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Réduction salariale en vue pour Jean-Paul Philippot

Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF ©al d ela RTBF

Les couacs dans la communication de la rémunération de l'administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, font mauvais genre. Le politique s'empare du dossier.

Jean-Paul Philippot va-t-il voir sa rémunération sensiblement diminuer? C’est la volonté affichée par la ministre des médias de la Fédération Wallonie Bruxelles, Bénédicte Linard (Ecolo). Interrogée mercredi après-midi en séance plénière du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur les émoluments de l’administrateur général de la RTBF tels que mentionnés dans Le Soir (et déjà évoqué dans le journal satirique Pan mi-novembre), la ministre a indiqué qu’il était urgent "d’assurer à la fois une transparence totale sur les salaires des administrateurs et gestionnaires publics et un plafonnement strict de ceux-ci".

"Il est urgent d’assurer à la fois une transparence totale sur les salaires des administrateurs et gestionnaires publics et un plafonnement strict de ceux-ci. »
Bénédicte Linard
Ministre (Ecolo) des médias de la Fédération Wallonie Bruxelles


Relevant des montants "élevés qui ne peuvent que nous interpeller", la ministre assure même avoir anticipé le problème en déclarant avoir proposé au gouvernement, avant la publication de l’article, qu’un arrêté relatif à la rémunération des gestionnaires publics de la RTBF soit rédigé. "Ce texte permettra de définir un cadre clair pour les rémunérations et de fixer un plafonnement strict des rémunérations", indique-t-elle. De manière plus générale, comme le rappelle la ministre, "la déclaration de politique communautaire prévoit que la Fédération Wallonie-Bruxelles adoptera un décret organisant la transparence et renforçant la limitation des mandats et les rémunérations des administrateurs et gestionnaires publics au sein des structures publiques qui en relèvent."

Pas d'encadrement de la rémunération

Contrairement à ce qui existe en Région wallonne, aucun texte n’encadre formellement ces rémunérations des gestionnaires publics en FWB. Tout au plus existe-t-il une circulaire ministérielle du 3 avril 2014 mais elle n’a pas de valeur juridique ni de force contraignante et n’est en outre pas rétroactive, selon des notes d’un cabinet d’avocats spécialisé en droit administratif mandaté par la RTBF que L’Echo a pu consulter. Pour rappel, Jean-Paul Philippot avait vu son mandat actuel être renouvelé en décembre 2013. Cette circulaire établit cependant un cadre qui, même s’il n’est pas contraignant, devrait être suivi, poursuit le cabinet.

Ce document fixe ainsi des plafonds salariaux de minimum 255.000 euros de maximum 315.000 euros (au 1er janvier 2017). Mais ces plafonds peuvent être dépassés pour le gestionnaire public si au regard de son ancienneté cette rémunération résulte de l’application normale des barèmes, indiquent encore les juristes. Pour Jean-Paul Philippot, ce fut le cas en 2018, mais aussi au cours des deux années précédentes, la RTBF précisant même dans ses trois derniers rapports annuels que sa rémunération a été déterminée sur base des critères de cette circulaire.

Un rapport annuel peu précis

Dans son édition de ce mercredi, Le Soir indiquait ainsi qu’en 2018, sa rémunération totale avait atteint 375.000 euros, largement au-delà des 325.000 annoncés dans le rapport annuel 2018. Aussitôt, la RTBF avouait une double erreur de communication. La première: avoir "copie-collé" le montant de 2017 sans mentionner l’indexation barémique prévue dans son contrat, portant sa rémunération fixe 338.229 euros. La seconde: ne pas avoir distingué clairement sa rémunération variable (les bonus liés à ses performances) de sa rémunération fixe. Or ces bonus s’élèvent à 36.409 euros, portant sa rémunération totale à 374.638 euros.

374.638 euros
de rémunération
En 2018, Jean-Paul Philippot a touché un salaire fixe de 338.229 euros et des bonus de 36.409 euros.

Si la correction a aujourd’hui bien été apportée sur la version en ligne de son rapport annuel, tout cela fait désordre. Et démontre apparemment à la fois un manque de transparence et une certaine négligence. Bénédicte Linard a d’ailleurs indiqué aux députés qu’elle allait saisir le collège d'audit de la RTBF, ainsi que les commissaires du gouvernement au sein du service audiovisuel public, pour savoir s'ils étaient au courant de ce niveau de rémunération.

Le syndrome Nethys

A la RTBF on craint comme la peste le syndrome Nethys illustré par les salaires pharaoniques et les "indemnités de rétention" de ses ex dirigeants. D’où cette courbe rentrante de Jean-Paul Philippot: "La transparence est une valeur de notre entreprise, indique-t-il dans un communiqué. Il est compréhensible que l’erreur constatée interpelle, elle ne répond pas à l’exigence de contrôle dont nous devons faire preuve. Je m’engage à ce que la communication de ma rémunération ne puisse plus souffrir d’aucune critique pour manque de transparence." 

"Je m’engage à ce que la communication de ma rémunération ne puisse plus souffrir d’aucune critique pour manque de transparence"
Jean-Paul Philippot
administrateur général de la RTBF


Cette affaire intervient à un moment très particulier, en pleine procédure du renouvellement de son mandat (qui s’achève mi-février). Jean-Paul Philippot a reçu une appréciation très favorable des quatre experts chargés de l’évaluer. Face aux rumeurs qui, début octobre, l’envoyaient à Paris pour prendre la direction de France Médias, futur holding qui chapeautera l'ensemble de l'audiovisuel public français, il avait émis un démenti catégorique en se disant consacré à 100% à la RTBF et au renouvellement de son mandat.

Vu le contexte ambiant, il devait déjà bien se douter à l’époque qu’il ne pourrait plus, à l’avenir, prétendre à des émoluments semblables à ceux qu’il touche actuellement. De fait, le politique semble cette fois prêt à prendre le taureau par les cornes…

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