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Deux milliards d'euros levés par les biotechs wallonnes depuis 2005

©Debby Termonia

Le secteur des sciences du vivant est bien parti pour une nouvelle année faste, avec 170 millions d’euros levés en six mois. Depuis 2005, les biotechs wallonnes ont collecté plus de deux milliards d’euros.

En Wallonie, le dynamisme du secteur des sciences du vivant ne se dément pas: les entreprises de biotechnologies ainsi que les start-ups actives dans les équipements médicaux (medtechs) ont levé quelque 170 millions d’euros sur les six premiers mois de l’année, selon un décompte réalisé par L’Echo avec l’aide du pôle de compétitivité wallon BioWin et des principaux invests actifs dans le secteur. Avec cette augmentation, le total des levées de fonds réalisées par les PME des sciences de la vie au sud du pays depuis quatorze ans et demi passe désormais un seuil symbolique pour s’établir à 2,01 milliards d’euros.

Ce montant comprend les apports en capitaux, placements privés, prêts subordonnés, ainsi que les avances récupérables et les subsides (Région wallonne, Fondation Gates…). Il ne concerne pas, en revanche, les investissements des grandes sociétés pharmaceutiques présentes en Wallonie (GSK, UCB, Takeda…) ni les accords de partenariat conclus par certaines biotechs avec des poids lourds (comme PDC*line Pharma, qui a signé un deal de 100 millions avec le coréen LG Chem Life Sciences).

Personne n’ayant réalisé jusqu’ici de bilan à six mois, il n’est pas possible d’établir une simple comparaison avec la même période de 2018. D’autant que si on tente de faire un rapprochement avec l’année dernière, il faut rappeler que celle-ci fut marquée par deux levées de fonds hors normes pour la Wallonie, avec Mithra (société cotée qui s’est refinancée avec 77,5 millions) et Iteos Therapeutics (64 millions). Deux opérations qui avaient propulsé le total des fonds collectés à près d’un demi-milliard d’euros sur douze mois, un record historique pour la biotech wallonne.

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Mais pour tous les spécialistes du secteur interrogés, il est clair que 2019 s’annonce à nouveau comme une année faste. "Rien que pour le Biopark, nous sommes entre 80 et 100 millions d’euros, suivant les décomptes", se réjouit Florence Bosco, la directrice de Biopark Dev, la nouvelle coupole du Biopark et de l’i-Tech Incubator à Gosselies. "Nous sommes sur la même tendance que l’année passée, où nous avons eu pour 200 millions d’investissements. Et il y a encore de très belles choses qui s’annoncent."

Un nouveau fleuron de la biotech, Promethera, va bientôt prendre ses quartiers au sein du hub carolo, né il y a deux décennies d’une stratégie initiée par l’ULB et la Région wallonne. La société spécialisée dans les thérapies cellulaires des maladies du foie doit quitter Mont-Saint-Guibert à la fin de l’année pour rejoindre Gosselies. C’est elle qui a réalisé la plus grosse levée de ces derniers six mois, avec 39,7 millions d’euros collectés auprès d’investisseurs nouveaux – principalement asiatiques – et existants.

Une nouvelle génération

"Il y a des sociétés qui passent d’une division à une autre."
Marc Foidart Directeur adjoint de Noshaq

Cet optimisme se retrouve également à Liège, autre pôle biotech majeur en Wallonie: "Au-delà des chiffres, ce que je constate, c’est qu’il y a des sociétés qui passent d’une division à une autre", relève Marc Foidart, directeur général adjoint de Noshaq (ex-Meusinvest). "Je pense à Imcyse, à EyeD Pharma et à Promethera. De tels montants, cela n’arrivait pas dans le passé. Tout était concentré autour des mêmes sociétés, comme Mithra, Asit Biotech ou Eurogentec. On voit maintenant qu’il y a une deuxième génération de biotechs (on peut aussi citer KiOmed Pharma ou PDC*line) qui sortent du stade de start-up et arrivent dans les études cliniques chez l’homme. Elles attirent des ventures capitalist de grande taille, belges ou étrangers, qui rentrent dans nos projets et qui prennent le lead. Ce sont des bonnes nouvelles."

Selon Marc Foidart, ce nouveau développement est la preuve que la qualité des projets progresse, à la fois en termes de management, de gouvernance et de science: "Ce phénomène n’est pas dû au hasard. Il y a un effet qualité des projets. Cela fait des années que l’on a une politique de fonds qui investissent dans d’autres fonds. On a mis des moyens financiers dans Fund +, dans Capricorn, et nous sommes en train de discuter avec d’autres fonds. On commence à avoir l’habitude de leurs exigences et de leur manière de regarder les projets."

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Un autre phénomène qui se poursuit, selon les connaisseurs, c’est l’installation de sociétés étrangères en Région wallonne. En mars, Graftys, une entreprise française spécialisée dans les ciments osseux synthétiques, a récolté 4,1 millions d’euros auprès de trois investisseurs belges et d’un français. L’annonce a d’ailleurs suscité quelques tensions régionales, car ce sont les Liégeois de Noshaq qui ont investi, alors que la société française était déjà installée dans le biopark de Gosselies, sur les terres carolos de Sambrinvest…

Plus récemment, c’est CryoTherapeutics, une biotech allemande qui développe un dispositif de traitement de l’artériosclérose par cryothérapie, qui a décidé de s’implanter dans la région liégeoise. Elle a été suivie quelques jours plus tard par une autre start-up française, Osivax, qui veut mettre au point un vaccin universel contre la grippe.

"La preuve de ce mouvement, ajoute encore Marc Foidart, c’est le site Accessia Pharma à Milmort (Herstal), qui a démarré il y a un an et qui est pratiquement complet. Les écosystèmes, que ce soit à Liège ou à Gosselies, ont un avantage compétitif commun, à savoir les financements non-dilutifs de la DG06 de la Région wallonne et de Biowin. On greffe là-dessus une politique d’investissement de fonds publics, mais aussi de structuration d’une communauté d’investisseurs privés, ainsi qu’une politique d’infrastructure et d’accès aux expertises, qui font qu’il y a une différence. Cela se sait qu’il y a un terreau favorable en Wallonie."

Une course aux talents

"Environ 50% des montants totaux ont été levés ces quatre dernières années", souligne de son côté Sylvie Ponchaut, directrice générale de BioWin. La tendance s’est donc clairement accélérée, avec des grosses levées de fonds. On constate aussi une augmentation de la taille des PME, comme par exemple MaSTherCell. Il y a aujourd’hui davantage de joueurs de taille moyenne qu’il y a douze ou quinze ans."

Reste une interrogation: la région peut-elle continuer à faire face à ce développement? "Il y a des anticipations qui sont en train d’être faites, répond Sylvie Ponchaut. Mais il reste un point critique, c’est la disponibilité de la main-d’œuvre pour faire face à cette croissance annuelle de 7,5% depuis le début de l’histoire du pôle en 2005. L’emploi a fait plus que tripler. On est engagés dans une course au talent en Belgique, mais aussi dans le monde."

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