Tempête dans les médias français avec la Ligue du LOL

Photo d'illustration. ©Shutterstock

Des personnalistés en vue du web, travaillant pour des grands médias parisiens de gauche, sont dans la tourmente pour avoir participé à un groupe harcelant minorités et féministes.

La planète média française est en ébullition. Le quotidien Libération vient d'annoncer la mise à pied "à titre conservatoire" du chef de son service web, Alexandre Hervaud, et du journaliste Vincent Glad, très influent sur les réseaux sociaux. En cause: leur implication dans le scandale de la Ligue du LOL qui a enflammé le réseau social Twitter ce week-end, jusqu’à provoquer des réactions de deux ministres français. Ce "shitstorm" - tempête médiatique – s’abat sur toute une série de personnes aujourd’hui à des postes clés dans les grands médias parisiens classés à gauche, comme Libération, Les Inrocks, Slate ou Télérama. 

Qu’est-ce que la Ligue du LOL?

Un groupe Facebook privé créé en 2009 et rassemblant une trentaine de jeunes journalistes, blogueurs, communicants et influenceurs actifs sur Twitter, alors embryonnaire. Principalement des hommes. Créée par le journaliste Vincent Glad, très influent sur le réseau social, la Ligue du LOL servait de défouloir pour une série de journalistes actifs sur le web, distribuant bons et mauvais points. Avec comme caractéristique commune, un certain goût pour l’humour "trash" et le clash.

Une forme de "nouveau monde" de l’époque qui n’hésitait pas à bousculer les habitudes de la vieille presse. Et à railler certains blogueurs ou journalistes en place publique. Formant ce que l’on nomme des effets de meute, quand quelques comptes influents engendrent un mouvement de suivisme de la part des "plus petits" comptes. Comme dans une cruelle cour de récréation où les minorités et les militantes féministes étaient particulièrement attaquées.

Vendredi, le site Check News de Libération a publié un article sur la Ligue du LOL et des faits de harcèlement en bande. Une dizaine de personnes se présentant comme victimes ont ainsi témoigné. Plusieurs membres de la Ligue, comme Vincent Glad, Alexandre Hervaud, le podcasteur Henry Michel ou Stephen Des Aulnois ont répondu, reconnaissant des erreurs, parfois du bout des lèvres.

Témoignages édifiants

Durant tout le week-end, à la suite de cet article, la twittosphère s’est enflammée, provoquant l’apparition de nouveaux témoignages édifiants. Ainsi, parmi la quantité de messages, celui de la journaliste Florence Porcel, qui raconte par le menu comment elle a été victime d’un cruel canular téléphonique avant de subir une agression physique.

L’actuel rédacteur en chef du site internet des Inrocks, David Doucet, a reconnu être l’auteur du canular et a présenté ses excuses.

Autre témoignage saisissant, celui de l’écrivain et blogueur Matthias Jambon-Puillet qui a expliqué comment, pour des raisons difficiles à comprendre, il est devenu la cible d’un harcèlement ciblé et violent, allant jusqu’à l’envoi massif de photomontages pornographiques le représentant avec des mineurs d’âge. 

Excuses

La plupart des membres de la Ligue du LOL, groupe dont la notoriété n’avait jusqu’ici pas dépassé un petit cercle parisien informé, ont rédigé des messages d’excuse. Certains ont supprimé purement et simplement leurs comptes. Tous font l’objet d’un impressionnant raz-de-marée de réactions furieuses. "En créant ce groupe, j’ai créé un monstre qui m’a totalement échappé. En laissant faire tout ce qui s’est passé, je me suis rendu coupable des agissements des autres. J’ai laissé faire les membres les plus radicaux qui dépassaient très clairement l’humour pour verser dans le harcèlement", écrit ainsi Vincent Glad, qui explique n’avoir pas osé dire aux autres qu’ils allaient "trop loin" car ce serait "passer pour un faible, un rabat-joie, un mec pas cool". 

Reste à voir si des suites judiciaires sont à prévoir, alors que les faits présumés semblent prescrits, commis entre 2009 et 2013.

Mais pour les membres de ce groupe, même ceux qui n’ont pas commis de faits de harcèlement et n’en sont pas accusés, le prix à payer professionnel et social risque d’être élevé. Une manière de tomber par ce qui a permis à certains de s’élever professionnellement: le clash, le trash et l’effet de meute.

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