UCB crée une société pour combattre la maladie d'Alzheimer

Benoit Kenda ©DENIS CLOSON / ONESHOT.BE

Le groupe belge UCB externalise, au sein de Syndesi Therapeutics, une spin-out créée à Louvain-la-Neuve, une nouvelle classe de molécules centrée sur les troubles neurologiques.

Le monde des biotechs reste en ébullition dans notre pays, avec un acteur de poids du secteur qui se jette à l’eau: UCB annonce en effet la création d’une spin-out qui va se consacrer au développement de traitements innovants contre les troubles cognitifs, au premier rang desquels figure la maladie d’Alzheimer.

Syndesi Therapeutics – Syndesi signifie "connexion" en grec – va s’établir à Louvain-la-Neuve au sein du Centre d’entreprises et d’innovation (CEI), avec une présence dans les installations de l’incubateur JLINX sur le campus de Janssen à Beerse. Elle sera dirigée par le Britannique Jonathan Savidge, un neuroscientifique habitué au monde de l’entreprise.

Outre UCB, un panel d’investisseurs belges et internationaux se sont également lancés dans l’aventure.
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Outre UCB, un panel d’investisseurs belges et internationaux se sont également lancés dans l’aventure. Le syndicat d’investisseurs est dirigé par Novo Seeds (le fonds de capital-risque du groupe danois Novo Nordisk) et Fountain Healthcare (un autre fonds spécialisé dans les sciences de la vie), en conjonction avec Johnson & Johnson Innovation, V-Bio Ventures, la SRIW (Société régionale d’investissement de Wallonie) et Vives-Louvain Technology Fund.

La nouvelle société bénéficie d’un investissement de série A de 17 millions d’euros qui va financer le développement clinique d’une nouvelle molécule – la première de sa classe – jusqu’à la validation de principe chez l’être humain. Une molécule dont Syndesi s’est vu concéder une licence mondiale exclusive par son parrain UCB.

De solides propriétés

La molécule en question a déjà une histoire. Elle est quelque part un enfant non désiré des travaux des chercheurs en neurosciences d’UCB, qui ont mis au point et développé deux grands médicaments antiépileptiques, le Keppra et le Briviact.

"Nous capitalisons sur la compréhension que nous avons de la manière dont les connexions se font entre les neurones dans le cerveau."
Benoit Kenda
Responsable de projets en neurosciences chez UCB

"Nous capitalisons sur la compréhension que nous avons de la manière dont les connexions se font entre les neurones dans le cerveau", explique Benoit Kenda, responsable de projets en neurosciences chez UCB et un des pères du Briviact. "Dans le courant de nos études, nous avons découvert une nouvelle classe de produits. Des molécules qui n’avaient absolument pas de propriétés antiépileptiques. Mais des molécules qui en revanche ont révélé de solides propriétés procognitives dans tous les modèles précliniques utilisés".

Les équipes de Benoit Kenda se sont donc demandé si cette nouvelle classe de molécules ne pourrait pas servir de traitement pour les désordres cognitifs associés aux maladies neuro-dégénératives – dont l’Alzheimer –, ou liés également aux maladies psychiatriques et orphelines.

Maladie incurable du cerveau, l’Alzheimer touche plus de 47 millions de personnes à travers le monde, dont environ 165.000 en Belgique. Le vieillissement de la population est en train de donner un côté épidémique à l’évolution de cette pathologie. Les équipes de Syndesi débuteront avec la molécule phare – qui est censée progresser le plus rapidement –, puis décideront ultérieurement de ce qui doit se dérouler avec les autres.

Un choix stratégique

Mais pourquoi partenariser le développement de ces nouveaux produits qui semblent bien prometteurs? Parce qu’UCB, avec 4,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, doit être sélectif dans ses choix de développement en interne et ne peut simplement pas tout faire. "C’est un choix stratégique", poursuit Benoit Kenda.

"On ne voulait pas abandonner cela dans les tiroirs d’un meuble de la société."

"Les désordres cognitifs ne font pas partie actuellement de la stratégie directe d’UCB. On s’est posé la question de savoir quelle était la manière la plus adéquate de poursuivre ces recherches, car on ne voulait pas abandonner cela dans les tiroirs d’un meuble de la société. On a donc décidé de s’associer avec des investisseurs qui ont l’habitude d’investir dans ce genre de domaine. Ils ont été séduits par le concept et la nouveauté de ce qu’on proposait, et à l’idée de venir s’implanter dans l’écosystème wallon".

Le modèle biotech

Si UCB est global avec 7.500 personnes réparties dans une quarantaine de pays, Syndesi a en effet choisi de bénéficier de tous les avantages offerts par la Région wallonne, du soutien financier aux compétences locales en passant par la présence des universités et d’autres partenaires potentiels comme les CRO ("contract research organization"), ces entreprises qui offrent des services de recherche.

"On a une force au départ, mais parfois on se rend compte que lorsqu’on avance pour faire progresser la molécule, on a besoin de compétences externes."
Benoit Kenda

Le groupe pharma belge avait déjà conclu par le passé des partenariats. Mais la création de Syndesi est une des premières fois où il a recours à ce que certains appellent chez eux "le modèle biotech". "Un modèle dans lequel on capitalise sur nos forces en recherche, où on développe jusqu’à un certain stade et ensuite on externalise et fait de la licence en extérieur, explique Benoit Kenda. On a une force au départ, mais parfois on se rend compte que lorsqu’on avance pour faire progresser la molécule, on a besoin de compétences externes. On va donc aller chercher ces compétences via un partenariat".


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