"Si Voo ou L'Avenir étaient à vendre, Rossel ferait offre"

Bernard Marchant, CEO du groupe Rossel, invite les éditeurs à développer davatage de synergies, y compris avec les télécoms ©Thierry du Bois

Interrogé par les députés de la commission commune Fédération Wallonie-Bruxelles-Région wallonne, le patron du groupe Rossel a précisé qu’à choisir, il préférait Voo, mettant en avant les synergies entre médias d'information et opérateurs télécoms.

Après s’être essentiellement penché il y a un mois sur le dossier des Editions de l’Avenir, les députés de la commission conjointe des parlements de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Région wallonne se sont cette fois penchés sur la situation générale de la presse.

Des représentants des rédactions du groupe Rossel et IPM ont, sans surprise, pointé la pression qu’entraînait sur leur métier la mutation numérique du secteur. Cette mutation de la presse était, on s’en doute, également au coeur de l’intervention de Bernard Marchant, le CEO du groupe Rossel (Le Soir, Sudpresse, 50% de L’Echo, etc.).

"A ce que je sache, Voo et L'Avenir ne sont pas à vendre et on ne dépose pas d'offre sur des entreprises qui ne le sont pas."
Bernard Marchant
CEO du groupe Rossel

Il a rappelé le contexte hyper concurrentiel dans lequel évoluent les médias d’information phagocytés par les Gafa, les géants du numérique qui pompent leur audience et leurs revenus publicitaires. "L’avènement des réseaux digitaux nous a ouvert des opportunités énormes d’élargir nos audiences et de les rajeunir: le lecteur moyen du Soir a dix ans de moins aujourd’hui qu’il y a dix ans, a-t-il expliqué; nous sommes à présent dans une phase de monétisation de ces audiences alors que nous sommes concurrencés par des acteurs très puissants qui ne sont pas des médias d’information. " La différence, selon Bernard Marchant, c’est que "nous gérons l’information, l’analysons, la diffusion alors que les réseaux sociaux sont des médias de discussion, d’échange, ce n’est pas notre marché même si on l’alimente".

Pluralisme

Bernard Marchant estime que dans pareil contexte, les pouvoirs publics peuvent aider le secteur à se transformer. Au niveau européen (droits voisins, fiscalité…), mais aussi belge (régional et communautaire): meilleure perception des droits d’auteur, investissements publicitaires via des campagnes institutionnelles, éducation aux médias… Et de pointer le déséquilibre entre le public et le privé, regrettant les largesses concédées par le politique à la RTBF en matière de publicité alors que c’est une "ressource rare": "Il y a moyen de faire du très bon service public sans publicité, voyez la VRT et la BBC, dit-il, mais la publicité dénature l’opérateur public. Aujourd’hui, la RTBF dispose à elle seule d’autant de moyens que les opérateurs privés. Il ne faut pas s’étonner alors que des questions de pluralisme se posent."

Allusion au dossier L’Avenir qui reste sur toutes les lèvres au lendemain de l’accord social conclu au sein du quotidien régional, alors que le groupe IPM (La Libre, La DH) a fait offre (de 10 millions selon nos informations) pour racheter le titre. Pour Bernard Marchant, le pluralisme se mesure davantage au nombre de titres et de rédactions indépendantes qu’au nombre de groupes de presse. Titillé par le député MR Olivier Maroy qui relayait les soupçons de velléités d’absorption pure et simple de L’Avenir par Rossel dans la foulée des partenariats publicitaires et d’impression qu’il a noués avec le groupe namurois, Bernard Marchant ne s’est d'ailleurs pas défilé. "Si les Editions de l’Avenir étaient à vendre à un bon prix, Rossel serait candidat. Mais si je devais choisir, je préférerais racheter Voo ( le pôle télécoms de Nethys, propriétaire des Editions de l’Avenir, NDLR) que les Editions de l'Avenir car je pense qu'il y a des choses à faire. Mais à ce que je sache, ces entreprises ne sont pas à vendre et on ne dépose pas d'offre sur des entreprises qui ne le sont pas."

Synergies

Reste à voir si un Rossel en a les moyens et ce qu’en diraient, le cas échéant, les autorités de la concurrence. "Nous agissons de manière réactive. Nous ne nous prononçons jamais sur des questions hypothétiques", a indiqué l'Autorité belge de la concurrence dont des représentants étaient également auditionnés. Et l’un d’entre eux de pointer que L’Avenir et Sudpresse ont des profils de lectorats similaires.

Bernard Marchant rappelle cependant que ce n’est pas parce que deux groupes de presse travaillent ensemble qu’ils vont se marier. Et de citer Mediahuis (De Standaard….) et De Pergroep (Het Laatste Nieuws…) qui mettent leurs datas ensemble. Ou Le Monde et Le Figaro qui ont le même imprimeur. Et même Rossel et IPM. Via l’association La presse.be, ils ont obtenu un financement de… Google pour soutenir leur développement digital.

Hormis le contenu, il estime donc que les opérateurs de presse doivent aller plus loin dans leur collaboration pour se développer, comme le recommandait le fameux rapport McKinsey sur la presse. Car le concurrent de Rossel, ce n’est pas IPM ou Les Editions de l’Avenir, c’est la RTBF, Google ou Facebook. Ces collaborations, il les voit tout autant avec des opérateurs télécoms, rejoignant quelque part la stratégie de… Nethys, qui met en avant ces synergies entre Voo et L’Avenir pour ne pas vendre ce dernier. "Lorsqu’en France la Voix du Nord (propriété de Rossel, NDLR) a rejoint le kiosque numérique de SFR, les ventes ont augmenté de 8.000 exemplaires par jour. Cela fait réfléchir, non?" Le patron de Rossel en est convaincu: les choses vont bouger dans les 6 à 8 mois qui viennent entre éditeurs et opérateurs télécoms, "mais davantage sous forme de synergies que d’intégration".

8.000
ventes
Sur le Kiosque numérique de SFR, la Voix du Nord, titre français détenu par Rossel, a vu ses ventes bondir de 8.000 exemplaires par jour


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