interview

Condamnée pour une affaire de drogue, l'entreprise Sterop clame son innocence

©Dieter Telemans

Quand une PME familiale et discrète se retrouve condamnée pour une affaire de drogue au Mexique.

D’ordinaire, Sterop fait dans la discrétion. À Anderlecht, la PME familiale produit depuis 70 ans des ampoules injectables, vendues aux hôpitaux, et des spécialités qui vont en pharmacie et, de plus en plus, à l’export. Ce qui donne 23 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour 2,8 millions d’euros de bénéfice (2015).

Et puis soudain, la maison s’est retrouvée prise dans le collimateur de la justice pour une affaire de drogue au Mexique et ses dirigeants, condamnés. Pour le coup, la CEO Sophie Eykerman, petite-fille du fondateur, sort de l’ombre.

Vous et vos parents venez d’être condamnés par le tribunal correctionnel de Bruxelles à 2 et 3 ans de prison avec sursis pour trafic de drogue, violation de la loi sur les médicaments et commerce de médicaments contrefaits. Vous allez en appel…
Tout d’abord, je veux insister sur le fait que les entreprises, Sterop et la branche export Sterop Overseas, ne sont en rien concernées. Cela dit, ce jugement m’a consternée car nous n’avons strictement rien à nous reprocher. Cette décision m’a frappée de plein fouet, je ne m’y attendais pas du tout. J’étais sans doute mal préparée, je l’avoue, parce que je consacre tout mon temps au business, à l’avenir. On ne m’y reprendra plus.

CV
  • Née en 1972 à Gand.
  • Ingénieur commercial et de gestion (IAG), master en ingénierie pharmaceutique.
  • Entre en 1994 chez Sterop, la firme créée par son grand-père en 1947.
  • CEO depuis 2005 de Sterop Overseas (branche export) et du groupe depuis 2010.

Y a-t-il eu un défaut de précaution de votre part? Exporter des comprimés d’éphédrine au Mexique, où l’on fabrique de la drogue (la méthamphétamine) à base notamment d’éphédrine…
Nous avions toutes les autorisations du client, des autorités et des douanes. Nous avons suivi toutes les procédures adéquates. Ce n’est que fin 2013 que les médicaments à base d’éphédrine ont été repris dans la loi belge comme médicaments précurseurs. Nous parlons de faits qui remontent à 2007, 2008. À l’époque, le danger n’était pas ce que l’on en connaît aujourd’hui. Dix ans plus tard, la connaissance a évolué, les lois aussi.

Où est la faille alors?
Je n’ai pas de réponse à cette question, parce qu’il n’y a pas de délit. Où est la drogue? On n’en a pas trouvé, personne n’a prouvé qu’on a fabriqué quoi que ce soit avec un seul de nos comprimés. Où est le soi-disant baron de la drogue dans cette affaire? Il n’y en a pas. D’ailleurs, les autorités mexicaines ne poursuivent personne. Et puis franchement, pourquoi aurait-on mis en danger une société établie depuis plus de 70 ans pour un résultat net de 20.000 euros. Parce que c’est cela le gain net retiré de tous les flux d’éphédrine vers le Mexique: 20.000 euros. Cela n’a pas de sens.

Vous n’en êtes pas moins condamnée, en Belgique.
C’est là que c’est surprenant. Nous avons été poursuivis en Belgique pour quelque chose qui se serait passé au Mexique et dont il n’y a pas le début d’un commencement de preuve.

Quand avez-vous arrêté ces ventes au Mexique?
En novembre 2008, la douane belge nous a avertis d’un changement intervenu auprès de la douane mexicaine et nous avons aussitôt arrêté. Les autorités douanières, qui nous contrôlent tous les deux mois, connaissent tous nos flux, tout comme l’Agence fédérale des médicaments. J’aurais préféré qu’on nous prévienne en amont. On aurait évité tout ceci.

Vous aviez déjà connu une telle crise?
Jamais, je n’avais encore jamais vécu cela et je ne le souhaite à personne. J’aimerais pouvoir me concentrer sur des projets utiles plutôt qu’à une défense qui n’apporte rien.

Tout de même, votre réputation est en jeu.
C’est pour cela que mes parents et moi allons en appel. Pour nous laver de tout cela.

Les phrases clés

"Cette décision m’a frappée de plein fouet. J’étais sans doute mal préparée (…). On ne m’y reprendra plus."

"Où est la drogue? On n’en a pas trouvé, personne n’a prouvé qu’on a fabriqué quoi que ce soit avec un seul de nos comprimés."

"L’effet de tout ceci, c’est que cela me donne encore plus envie de me battre, pour grandir."

Comment gère-t-on ce genre de crise?
Heureusement, les entreprises Sterop ont été très vite mises hors poursuite. C’est essentiel parce que nous employons plus de 100 personnes sur notre site à Anderlecht. Il régnait dans le personnel une grande inquiétude. Ce qui m’a le plus touchée, c’est leur soutien inconditionnel.

Et vos clients?
Ils nous connaissent. Les hôpitaux belges achètent nos ampoules depuis des décennies, par exemple.

Il a fallu les rassurer?
Certains, oui. Mais j’ai plutôt eu à répondre à des messages de soutien.

Et au niveau personnel?
Cela pousse encore plus à se remettre en question, à vérifier encore plus ce qui peut être amélioré. Je me suis aussi rendu compte de l’importance qu’il y a à communiquer, pour défendre ce que nous sommes et remettre l’église au milieu du village. Pour moi, c’est nouveau. Jusqu’ici, je pensais: pour vivre heureux, vivons cachés.

Parce que PME familiale?
Oui, et parce qu’on est en permanence le nez dans le guidon.

Ceci change-t-il vos plans pour l’avenir?
Non. L’effet de tout ceci, c’est que cela me donne encore plus envie de me battre, pour grandir.

Vous êtes basés au centre d’Anderlecht, en intérieur d’îlot où vous arrivez à saturation. Allez-vous rester là?
Notre intention est de continuer à grandir. Nous sommes très attachés à nos racines bruxelloises mais toute opportunité sera analysée, que ce soit à Anderlecht ou ailleurs.

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