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Rachat de RTL Belgium: le paysage médiatique francophone chamboulé

©Tim Dirven

Comme prévu, l’éditeur du Soir et le groupe de médias flamand reprennent, pour 250 millions d’euros, la filiale belge du groupe RTL. De quoi chambouler le paysage médiatique francophone belge.

Comme nous le laissions entendre jeudi, c’est bien l’offre présentée par le groupe Rossel, éditeur du Soir et de Sudpresse, et par le groupe flamand DPG Media (VTM, Het Laatste Nieuws, QMusic, Humo, Dag Allemaal…) qui a été retenue par RTL Group pour la reprise de sa filiale RTL Belgium, mise en vente au printemps dernier. L’information nous avait été confirmée à bonnes sources en début de week-end. Elle a été officialisée ce lundi et détaillée dans les colonnes du Soir par les patrons des deux groupes, Bernard Marchant (CEO de Rossel) et Christian Van Thillo (président exécutif de DPG Media). Soumise aux approbations réglementaires, la transaction devrait être finalisée au 4e trimestre.

Alors qu’initialement une dizaine de candidats s’étaient montrés intéressés, deux autres acteurs étaient dans le sprint final: le groupe IPM, éditeur de La Libre, La DH et L’Avenir, associé à des fonds d’investissement, et surtout le grec Antenna. Le duo DPG Media-Rossel a l’avantage de bien se connaître. Ils ont piloté Mediafin (éditeur de L’Echo et Du Tijd) entre 2004 et 2017 lorsque DPG Media revendit ses parts dans Mediafin à Roularta et racheta à ce dernier les 50% qu’il détenait dans la chaîne commerciale flamande VTM.  

250
millions d'euros
Le montant de la transaction s’élève à 250 millions d’euros, dont 35 millions d’euros sous forme de dividende pour RTL Group

Le montant de la transaction s’élève bien à 250 millions d’euros, dont 35 millions d’euros sous forme de dividende pour RTL Group, précisent les deux dirigeants. De quoi permettre de s’emparer de trois chaînes de télévision (RTL-TVi, Club RTL et Plug RTL) de deux  radios (Bel RTL et Radio Contact), d’une web radio (Mint), du service de streaming RTL Play, du site RTLInfo.be et de la régie publicitaire IP. Côté gouvernance, Philippe Delusinne (64 ans), CEO de RTL Belgium restera à bord pour assurer la transition. Bernard Marchant sera président du conseil d’administration.

Cette valorisation semble a priori élevée. Il est généralement admis dans le secteur des médias que les acquisitions se font, entre autres, sur base d’un multiple d’ebitda de 8. Or l’an dernier, RTL Belgium a réalisé un ebita de 16 millions d’euros contre 36 millions en 2019. La puissance des marques RTL-TVi ou Bel RTL n’est sans doute pas étrangère à cette valorisation même si leurs business sont sous la pression des plateformes de streaming (Netflix, Amazon, Disney+, Spotify...).

Consolidation nécessaire

C’est notamment pour résister à cette concurrence que RTL Group a entamé une importante phase de recentrage stratégique afin de se concentrer sur son marché domestique, l’Allemagne. En France, le groupe TF1 s’apprête à acquérir 30% de la filiale de RTL Group, M6, dont RTL gardera 16%. Aux Pays-Bas, RTL Group sera l’actionnaire de contrôle à 70% du groupe combiné RTL Nederland/Talpa Network, la société du roi de la télé-réalité John De Mol.

Pour faire face aux plateformes de streaming qui captent leur audience et aux géants du net (Google, Facebook) qui pompent leurs recettes publicitaires, les groupes audiovisuels doivent en effet se consolider pour constituer ce que Thomas Rabe, CEO de RTL Group, appelle des "champions nationaux" à même de proposer un contenu local fort et de séduire les annonceurs.

Le trio DPG Media-Rossel-RTL contrôlera plus de 40% du marché publicitaire national, et plus de 50% dans l’audiovisuel.

Cette alliance permettra en effet de générer d’importantes synergies. D’abord, en matière publicitaire avec, probablement, la constitution d’une régie publicitaire audiovisuelle nationale (une première pour des chaînes généralistes en Belgique) et la mise en commun de data pour personnaliser la publicité. Le trio DPG Media-Rossel-RTL contrôlera ainsi plus de 40% du marché publicitaire national, et plus de 50% dans l’audiovisuel. L’Autorité de la Concurrence devra se prononcer sur la transaction. Ensuite, en termes d’achat de contenus (fiction anglo-saxonne, sport) malgré les différences culturelles entre le nord et le sud du pays. Enfin, en termes de back-office: régie technique, production, plateforme vidéo…

La priorité sera d’ailleurs de développer RTL dans le digital où il accuse un certain retard, que ce soit en matière de vidéo en ligne, de radio numérique ou de podcasting. Des synergies rédactionnelles sont également possibles, même si l’autonomie de chacun des médias sera assurée. À cela s’ajouteront, côté marketing, des promotions croisées entre tous ces médias. Ceci précisé, ces synergies ne devraient pas se faire sans casse au niveau social.

Il y a cependant une inconnue concernant les liens qui unissent RTL Belgium à son "cousin" M6 à qui il achète quantité de programmes à succès (Top Chef, Le Meilleur pâtissier, Chasseur d’appart…) en échange d’une absence de ce dernier sur le marché publicitaire belge (comme le fait TF1). Comme il n’y aura plus de liens capitalistiques entre les deux groupes, ce deal va-t-il perdurer? Les deux patrons disent vouloir conserver ces liens avec M6.

Si d’aucuns verront dans cette consolidation une atteinte au pluralisme, d’autres se féliciteront de voir un groupe aussi emblématique du paysage médiatique francophone belge que RTL Belgium rester dans des mains belges, qui plus est d’industriels des secteurs des médias plus à même d’assurer sa pérennité. 

Un goût amer pour le personnel

Les membres du personnel de RTL Belgium s’interrogent après la confirmation du rachat de leur entreprise par DPG Media et Rossel. "C’est une page de notre histoire qui se tourne", peut-on lire dans un communiqué. "Nos actionnaires allemands ont préféré se séparer de notre entreprise plutôt que d’être partie prenante dans une consolidation de nos activités. À ce titre, cette vente nous laisse un goût amer."

Tout en reconnaissant que les deux groupes acquéreurs "ont une belle carte de visite et sont des acteurs sérieux et de premier plan dans le secteur des médias en Belgique" et que "ce double rapprochement, nord-sud et crossmedia, peut être une réelle opportunité pour le personnel", ils se posent plusieurs questions sur la stratégie des repreneurs, l’avenir des marques RTL, la gestion et gouvernance, les synergies, les objectifs financiers, les investissements et leur degré de liberté, rappelant que sous l’ère des précédents actionnaires (RTL Group), tant que les résultats attendus étaient au rendez-vous, la filiale belge bénéficiait de beaucoup d’autonomie.

Au-delà de ces questions les représentants du personnel indiquent qu’ils seront vigilants sur le maintien de l’emploi, rappelant que, lors le plan de restructuration #evolve de mars 2018, 88 collaborateurs avaient perdu leur emploi et qu’aujourd’hui, "les effectifs sont loin d’être pléthoriques". Autre souci: le maintien de  la culture d’entreprise et la sauvegarde de l’identité et de l’indépendance des contenus. À cet égard les repreneurs se sont voulus plutôt rassurants.

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