Liège est devenue la nouvelle Terre promise pour les entreprises des sciences de la santé

À l'origine, Liège comptait plutôt des sociétés actives dans le diagnostic ou les équipements médicaux, comme Trasis. Mais cela évolue. ©Anthony Dehez

BCI Pharma, Miracor, Mitral, Oncoradiomics… Ce n’est plus une tendance, c’est une véritable ruée! Parfois considérée comme la laissée-pour-compte de l’essor wallon dans le secteur des sciences du vivant, la région liégeoise attire désormais en masse les sociétés biotechnologiques et de technologie médicale étrangères qui sont à la recherche d’un environnement favorable pour prospérer.

Depuis moins d’un an, Liège a vu débarquer les biotechs françaises PDC*Line Pharma (immuno-oncologie) et BCI Pharma (thérapies ciblées), ainsi que les medtechs autrichienne Miracor Medical et américaine Mitral Technologies (cardiologie interventionnelle). Elle a même réussi à prendre dans ses filets une start-up australienne, Clarity Pharmaceuticals, spécialisée dans la détection des maladies coronariennes.

Cette migration massive se double d’un développement endogène, avec la création de spin offs de l’ULiège, comme Vitricell, qui vient d’annoncer la levée d’un million d’euros. "En moyenne, tous les deux mois, on crée ou on implante une nouvelle entreprise biotech ou medtech dans la région", se félicite Marc Foidart, directeur général adjoint de Meusinvest, le fonds public d’investissement liégeois. "Cela fait 5 à 7 entreprises par an sur les 5 dernières années. Les sciences de la santé deviennent progressivement le secteur le plus important dans les investissements de Meusinvest".

Chiffres clés

 

  • La province compte 72 sociétés actives dans les sciences du vivant, Meusinvest détient une participation dans 45 d’entre elles.
  • Environ 70% d’entre elles ont moins de 15 ans et 25% moins de 5 ans.
  • Liège crée dans le secteur biotech et medtech plus d’une centaine de nouveaux emplois par an, contre 50 à 60 il y a dix ans.

 

La Province compte 72 sociétés actives dans les sciences du vivant, dont 45 sont participées par Meusinvest. Ces entreprises doivent procéder à quelque 210 millions d’investissements au cours des trois prochaines années. Meusinvest apportera son écot, à hauteur de 80 millions. "On crée dans le secteur plus d’une centaine de nouveaux emplois par an, contre 50 à 60 il y a dix ans", poursuit Marc Foidart. "On doit pouvoir se donner comme objectif d’arriver à 200 ou 220 nouveaux emplois nets". Au total, sur la base des chiffres de la BNB, Meusinvest estime que le nombre d’emplois directs dans les biotechs et les medtechs est passé de 1.100 en 2008 à près de 1.750 en 2015. Un chiffre auquel il faut ajouter environ 300 indépendants, les CEO, CFO et directeurs commerciaux optant souvent pour ce statut. Et le pipeline reste fourni. Une vingtaine d’entreprises cibles sont analysées en permanence par Meusinvest, dont 12 à l’étranger.

La grande majorité des sociétés de la région en sont toujours au stade de la recherche et du développement. Certaines d’entre elles ont toutefois déjà acquis une renommée certaine, comme Imcyse (immunothérapie contre le diabète) ou Asit Biotech (basée a Bruxelles mais dont les laboratoires sont au Sart Tilman), une des deux sociétés cotées de la région avec Mithra.

Relais de croissance

Ces entreprises sont surtout de plus en plus nombreuses à vendre leurs produits: leur chiffre d’affaires est passé de 137 millions d’euros il y a dix ans à 208 millions en 2015. Derrière les incontournables Mithra et Eurogentec, plusieurs noms, comme KitoZyme, sont en train d’émerger comme relais de croissance. Diagenode, qui propose des équipements et des réactifs pour le diagnostic moléculaire, passera le cap des 100 emplois cette année. Un seuil déjà franchi par PhysIOl (lentilles de contact), qui a entamé un développement à l’international. Entre les deux, une série de sociétés sorties de la R&D sont en phase de précommercialisation: Artialis (une CRO travaillant également contre les pathologies liées au vieillissement), Dim3 (active dans la médecine connectée) ou Kiomed (une spin out de Kitozyme développant un gel contre l’arthrose). Orientée à l’origine vers les équipements médicaux (Trasis, Cefaly…) et le diagnostic, Liège commence à capter de plus en plus des sociétés dans d’autres domaines de compétences: l’oncologie, la cardiologie, les neurosciences et les maladies inflammatoires.

Centre d’oncologie

Ce développement spectaculaire ne doit rien au hasard. Les sciences de la santé ont été précisément ciblées par les acteurs locaux comme une contribution décisive au redéploiement de la région liégeoise, qui peut compter sur deux atouts majeurs ave le CHU et l’Université de Liège, ainsi que plusieurs outils qui en dépendent, comme le Giga (une structure originale de recherche fondamentale en étroite collaboration avec le monde de l’entreprise) ou le nouveau centre intégré en oncologie en construction au Sart Tilman. Le CHU dispose aussi d’un laboratoire de thérapie cellulaire et génique qui ne peut que séduire les sociétés actives dans ce créneau en plein boom. Ajoutez à cela le financement et vous avez une attractivité décuplée…

Avec Meusinvest et la Région wallonne, le CHU et l’université ont aussi créé B2H, une structure pour mettre les compétences en réseau et mieux attirer la recherche internationale et les partenaires industriels. "Nous voulons augmenter la visibilité à l’extérieur et faire savoir qu’à Liège, il y a un pôle qui se veut le meilleur nid", commente Marc Foidart. "Tout cela n’est cependant pas une déclaration de guerre à d’autres régions", complète Eric Haubruge, vice-recteur de l’ULiège. "Nos intentions sont de nous permettre de nous porter à un niveau international pour développer encore plus nos relations avec l’université de Maastricht et développer un cordon avec un ensemble d’acteurs travaillant dans le domaine de la santé".


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