UGC est à l'affût d'acquisitions et planche sur la construction de nouveaux cinémas

©UGC

Ouverture d’un centre de loisirs à Turnhout, rachat des murs du cinéma De Brouckère, dossiers d’acquisition et de construction… UGC n’est pas rassasié en Belgique.

Après des mois de rénovation, le groupe d’exploitation cinématographique français UGC inaugure ce vendredi à Turnhout un centre de divertissement de 10.000 m². Il s’agit de l’espace occupé par l’ancien cinéma Utopolis, un groupe dont UGC a racheté les complexes à Malines, Lommel, Aarschot et donc Turnhout voici trois ans. UGC a revu le concept de fond en comble: en bas un espace commercial avec restaurant, bowling, games café et salle de billard. À l’étage: neuf salles de cinéma, dont une nouvelle. Montant de l’investissement: 3 millions d’euros pour faire de cet endroit "the place to be" de la vie nocturne de cette ville campinoise et faire passer la fréquentation de 330.000 à 400.000 spectateurs. "C’est un concept unique, qui montre que nous savons nous adapter à l’environnement local", se félicite Bruno Plantin-Carrenard, patron d’UGC Belgique.

Bruno Plantin-Carrenard, CEO d'UGC Belgique ©Wouter Van Vooren

Ce Français de 57 ans est arrivé chez nous il y a 19 ans. Il a appris à apprécier notre pays, devenant même supporter d’Anderlecht, club qu’il va voir régulièrement au Lotto Park. Le développement dans les provinces flamandes est une première pour lui, le groupe étant auparavant actif uniquement dans des grands centres urbains (Bruxelles et Anvers). Il a notamment découvert que cette clientèle provinciale était plus jeune, plutôt familiale, moins assidue que dans les grandes villes et grosse consommatrice de boissons et de snacks. Elle est aussi friande de productions locales: le nouvel épisode de FC De Kampioenen, tiré d’une série culte de la télé flamande, qui sortira la semaine prochaine, devrait, selon lui, générer plus d’entrées que le prochain Star Wars!

"Le marché belge de l’exploitation cinématographique est en phase de consolidation."
bruno plantin-carrenard
ceo d’ugc belgique

Ces investissements s’inscrivent dans la nouvelle politique de développement du groupe. Celle-ci reposait initialement sur deux piliers: une offre éditoriale la plus large possible – du gros blockbuster au film d’auteur – et l’implantation dans des centres villes. Voici un peu plus de trois ans, UGC en a ajouté un troisième: l’immobilier. Le groupe entend désormais être propriétaire de ses murs tant en France (où il possède les briques de 2/3 de ses 49 cinémas) qu’en Belgique. Après une longue bataille pour racheter à son rival Kinepolis les murs de son complexe de la Toison d’Or à Bruxelles, il a créé mi-2017 une société immobilière, UGC Real Estate. Y sont logés tous ses complexes sauf ceux d’Aarschot et Lommel qui font l’objet d’un bail emphytéotique. "Cela nous permet à la fois de sécuriser des lieux à haute valeur ajoutée en termes d’immobilier et d’avoir une meilleure maîtrise des bâtiments, nous permettant de choisir avec pertinence nos locataires par rapport à notre activité, comme c’est le cas à Turnhout", détaille le CEO.

Les murs de De Brouckère

La dernière grosse opération en date remonte à seulement quinze jours avec l’acquisition – plus de deux ans après la signature d’un compromis de vente – de son complexe de la place De Brouckère qu’il louait jusqu’ici à l’assureur Allianz Benelux.

UGC a récemment rafraîchi (fauteuils, son…) la grande salle de ce cinéma qui en compte 12, le Grand Eldorado, une perle Art Déco qui est classée, ce qui a entraîné une hausse de la fréquentation de près de 10%. Un regain de forme que le patron d’UGC Belgique attribue également au… piétonnier bruxellois: "J’ai longtemps été un des seuls à défendre ce projet, je regrette seulement que les travaux aient pris tellement de temps, j’espère à présent que la rénovation de l’avenue de la Toison d’Or ne traînera pas", commente-t-il avec diplomatie.

UGC n’est pas pour autant rassasié. Le marché de l’exploitation cinématographique est en pleine consolidation en Belgique. Outre le rachat d’Utopolis par UGC en 2016, son grand rival Pathé a successivement repris les réseaux Cinépointcom (Charleroi, Verviers, Marche, Libramont) en 2015 et, il y a un mois, Euroscoop (Namur, Louvain-la-Neuve, Sint-Niklaas, Genk, Maasmechelen, Lanaken et, bientôt, La Louvière), lui soufflant la deuxième place sur le marché belge derrière l’inaccessible Kinepolis. "Nous étions également candidats pour le dossier Euroscoop, mais Pathé lorgnait aussi Utopolis, donc: un partout, balle au centre", plaisante Bruno Plantin-Carrenard qui ne se laisse pas démonter. "Nous examinons encore certains dossiers d’acquisition en Belgique, révèle-t-il, mais comme le marché se consolide, il n’y a plus des masses d’opportunités." D’autant que Kinepolis a récemment été autorisé par les autorités de la concurrence à se développer à nouveau sur le marché belge. Cela pourrait-il freiner UGC dans son développement? "Quand je vois leurs dernières grosses opérations à l’étranger, je ne suis pas sûr que la Belgique soit leur priorité", estime-t-il.

Cela dit, UGC n’est pas seulement à l’affût d’acquisitions, il se dit même prêt à construire de nouveaux complexes en Belgique. "Nous avons deux grands projets dans deux régions, je ne vous dirai pas dans quelles villes, c’est confidentiel, mais l’un d’entre eux sera annoncé l’an prochain."

Un marché belge encore très dépendant d'Hollywood… et du football

Après un mauvais cru en 2018, marqué par un recul de 4% de la fréquentation (18,8 millions de spectateurs), le marché belge du cinéma a retrouvé des couleurs en 2019, estime Bruno Plantin-Carrenard. Celui-ci évoque une hausse de 3% tant pour le marché que pour UGC. "C’est surtout le cas à Bruxelles, la Flandre a un peu de retard, mais cela peut très vite basculer avec les prochaines sorties de Star Wars et FC De Kampioenen."

2018 avait connu un triple phénomène qui avait pesé sur les entrées en salle: une météo très clémente, la concurrence de la Coupe du monde de football et une offre de films assez faiblarde. "La météo joue assez peu, relativise le patron d’UGC Belgique; par contre la Coupe du monde a une vraie influence, surtout quand la Belgique va très loin comme en 2018." Elle influence même la programmation estivale. "Désormais, les majors hollywoodiennes sortent leurs grosses cartouches tout au long de l’année, y compris en été, mais quand il y a une Coupe du monde ou un Euro, elles retardent leurs sorties."

Rien de tel cette année où l’offre de films est assez riche, surtout cet automne avec un mélange de blockbusters et de films plus pointus qui ont rencontré leur public, comme le fameux "Joker". En revanche, le marché francophone reste fort tributaire d’Hollywood en raison d’une offre locale assez faible, au contraire de la Flandre.

"Malgré tout ce que l’on dit ici et là, le marché de l’exploitation cinématographique est remarquablement stable, observe encore Bruno Plantin-Carrenard. Entre 2011 et 2017 en Europe (Turquie et la Russie comprises, NDLR), il est passé de 950 millions à 1 milliard de spectateurs." Même chose si on y ajoute l’Amérique du Nord, où l’on observe une croissance de 2,75 à 3 milliards de visiteurs "Rien que cette année, Disney va faire 10 milliards de dollars au box-office. C’est phénoménal!", note le CEO d’UGC Belgique.

Les plateformes de streaming n’ont donc pas d’impact sur la fréquentation, attirant surtout des amateurs de séries. Mais les diktats de Netflix pour limiter la sortie de ses films en salles au profit de sa plateforme – comme le dernier Scorsese qu’elle a produit – ont de quoi inquiéter le secteur: "On a choisi de ne pas jouer le jeu de la politique marketing de Netflix", tranche Bruno Plantin-Carrenard.

 



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