RTL va supprimer plus de 100 emplois

©BELGA

L'arrivée de TF1 sur le marché publicitaire et les bouleversements au sein du secteur audiovisuel sont à l'origine de l'opération.

Les chiffres les plus divers ont circulé ces derniers jours: de 30 à 200 licenciements, 160, 80… Selon nos informations, ce seront finalement entre 100 et 110 collaborateurs qui vont devoir quitter RTL Belgium. C’est la face la plus visible de son plan de transformation, baptisé Evolve. Annoncé au personnel par le CEO Philippe Delusinne mi-mai, il doit permettre à la branche belge du groupe audiovisuel privé de faire face aux défis qui se présentent à lui, que ce soit l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge ou l’évolution de la consommation des médias.

La direction de RTL n’a pas souhaité réagir. "Comme RTL s’est engagée à le faire au cours des derniers mois, elle réserve prioritairement ses informations et ses commentaires à son conseil d’administration et à son personnel", nous a-t-on dit avenue Georgin. Elle communiquera les détails du plan mercredi au conseil d’administration avant de s’adresser, le lendemain, au personnel. Comme le plan concerne 10% de la masse salariale d’une entreprise employant au moins 300 personnes (le personnel des différentes entités tourne autour des 800 collaborateurs), il s’agit d’un licenciement collectif.

Procédure Renault

La procédure Renault va donc être enclenchée avec une phase d’information, suivie de négociations. "Nous ne savons rien à ce stade, nous disait en milieu de semaine un responsable syndical. Mais souvent dans ce genre d’opération, l’entreprise tape d’emblée très haut pour ensuite abaisser la facture durant la phase de négociations et ainsi redresser son image." Dans un passé récent, Delhaize et Carrefour n’ont pas agi autrement. C’est le cabinet Stibbe qui est à la manœuvre chez RTL avec en tête de ligne un spécialiste des restructurations, Herman Craeninckx, l’avocat qui avait d’ailleurs piloté le plan social de Carrefour en 2010. Contacté, ce dernier n’a pas souhaité faire de commentaire.

"La télévision se consomme désormais différemment, sur d’autres outils que le téléviseur, sur plusieurs écrans à la fois, de plus en plus en différé et sur d’autres plateformes."
Philippe Delusinne
CEO d'RTL Belgium

Selon nos sources, RTL a provisionné entre 10 et 15 millions pour mener cette opération. Celle-ci ne touchera en principe que la télévision, dans tous les départements y compris la régie publicitaire IP. La radio (Bel RTL, Contact) sera en principe épargnée. Il est vrai qu’elle emploie relativement peu de personnel et continue de générer de jolis bénéfices, surtout Contact.

Globalement, RTL n’est d’ailleurs pas une entreprise en difficultés. En 2016, elle a affiché un chiffre d’affaires en légère hausse de 1% à 202 millions d’euros. Et si son résultat opérationnel a baissé de 4,4% à 43 millions, la filiale belge du n°1 européen de la télévision affichait une marge de 21%, la deuxième meilleure du groupe RTL . Celle-ci a toutefois tendance à s’effriter ces dernières années. Le premier semestre de 2017 a ainsi été plus compliqué. Le chiffre d’affaires a reculé de 7,7% et l’Ebitda de 24% suite à la diminution sensible du marché de la pub télé qui a chuté de 6,6%.

Car c’est bien la télévision qui cause problème. Non seulement, ses recettes publicitaires diminuent alors que la concurrence se renforce (TF1…), mais ses modes de consommation évoluent. "TF1, c’est un élément déclencheur d’une réflexion sur notre manière de fonctionner, déclarait Philippe Delusinne le 10 juin dernier au Cercle B19. La télévision se consomme désormais différemment, sur d’autres outils que le téléviseur, sur plusieurs écrans à la fois, de plus en plus en différé et sur d’autres plateformes." De fait, comme le rappelle souvent le co-CEO du groupe, Guillaume de Posch, RTL n’est plus un groupe de télévision mais une entreprise "total vidéo". "Nous nous considérons à la fois comme un agrégateur, un producteur et un diffuseur de vidéos sur tous les supports smartphone, tablette - et non plus seulement sur le téléviseur", indiquait-il en mars dans une interview à L’Echo.

Place aux jeunes

"Il faut inverser la pyramide des âges, rajeunir les cadres avec des digital natives…"
philippe delusinne
ceo de rtl belgium (au cercle B19, le 7 juin 2017)

Le problème, c’est que pour se différencier des géants de l’internet, qui broutent désormais dans le pré de ses recettes publicitaires, RTL doit de plus en plus investir dans la production locale, ce qui coûte cher. Bref, elle doit faire plus avec moins d’argent. Après avoir mené jusqu’ici une stratégie assez traditionnelle, axée sur les revenus générés par le spot publicitaire de 30 secondes, elle doit donc trouver d’autres sources de revenus, notamment dans le numérique et, par conséquent, se réinventer, transformer ses structures pour coller davantage à la stratégie du groupe.

Ces derniers mois, avec l’appui de McKinsey, la direction s’y est employée. Au B19, Philippe Delusinne n’avait pas caché qu’il s’agissait d’un défi de ressources humaines: "Il faut inverser la pyramide des âges, rajeunir les cadres avec des digital natives plus à même de comprendre le futur de nos médias. Je sais que cela fera mal, mais il faut avoir l’honnêteté de le dire." Ce temps-là est donc arrivé.

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