Ncardia, un nouveau champion mondial basé en Wallonie

Stefan Braam, le CEO de Ncardia ©Kristof Vadino

La biotech belgo-néerlandaise (ex Pluriomics) basée à Gosselies fusionne avec son rival allemand Axiogenesis et lève 4 millions d’euros (SFPI, Sambrinvest…).

Un nouveau candidat champion mondial se déploie au départ de Gosselies. La biotech Pluriomics, qui y a vu le jour il y a trois ans avec des actionnaires belges, néerlandais et luxembourgeois, vient de fusionner avec un concurrent direct, le groupe allemand Axiogenesis AG. Les deux sociétés sont techniquement réunies dans Pluriomics Belgium, qui change de nom et s’appellera désormais Ncardia.

Le nouvel ensemble conserve son siège social à Gosselies, en Belgique, où il maintient son unité de production. Son centre de recherche et développement reste établi à Leyde, aux Pays-Bas, comme auparavant, mais intègre les activités de R & D de la société allemande, tandis que l’entité basée à Cologne et héritée d’Axiogenesis se concentrera dorénavant sur le marketing et les ventes. Une structure très européenne, à laquelle il faut encore ajouter un étage américain: Axiogenesis était déjà présente via une équipe commerciale aux Etats-Unis; cette unité continuera d’y opérer, mais au nom de Ncardia.

L’aventure de Pluriomics a débuté dans des laboratoires de recherche à l’Université de Leyde. Stefan Braam, un scientifique qui y travaillait sur les cellules souches en s’inspirant des découvertes de Shinya Yamanaka, Prix Nobel de médecine 2012, s’est fait la réflexion qu’il aboutirait plus vite à des résultats concrets s’il quittait l’univers académique pour œuvrer au sein d’une start-up. Il a rencontré Herman Spolders, le fondateur de la biotech cotée MDXHealth, qui l’a convaincu que c’était la meilleure solution. Avec Spolders et Alain Parthoens, un investisseur représentant le fonds grand-ducal Vesalius Biocapital, il a fondé Pluriomics en 2014 avec, déjà à l’époque, un pied aux Pays-Bas et un autre en Belgique.

20,6 millions €
Après l’apport des actions d’Axiogenesis et la nouvelle levée de cash, Pluriomics-NCardia dispose de 20,6 millions d’euros de capital social.

Des cœurs humains miniatures

Objectif: développer des cardiomyocites humains au départ de cellules souches pluripotentes induites. Il s’agit, en résumé, de recréer dans une boîte de Pétri les cellules contractiles composant le muscle cardiaque. Celles-ci peuvent alors être utilisées pour tester la cardiotoxicité des nouveaux candidats médicaments avec, à la clé, des gains de coût, de vitesse de développement et de fiabilité. Cette solution est une alternative aux expérimentations animales, qu’elle remplacera de manière plus efficace puisqu’elle simule un vrai mini-cœur humain plutôt qu’un cœur de souris, par exemple, qui bat 600 fois par minute.

Le projet, qui a pris corps, a séduit les investisseurs publics. Aux Pays-Bas, la ParticipatieMaatschappij InnovationQuarter est entrée au capital de Pluriomics, tandis qu’en Belgique, le Fédéral et la Région wallonne sont montés dans le navire via la SFPI et la SRIW. Sambrinvest, pour la région carolo, s’est aussi invitée à la fête.

Entre-temps, Pluriomics a mis sa solution au point et a commencé à commercialiser ses cardiomyocytes reconstitués auprès des groupes pharma et des biotechs. Elle a également développé une gamme de services et produits dans ce même environnement technologique (cellules souches). Ce faisant, elle s’est heurtée à la concurrence d’Axiogenesis, qui avait misé sur la même niche. "Nous cherchions les mêmes clients, souligne Stefan Braam qui devient CEO du nouveau groupe. Cela faisait sens de joindre nos forces. Ensemble dans Ncardia, nous avons un portefeuille de produits ‘cellules souches’ et de tests plus complet et nous disposons de toute l’expertise nécessaire pour nous battre afin de devenir leader du marché."

En face, reste un concurrent américain, Cellular Dynamics International (CDI), qui appartient au groupe japonais Fujifilm. Ncardia pourra faire la différence par ses produits, estime son CEO: "En cardiologie, CDI offre un mélange entre les cellules souches ventriculaires et les auriculaires, alors que nous produisons des cellules purement ventriculaires. Et nous sommes en train de développer des cellules purement auriculaires. C’est important au plan clinique, car il existe des différences entre les deux types de cellules: nous sommes convaincus qu’il est préférable pour les tests d’utiliser les types purs."

Nouvelle levée de fonds

Autre développement mené à bien à Leyde et Gosselies: Ncardia offre depuis peu ses produits sous forme de plaques ou "chips" prêtes à être testées. Les cellules souches sont déposées dans les 96 puits d’une plaquette forée et y sont liées à un réseau d’électrodes qui mesurent leur activité électrique. Ce qui permet au client d’utiliser directement les cellules pour effectuer ses essais, alors qu’avant il devait encore "conditionner" les cellules qu’il réceptionnait sous forme liquide.

La fusion entre Pluriomics et Axiogenesis s’est faite sur la base de l’apport à la première des actions de la seconde détenues par le groupe allemand Triangle Beteiligung. Les capitaux propres de Pluriomics-Ncardia ont dès lors augmenté de 13,7 millions d’euros. Le nouvel ensemble a ensuite levé 4,25 millions d’euros d’argent frais auprès de trois de ses actionnaires, Sambrinvest, Vesalius Biocapital et la SFPI. Son capital social atteint aujourd’hui 20,6 millions. Ainsi "lestée", la société s’estime parée pour atteindre, d’ici trois ans, le break-even.

5 questions au CEO de Ncardia

1/ Pourquoi avez-vous levé 4,25 millions d’euros supplémentaires?
Le but de l’opération est de construire la nouvelle compagnie et de s’assurer qu’on dispose des bons plans et du financement nécessaire.

2/ S’agit-il d’une fusion entre égaux ou d’un rachat par Pluriomics d’Axiogenesis?
Si vous regardez la composition de notre conseil d’administration, vous y verrez une forte composante "Pluriomics", mais je ne parlerais pas de "rachat". Cela donnerait un sentiment négatif. Nous voulons dégager le meilleur des deux entités. Aujourd’hui, nous sommes Ncardia: nous sommes un expert en cellules souches et en cardiomyocytes, nous allons partager nos recherches, nous disposons d’une équipe forte et d’investisseurs puissants et nous visons le titre de n°1.

3/ Comment mesurer le leadership dans ce secteur?
La beauté de la chose est qu’il s’agit d’un petit secteur d’activité… Dans deux semaines se tiendra une conférence réunissant les 50 plus grandes compagnies pharma du globe: nous savons lesquelles d’entre elles utilisent exclusivement nos cellules souches et lesquelles nous pouvons convertir.

4/ Après la dernière levée de fonds, les actionnaires de Pluriomics et ceux d’Axiogenesis sont-ils toujours à parité?
Au moment de la fusion, régnait une stricte égalité. Puis est intervenue cette augmentation de capital. Mais à la fin de la journée, nous sommes une seule et même compagnie. Et nous sommes plus forts qu’avant.

5/ Aurez-vous encore besoin de lever des fonds à l’avenir?
Nous voulons être profitables. Nous prévoyons de le devenir dans les trois ans, sans plus devoir récolter de nouveaux fonds. Mais nous sommes aussi des entrepreneurs et nous regardons toujours les opportunités qui se présentent… Nous construisons des technologies qui pourront être utilisées de nombreuses manières différentes et pour différentes applications. Non seulement à destination de l’industrie pharmaceutique, mais aussi à destination de l’industrie agroalimentaire. Les grands groupes alimentaires mettent au point des ingrédients fonctionnels susceptibles de réagir face à certaines maladies; ils pourraient aussi tester un jour ces produits en utilisant des cellules souches développées par nos soins.

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