interview

"Pas touche aux pôles de compétitivité"

©Kristof Vadino

La Fédération wallonne de l’industrie de la chimie, des matières plastiques et des sciences de la vie tient ce mardi 14 novembre son assemblée générale au Cercle du Lac, à Louvain-la-Neuve, sur le thème de la réussite du parcours d’innovation. À cette occasion, Frédéric Druck prend officiellement la tête d’essenscia wallonie et d’essenscia bruxelles à la place de Bernard Broze, qui part à la retraite.

Nous avons rencontré le nouvel administrateur-délégué pour l’interroger sur l’évolution du secteur et ses perspectives. Un secteur qui pèse lourd au sein de l’économie wallonne.

Vous venez de prendre vos fonctions, quels sont vos objectifs?

Tout d’abord, je tiens à vous indiquer que j’ai la chance d’arriver dans un secteur qui se porte bien. Au niveau industriel, nous avons des forces en Wallonie. Mais il faut consolider notre position. Notre industrie chimique a vieilli. Il faut donc renouveler les lignes de production, il faut faire de nouveaux investissements,…

Des investissements vont être annoncés dans les prochains jours en Wallonie?

Oui, je suis très confiant à ce sujet. Mais c’est un travail de longue haleine car pour convaincre un investisseur de venir chez vous, il faut avancer des éléments forts en matière de maîtrise salariale et de prix de l’énergie.

Le prix de l’énergie, c’est la principale préoccupation de vos membres?

Notre industrie est grande consommatrice d’énergie. Et celle-ci est de 10 à 40% plus chère que dans les régions proches de la Wallonie. C’est donc une priorité pour nous d’avancer avec le gouvernement sur une diminution du prix de l’énergie. C’est un dossier clé pour notre compétitivité. Nos premiers concurrents sont nos pays voisins mais n’oublions pas que nous sommes aussi en compétition avec des acteurs américains et asiatiques. Nous devons cesser d’être défensifs et devenir offensifs.

chimie & pharma en chiffres 

Chiffre d'affaires 15 milliards d’euros.

Emplois 26.400 emplois directs et 42.000 emplois indirects, soit 22% de l’emploi industriel en Wallonie.

Entreprises

 

  • 320 pour Bruxelles et la Wallonie:
  • 200 entreprises en Wallonie (dont 50 grandes entreprises et 150 PME, dont une centaine font partie d’un grand groupe).
  • 120 à Bruxelles (surtout des quartiers généraux et des centres de vente ou de distribution).

 

Exportations

La chimie et la pharma demeurent champions toutes catégories à l’international. Au cours du premier semestre 2017, les exportations du secteur ont atteint 8,1 milliards d’euros.

Ce secteur exporte plus de 90%de sa production, soit 36%des exportations totales wallonnes.

En termes de formation et d’emploi, comment se porte votre secteur?

Au minimum, on engage 450 personnes par an dans le secteur. Mais on a un défi à dix ans, surtout dans la chimie. La pyramide des âges vieillit fortement. Le défi ici est donc de parvenir à attirer les jeunes vers les filières scientifiques et techniques dès l’école. On a créé des kits de chimie pour les écoles pour qu’on puisse y faire des expériences sans labo et nous venons d’inaugurer un Lab’expo chimie et sciences de la vie au Pass.

Nous faisons tout un travail de sensibilisation auprès des jeunes autour des métiers de notre secteur. Le Cefochim, le centre de formation du secteur, est aussi un acteur majeur pour assurer ce renouvellement. Plus de 85% des demandeurs d’emploi trouvent un job à la fin de leur formation. C’est un véritable win-win. Il est donc essentiel que les pouvoirs publics y apportent un financement adapté!

Et les investissements dans la recherche?

Là je dois dire que je suis très à l’aise pour vous en parler. La recherche & développement dans notre secteur, cela représente 1,6 milliard d’euros. Cela représente 60% des dépenses en R&D privées en Wallonie, majoritairement dans la pharma.

Quelles sont les opportunités de votre secteur en Wallonie?

Nous avons des poches de développement. Je suis issu du secteur des biotechnologies et des sciences du vivant. Il y a un grand momentum aujourd’hui autour de ce qu’on appelle l’économie bio-basée, bio-sourcée. On va utiliser du végétal ou des déchets végétaux ou animaux pour les transformer en produits. Je vous donne un exemple: à partir du sucre, on fait du bio-plastique.

Aujourd’hui, il y a un appel du marché. Des grandes entreprises comme L’Oréal, Nestlé, Danone, Lego, Ikea, Michelin, sont demanderesses de produits bio-basés. Une question d’image, bien sûr, mais aussi une tendance de la demande client. Aujourd’hui, la Wallonie donne le ton dans ce domaine. Et la Wallonie a des grands atouts à faire valoir dans ce domaine: on a les chercheurs, on a les technologies, on a une industrie, on a de la biomasse.

D’ailleurs, la Wallonie a été élue comme une des six régions modèles pour la chimie durable en Europe. Si on parvient à faire travailler ensemble les biotechs et la chimie, on peut en faire un deuxième pilier de croissance à côté de celui de la santé, symbolisé notamment par GSK, qui est numéro un mondial pour les vaccins depuis la Wallonie.

Vous rêvez d’un GSK du bio-basé en Wallonie?

Je souhaite en tout cas que la Wallonie se positionne sur cette filière car on a des atouts à y faire valoir. Mettons les forces en présence et allons-y. Il serait malencontreux de laisser passer ce train.

Le gouvernement wallon a annoncé qu’il allait arrêter le plan Marshall, vous êtes inquiet?

Selon moi, le gouvernement wallon a gardé le meilleur outil avec les pôles de compétitivité. Mais il faut aussi garder l’esprit du plan Marshall. Finalement, le gouvernement s’inscrit dans la continuité avec son plan intitulé "La Wallonie Forte". Le gouvernement a aussi peut-être moins de moyens qu’au moment de l’élaboration du Plan Marshall. Le gouvernement wallon a d’ailleurs édicté un plan à dix-huit mois. Tout cela, ce sont des indices.

En tout cas, de notre côté, nous allons défendre le financement des pôles de compétitivité. Il ne faut pas toucher aux pôles de compétitivité. C’est une dynamique qui a porté ses fruits pour notre secteur.

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