Premier procès dans le scandale des opioïdes aux États-Unis

L'avocat général Brad Beckworth lors de l'ouverture du procès Oklahoma contre Johnson & Johnson. ©REUTERS

L’entreprise pharmaceutique Johnson & Johnson est accusée d’avoir provoqué une épidémie d’opioïdes (des médicaments antidouleurs) ayant causé la mort de 70.000 Américains en 2017.

Le fabricant américain d’opioïdes Johnson & Johnson a dû comparaître ce mardi au tribunal, dans l’État de l’Oklahoma, pour faire face aux 2.000 poursuites similaires déposées par plusieurs gouvernements américains l’accusant d’inciter à la consommation d’opioïdes, et de mener des campagnes mensongères sur leurs effets. Les médicaments opioïdes, qui sont des analgésiques contenant des molécules proches de la morphine, ont causé la mort de 70.000 Américains par overdose en 2017, 10% de plus qu’en 2016. Ces antidouleurs sont surprescrits par le milieu médical dans l’ensemble des États-Unis, ce qui a entraîné une dépendance croissante des consommateurs les poussant vers des drogues dures comme le Fentanyl et l’héroïne.

L’Oklahoma est le premier État américain à intenter un procès contre un fabricant d’opioïdes. Mike Hunter, procureur général de l’Oklahoma, a annoncé que les entreprises J&J, Purdue Pharma L.P. et Teva Pharmaceutical Industries avaient réalisé des campagnes trompeuses en minimisant les risques de dépendance aux opioïdes et en exagérant leurs avantages. J&J, qui a commercialisé les antidouleur Duragesic et Nucynta, est le "pilier derrière cette urgence de la santé publique", affirme Mike Hunter. 

Nous pensons que nous avons des preuves convaincantes concernant leur responsabilité légale sur ces milliers de décès, et centaines de milliers de dépendances dans l’État
Mike Hunter
procureur général de l’Oklahoma

Un procès de plusieurs milliards de dollars

J&J n’est pas d’accord avec les accusations de l’État et affirme qu’il n’est pas possible de prouver son implication directe dans cette épidémie d’opioïdes, compte tenu du rôle joué par les médecins, patients, pharmaciens ou encore les trafiquants de drogues. "Nous avons agi de manière responsable en fournissant des analgésiques approuvés par la FDA [Food and Drug Administration], et nous sommes prêts pour un procès", a déclaré J&J ce dimanche. Ce procès pourrait d’ailleurs coûter à la compagnie plusieurs milliards de dollars.

L’État estime que les actions de l’entreprise ont créé une surabondance d’analgésiques et une nuisance publique qui coûtera entre 12,7 et 17,5 milliards de dollars pour lutter contre cette crise. Le groupe pharmaceutique israélien Teva a accepté ce dimanche un accord à l’amiable avec l’État en lui versant 85 millions de dollars. Purdue Pharma, fabriquant du puissant antidouleur Oxycontin ayant fait des dizaines de milliers de victimes chaque année, a fait de même en mars dernier avec le versement de 270 millions de dollars.

Au Canada, la province de l’Ontario a également annoncé ce lundi son intention de poursuivre en justice les fabricants d’opioïdes pour couvrir les frais des soins de santé nécessaires pour faire face à la crise de santé publique.

Plus de 10.000 personnes sont décédées d’overdose au Canada depuis 2016.

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