser sur le premier écran, les 15 applications que le Belge trouve sur son smartphone."

Concrètement, Proximus veut devenir d’ici la mi-2019 un "enabler" (facilitateur) technologique sur lequel viendraient se greffer aussi bien des plateformes vidéo de chaînes de télévision (RTBF Auvio, VRT Nu, RTL Play, Stievie…) que des services d’opérateurs concurrents (Play et Play More chez Telenet, Be TV chez Voo…). Par-là seraient touchés le divertissement, les séries, l’info et l’e-sport, mais aussi la musique ou la presse (via un kiosque numérique, par exemple). Et pour cause, "si l’on veut encore exister dans cinq ans en tant que marque B2C, il faut que nous parvenions à nous hisser sur le premier écran, les 15 applications que le Belge trouve sur son smartphone", assure le manager français.

Co-construction technologique

Un gros morceau. Mais Proximus en a-t-il la carrure? Là n’est pas vraiment la question. En effet, la logique de partenariat sera prolongée, car "notre savoir-faire est plutôt d’assembler avec la bonne vision des technologies existantes, telles des briques, au bénéfice du client, poursuit Guillaume Boutin. Ce qui passe aussi bien par des services de reconnaissance vocale que par des assistants vocaux natifs ou encore par la 4K pour la vidéo ou le Dolby Atmos pour le son. Tout cela, afin d’être aussi performant que ce que vous pouvez retrouver dans une Apple TV par exemple."

Tomorrowland partenariat exclusif

Proximus a signé avec les organisateurs du festival Tomorrowland un partenariat exclusif. Après la stratégie développée dans l’e-sport, c’est une autre manière de se rapprocher du public jeune, Tomorrowland touchant quelque 400.000 personnes par an.

Concrètement, Proximus pourra diffuser en direct sur ses plateformes l’intégralité des événements de Tomorrowland, à commencer le 22 décembre par les concerts "garden of madness", puis en mars le Tomorrowland Winter à l’Alpe d’Huez et l’été prochain, le méga festival organisé à Boom, près d’Anvers.

 

Du reste, le vrai challenge est de répondre aux mêmes standards de qualité que ceux des acteurs OTT (pour "over the top", soit ces services à la Netflix, YouTube, Amazon, etc. NDLR) qui ont pour l’heure le vent en poupe. Pour ce faire, "nous travaillons ardemment dans l’espoir d’arriver l’année prochaine avec des interfaces entièrement renouvelées, que ce soit sur la télé, le PC, ou le mobile, relève Guillaume Boutin. Il faut que nos interfaces soient aussi intuitives que celle de Netflix, que l’expérience utilisateur soit aussi fluide." Aucun chiffre précis ne filtre pour autant sur les investissements nécessaires dans ce projet – le manager évoque des investissements qui se comptent en millions d’euros –, ni sur les personnes mobilisées par le projet.

Par ailleurs, en termes de monétisation, rien n’a encore arrêté. Seul début de réponse, "il n’y aura pas de pricing unique, explique Guillaume Boutin. Le but est ici de maintenir viable la chaîne de valeur création-distribution-audience dans le domaine de la culture, du divertissement et de la presse, via un financement par la publicité." Car en rassemblant tous ces acteurs autour d’une même plateforme permettant de la publicité ciblée, le but est évidemment de réduire le siphonnage des revenus publicitaires perpétré par les géants du web, les Google et Facebook, qui pompent 80% des recettes en ligne des médias.

Faire œuvre de pionnier

"Si on met toutes nos forces en commun, on pourra créer quelque chose de différent dans le digital en Belgique, combler son retard et en faire le pays le plus avancé."

Si le projet peut a priori sembler très ambitieux, il est temps de comprendre qu’il n’y a pas de fatalité face aux Gafa pour le Français. Mais n’est-il pas trop tard? "Il n’est jamais trop tard pour s’entendre, estime Guillaume Boutin. Ce qui est certain, c’est que, dans la bataille qui nous occupe, l’enjeu n’est pas Proximus contre Telenet ou les diffuseurs, les uns contre les autres."

Au contraire, Guillaume Boutin voit même une vraie opportunité pour la Belgique de faire œuvre de pionnière: "Si on met toutes nos forces en commun, on pourra créer quelque chose de différent dans le digital en Belgique, combler son retard et en faire le pays le plus avancé." À voir si son vœu sera entendu, en cette veille de fin d’année…

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