Le projet d'IBA vacille à Charleroi

L'arrivée de la KUL dans le projet redistribue les cartes. ©Photo News

Alors qu’il était promis à Charleroi, le centre de protonthérapie d’IBA pourrait finalement s’installer entre Bruxelles et Leuven. Un choix qui doit maintenant dépasser l’écueil politique!

Le dossier du développement d’un centre de protonthérapie en Wallonie s’enlise. Alors que le monde politique wallon se réjouissait en mai dernier d’être parvenu à un accord sur le projet, six mois plus tard, le dossier est toujours dans l’impasse. Et le choix de Charleroi pour la localisation du site est même remis en question.

Bruno Delvaux, le recteur de l’UCL, et partie prenante dans ce projet, y voit là l’illustration du mal belge. "Ce dossier est une belle illustration. Le poids des structures politiques de la Belgique constitue un frein au développement de grands projets."

Tout avait pourtant bien commencé. D’un côté, la Région Wallonne sous l’impulsion du cabinet du ministre de l’Économie Jean-Claude Marcourt (PS) promettait de participer au financement et même soutenir le projet porté par la société IBA, l’UCL et les cliniques Saint-Luc.

Quant à Paul Magnette, l’homme fort du PS, mais aussi le bourgmestre de Charleroi, il était parvenu à imposer le choix de sa métropole pour la localisation alors que Namur revendiquait également le projet. De son côté, IBA rêvait d’afficher enfin une première carte de visite en Belgique.

 

Arrivée de la concurrence

Mais voilà, depuis le feu vert donné par le monde politique wallon, la concurrence dans le secteur de la protonthérapie s’est développée en Europe. Outre un projet en Grande-Bretagne et à Lille, les Pays-Bas et l’Allemagne travaillent également sur l’implantation d’un centre. Or, à entendre le recteur de l’UCL Bruno Delvaux, "ce risque compétitif pourrait rapidement handicaper la viabilité financière d’un projet en Belgique". Et de fait, pour être rentable, un centre doit miser sur un bassin de 10 à 12 millions de personnes.

Face à cette incertitude de taille, l’UCL et les cliniques Saint-Luc ont récemment commandé une analyse financière à un consultant externe. Les conclusions sont implacables: "Compte tenu du cadre de remboursement que propose l’Inami aujourd’hui et le fait qu’il sera de plus en plus difficile de drainer une clientèle étrangère, c’est impossible d’y aller seul sur un tel projet", reconnaît Bruno Delvaux. Le constat est partagé par la KUL qui travaille sur un projet similaire.

Les études menées par l’UCL et la KUL prouvent donc une chose: dans un projet dont le montant d’investissement avoisine les 25 millions d’euros, et dont le return sur investissement n’est atteignable qu’après 15 ans selon le business plan dressé par l’UCL, il est impossible de jouer "perso". Il apparaît aussi primordial de coupler au projet un volet recherche médicale pour assurer des rentrées financières.

 

Axe UCL-KUL

Et la suite? "Le cadre régional doit être dépassé. Dans ce dossier, ni la Région Wallonne, ni l’UCL ne peuvent avancer seules". Or, si, comme l’affirme Bruno Delvaux, la KUL et l’UCL vont travailler ensemble, les vieux réflexes régionalistes risquent de venir saper le dossier. Et pour cause… Avec la régionalisation des soins de santé en 2017, les Régions devraient privilégier le financement de projets d’infrastructures hospitalières sur leur territoire. De quoi forcément relancer le choix de la localisation au risque de provoquer un match en la Flandre et la Wallonie.

Si pour les acteurs privés, cette question est secondaire, le choix de Charleroi risque cependant d’être de plus en plus difficile à faire passer du côté des partenaires flamands. "Le lieu devra certainement être plus central, à Bruxelles ou dans le Brabant, mais il faut dépasser les intérêts locaux dans ce dossier", reconnaît Bruno Delvaux. "Charleroi va être difficile à vendre du côté flamand", poursuit un autre.

Au cabinet de Jean-Claude Marcourt, on joue la prudence et on se limite à évoquer les dangers financiers d’un tel projet. Le député wallon Antoine Tanzilli (cdH) craint pourtant que la Wallonie passe à côté d’une fenêtre de tir.

 

Dépasser les clivages

Un "momentum" qui pour beaucoup a été loupé en mars 2012 quand les pôles de compétitivité Biowin et Mecatech, interrogés sur l’opportunité d’un centre en Wallonie, ont recommandé de le localiser à Louvain-la-Neuve en raison de la proximité d’IBA, de l’UCL et des centres de recherche médicale.

Mais d’après plusieurs proches du dossier, c’est le monde politique qui n’en voulait pas, par peur de contrarier l’ULg. "C’est du clientélisme d’un autre temps!", s’insurgent certains observateurs.

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