Bill Gates investit 12 millions d'euros dans une biotech wallonne

©AFP

La société Univercells a été choisie par la Fondation Bill Gates pour la fabrication de vaccins anti-polio très bon marché. Elle ambitionne de favoriser la production de doses dix fois moins chères que les vaccins actuels.

"Ce n’est pas tous les jours qu’une PME wallonne est sélectionnée par un organisme de portée mondiale". Paul Magnette, le ministre-président wallon - et bourgmestre en titre de Charleroi -, ne cachait pas sa fierté de voir une pépite technologique wallonne recevoir un subside de 12 millions d’euros de la Fondation Bill & Melinda Gates. Un événement qui l’a poussé à faire le déplacement au Biopark voisin de Gosselies, où la société Univercells présentait le projet soutenu par le milliardaire philanthrope américain.

"Nous visons un coût de production de 0,15 dollar par vaccin alors qu'il est actuellement à 1,50 dollar."
José Castillo
Un des fondateurs de Univercells

La Fondation Bill Gates avait lancé en septembre 2015 un appel à projets qui vise à soutenir des technologies de rupture permettant de produire des vaccins contre la polio à moins de 0,15 dollar la dose. Une paille quand on sait qu’un vaccin coûte en moyenne 1,50 dollar.

Si Univercells a été choisie - avec le partenariat académique MIT-University College of London - parmi les... 155 projets soumis, c’est grâce à son minilaboratoire, de la taille d'une petite armoire, qui doit lui permettre de produire au moins 10 millions de doses de vaccins antipolio à prix écrasé. "Cela nous permettra de viser un prix de vente à 0,50 dollar la dose, pour des vaccins que les grands laboratoires sont obligés de vendre à 25 dollars", affirme José Castillo, directeur technologique d’Univercells.

De petites unités décentralisées couvrant un marché local, un vaccin à prix modique, voilà de quoi favoriser sa diffusion dans les pays à bas revenus. Et résoudre les problèmes d’approvisionnement qui se posent régulièrement dans les zones les plus reculées.

15 millions clé en main

Le minilaboratoire développé par la société carolorégienne ne nécessite que 15 millions d’euros d’investissement pour pouvoir fabriquer jusqu’à 40 millions de doses par an, alors qu’une plateforme classique nécessite jusqu’à 250 millions d’euros. Plus besoin de grandes usines dans quelques pays industrialisés; de petites unités décentralisées couvrant le marché local suffiront.

40 millions
Ces micro-usines devraient fournir 40 millions de doses de vaccin par an.

"Nous avons connaissance de plusieurs projets de production de vaccins antipolio en Chine. Nous pouvons d’ores et déjà assurer une production à un coût nettement inférieur", assure José Castillo.

Univercells ne se lancera pas seule dans l’aventure. Elle travaille en partenariat avec les sociétés néerlandaise Batavia Biosciences, spécialisée dans le développement de vaccins, et canadienne Natrix Separations, qui développe une membrane de chromatographie pour la purification virale.

Le vaccin contre la polio n’est qu’une première étape. Le laboratoire "tout en un" d’Univercells, applicable à une quinzaine d’autres vaccins, prévoit aussi la production, dans un bioréacteur à haute densité, d’anticorps monoclonaux et autres biosimilaires en cycle continu et fermé, depuis la culture cellulaire jusqu’à la purification. La plateforme développée par l’entreprise devrait être protégée par neuf brevets, actuellement en cours d’examen.

"Ce n’est pas une protection absolue, mais au-delà des brevets nous nous protégeons paar notre savoir-faire et par nos secrets de fabrication. Et la meilleure protection est sans doute le procédé de culture cellulaire", souligne Hugues Bultot, le CEO d’Univercells.

La  première micro-usine d’Univercells devrait être installée d’ici deux ans. Mais dès juillet prochain, un deuxième vaccin, non encore déterminé, devrait être ciblé. 

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