interview

"Pas de privé dans le capital des télés locales"

"Je ne vois pas pourquoi on pourrait souhaiter que des télévisions locales soient simplement subventionnées et ne fassent pas l’objet d’une gestion rigoureuse", déclare Alain Mager, président de la Fédération des télés locales.

Interview | Alain Mager, président de la Fédération des télés locales

Président de la Fédération des télés locales (FTL) depuis le 10 février 2016, Alain Mager défend leur indépendance, mais il plaide aussi pour un assainissement dans le secteur, qui vient de formuler des propositions pour son avenir, sous la forme d’un livre blanc. Mager veut faire entrer le secteur des télés locales dans l’ère du numérique.

Que représente le livre blanc pour les télés locales?

Il arrive à un moment capital, car il était important que les télés locales gardent la main pour répondre à l’attente des pouvoirs publics. Ceux-ci souhaitaient une réponse commune sur les grandes lignes budgétaires et en matière de personnel pour l’avenir des TV locales. L’objectif était bien d’établir une paix financière et de garantir en même temps le bon fonctionnement et l’autonomie de chacune des entités. L’objectif est atteint, car les propositions faites garantissent la paix en matière de financement. Les télés locales se sont engagées à arrêter la course folle à la production propre, qui a vraiment déstabilisé la situation entre elles. Celles qui ont pris du retard ont 3 ans pour retrouver un équilibre. L’enveloppe globale de financement est de 6 millions d’euros à répartir entre les 12 télés locales.

Combien de personnes les télés locales emploient-elles?

Elles représentent aujourd’hui environ 400 personnes avec des disparités flagrantes entre les différentes structures. Grâce aux engagements du livre blanc, il n’y aura pas de plan social; l’emploi existant est garanti pour 3 ans. Mais elles devront faire des efforts pour mutualiser une série de fonctions, notamment techniques. Par exemple, dans le Namurois, Canal C et Canal Zoom feront des recrutements de façon conjointe pour leurs besoins en personnel. A l’est, le directeur technique de TV Com n’a pas été remplacé quand il a été admis à la pension; c’est celui de Télé Vesdre assume la tâche pour les deux organes. TV Com, TV Lux, RTC et Télé Vesdre se sont mis d’accord pour engager une seule personne pour piloter le projet numérique des 4 télés, mais elle sera recrutée par TV Com, où cet emploi était vacant. C’est en mutualisant une série de fonctions doubles ou qui ne sont pas encore remplies qu’on ira vers plus d’efficacité et qu’on évitera des pertes d’emplois, parce qu’il y a de nouvelles fonctions comme un "community manager", indispensable pour gérer les sites web et les réseaux sociaux de chaque télévision.

On va donc vers plus de collaborations et de synergies…

Absolument. Il y a quelques mois, les télévisions se considéraient comme concurrentes. Désormais, elles se considèrent comme des partenaires avec leurs spécificités locales. Elles garderont chacune leur autonomie et leur indépendance locale, mais elles feront des productions communes pour montrer qu’elles sont capables de travailler ensemble.

C’est important, notamment par rapport aux marchés publicitaires. À ce titre, nous avons décidé de mettre fin à la collaboration avec Média 13, qui était la régie commune à 11 télévisions (Bruxelles a sa propre régie). Nous avons lancé un nouvel appel d’offres pour une nouvelle régie publicitaire. L’objectif est que nous voulons démarcher les grands comptes pour des campagnes "nationales" pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le but est aussi de disposer de nouvelles rentrées publicitaires. La nouvelle régie sera désignée fin septembre pour les 11 télévisions.

Qu’en est-il de l’idée d’ouvrir le capital des télés locales au privé?

C’est une idée lancée par le MR, mais il ne faut pas oublier que ce sont des télés de service public et que ces subsides de fonctionnement sont indispensables à la viabilité de chacune des télés locales. On est décidés à trouver d’autres sources de financement que le public, mais elles ne passent pas nécessairement par une ouverture du capital au privé. Nous avons d’autres possibilités comme les campagnes parrainées. L’ouverture du capital n’est donc pas à l’ordre du jour pour le moment.

Envisagez-vous une collaboration avec la RTBF?

On collabore déjà dans le cadre de l’expérience de "Vivre ici". C’est une plateforme d’informations au service du citoyen. Une convention a été signée entre la RTBF et les 12 télévisions locales. Aujourd’hui, le démarrage est un peu lent mais on commence à se rendre compte que la plateforme peut être utile. À Charleroi, Télé Sambre va s’installer dans les bâtiments de la RTBF. Au niveau de l’information, s’il y a un événement important quelque part, il y aura toujours une équipe de la RTBF en même temps qu’une TV locale. Nous devons montrer que nous pouvons travailler ensemble et relever des défis comme celui du numérique. Nous avons la volonté d’avoir des programmations et des opérations communes. Nous lancerons bientôt une opération commune au départ de No Télé à Tournai. Elle vise la promotion du don d’organes et sera diffusée sur les 12 télés locales. C’est une façon de remplir notre rôle auprès des citoyens.

Avoir 12 télés locales se justifie-t-il en Fédération Wallonie-Bruxelles?

"L’assainissement dans le secteur des télés locales est indispensable. S’il doit passer par des rapprochements, on le fera."

Non. Personnellement, je pense qu’après tout ce qui a été fait au niveau du livre blanc, avec les synergies que l’on met en place, avec les mutations qui vont se concrétiser sur le plan des ressources humaines, des rapprochements vont naturellement se faire. Déjà aujourd’hui, Canal C et Canal Zoom, même si elles n’ont pas fusionné, travaillent en parfaite synergie et mutualisent tout ce qui peut l’être. Dans le Hainaut, il y a aujourd’hui quatre télévisions, mais dans trois ans, je ne suis pas sûr qu’il y en aura encore quatre. L’assainissement du secteur est, d’après moi, indispensable. Je ne vois pas pourquoi on pourrait souhaiter que des télévisions locales soient simplement subventionnées et ne fassent pas l’objet d’une gestion rigoureuse. Si cela doit passer par des rapprochements, on le fera. Nous allons aussi procéder à des achats groupés de matériels dans le but de faire des économies. La Fédération aura demain un rôle important en matière de coordination et en matière de mise à jour des effectifs et des équipements techniques. Nous allons uniformiser les équipements techniques et les rationaliser.

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