Deux moniteurs de ski belges ont levé 172 millions USD sur le Nasdaq

©Kelsey Ayres / Nasdaq, Inc.

La biotech pharma Apellis est un bijou made in Belgium. Elle détiendrait quelques blockbusters en portefeuille pour soigner des maladies auto-immunes rares. Les 172 millions de dollars levés au Nasdaq devraient permettre de les tester. Rencontre avec les deux fondateurs, Cédric François et Alec Machiels.

Nous avons vu cette année les entreprises de biotechnologie belges Ablynx, Galapagos et argenx lever des centaines de millions auprès d’investisseurs américains. Les Belges Cédric François et Alec Machiels n’ont pas dépareillé. Le 8 novembre, les deux fondateurs d’Apellis Pharmaceuticals – un scientifique et un petit prodige de la finance – ont réussi la deuxième plus grosse entrée en Bourse du secteur biotechnologique de cette année et ont même fait sonner la cloche du marché des actions technologiques Nasdaq. "C’était fantastique d’y être ce jour-là avec mon meilleur ami", confie Alec Machiels, qui a vu grimper la valeur de l’entreprise à plus de 600 millions de dollars.

Les deux compères se sont connus alors qu’ils étaient moniteurs de ski il y a environ 30 ans avec des liens noués autour des bars d’après-ski des Alpes françaises. Tous deux ont étudié à Louvain. Le premier est juriste de formation et le second médecin. Puis leurs chemins se sont séparés.

Errances

Alec Machiels est entré chez Goldman Sachs à Londres puis à New York comme analyste. Il est partenaire de la société d’investissement new-yorkaise Pegasus Capital Advisors, qui gère un portefeuille de 2 milliards de dollars d’actifs.

Cédric François a, lui, beaucoup pérégriné. Il est d’abord parti en Argentine, où il a fait son stage dans un hôpital psychiatrique et lancé, entre autres, un projet de recherche sur une prothèse de bras destinée à un gamin. "Je suis véritablement tombé amoureux de la recherche, confie-t-il. Ensuite, j’ai travaillé comme médecin sur un navire de croisière de la Méditerranée à la Riviera mexicaine. J’avais 25 ans, j’étais médecin, j’avais peu d’expérience et j’étais responsable de l’équipage et de 3.500 passagers. Un peu de la folie en fait." Finalement, des projets de médecins de Louisville (dans le Kentucky) qui envisageaient la première greffe de main au monde l’ont amené aux États-Unis, où il a aussi passé son doctorat.

En 2003, les deux amis se sont recroisés lorsque, avec quelques scientifiques, Alec Machiels a remporté un concours d’entreprise renommé d’Harvard. Et les bases d’Apellis furent jetées. Alec Machiels ayant convaincu Cédric François, ils ont abandonné leurs projets personnels et ont poursuivi leur chemin en duo.

Les médecins sur lesquels Apellis s’appuie en ce moment continuent de travailler sur la découverte de Cédric François. Il a été le premier à faire le lien entre un mécanisme spécifique du système immunitaire humain et une série de maladies. Aujourd’hui, Apellis poursuit le développement de médicaments pour le traitement d’une maladie de l’œil "qui rend les patients aveugles et il n’y a pas encore de solution" et de quelques maladies auto-immunes rares.

Il y a quelques années, une maladie du sang – l’hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN) – avait beaucoup fait parler d’elle en Belgique, et d’un petit patient prénommé Viktor, alors âgé de sept ans. Le seul médicament connu contre la HPN est Soliris. Mais vu son prix de revient annuel de 250.000 euros, Viktor ne pouvait espérer bénéficier d’un remboursement. À la suite de l’appel lancé aux médias par ses parents, qui avait soulevé une véritable tempête politique, la ministre de la Santé publique Maggie De Block (Open Vld) et l’entreprise pharmaceutique Alexion étaient parvenues à un accord, et le petit Viktor avait pu être sauvé.

Selon les analystes, Apellis dispose de plusieurs blockbusters, mais leur efficacité doit encore être confirmée dans le cadre de tests à grande échelle sur les patients. Les fonds récemment levés vont permettre de financer ces derniers tests.

Millionnaires

Vu leurs parts de 2 et 5%, Apellis a rendu les deux Belges millionnaires. Mais c’est surtout Morningside, le principal actionnaire, derrière lequel se cache la famille du milliardaire chinois Chan, qui profite le plus du succès d’Apellis.

Depuis sa création, Apellis a déjà levé 300 millions de dollars. S’il est vrai que l’entreprise lève facilement des fonds ces dernières années, son démarrage n’a pas été une sinécure – alors qu’à peine 300.000 dollars étaient nécessaires.

Le prix de Harvard a eu le mérite d’ouvrir des portes. "En fait, le pitch envers les investisseurs ne passait pas trop bien. Certains nous disaient que notre idée était trop dingue, raconte Cédric François. Je me rappelle d’une visite chez un de mes business angels… Au bout d’une heure d’entretien, nous étions ressortis déçus et bredouilles. Mais je suis retourné le lendemain. Je me suis annoncé à la réception et suis resté dans la salle d’attente jusqu’en fin de journée pour tenter de le convaincre à tout prix. Et ça l’a manifestement impressionné. ‘Comment vous appelez-vous, déjà?’ m’avait-il redemandé, avant de me signer sur-le-champ un chèque de 100.000 dollars. C’est une sensation agréable quand les gens croient en vous."

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