Un souci en Allemagne coûte très cher à la biotech Ncardia

©Kristof Vadino

La biotech belgo-néerlandaise a rencontré un gros problème de conformité dans sa filiale allemande. Elle a décidé de mettre fin à ses activités outre-Rhin, ce qui lui a coûté 20,3 millions d’euros. Son actif net est passé sous les 50% de son capital social, ce qui a incité ses actionnaires à réinjecter 5 millions.

Si la vie des entreprises ne s’apparente que rarement à un long fleuve tranquille, c’est encore plus vrai dans le secteur des biotechnologies. S’ils l’ignoraient encore, les dirigeants et actionnaires de la société Ncardia viennent de le découvrir à leurs dépens. Cette biotech belgo-néerlandaise établie à Gosselies vient de passer ses aventures en Allemagne par profits et pertes. Cela lui a coûté la bagatelle de 20,3 millions d’euros…

Ncardia, qui s’appelait à ses débuts en 2014 Pluriomics, a mis au point un procédé original permettant de recréer les cellules souches composant le muscle cardiaque. Ces "cardiomyocites" peuvent ensuite servir à tester les nouveaux candidats médicaments, ce qui permet d’éviter de recourir aux tests sur des animaux. À l’été 2017, Ncardia avait fusionné avec une société allemande qui s’était également spécialisée dans les produits et services au départ de cellules souches: Axiogenesis AG. Elle avait ensuite rebaptisé cette dernière Ncardia AG et entendait poursuivre le développement de ces activités-là outre-Rhin.

Il y a un peu moins d’un an, un problème de conformité est apparu au niveau de la filiale allemande. "Un problème lié à l’origine des produits et à leur labelling", précise le CEO Stefan Braam, sans épiloguer. Le souci a été manifestement jugé très sérieux, puisque le conseil d’administration de Ncardia a aussitôt décidé de mettre fin aux activités de financement et d’exploitation de la filiale allemande. "Pour nous recentrer sur la Belgique et les Pays-Bas", ajoute Stefan Braam.

Comptes 2018 fort impactés

Cette décision de retrait a eu des conséquences financières lourdes pour la biotech: Ncardia s’est vue contrainte de réduire la valeur de sa participation dans la filiale allemande de 12 millions d’euros. Elle avait en outre pour 8,3 millions d’euros de créances sur Ncardia AG. Soit une facture globale de 20,3 millions, qu’elle a prise dans ses comptes de résultats 2018.

Comptabilisée comme charges financières non récurrentes, la note a plongé profondément dans le rouge les résultats de la société, qui a clôturé son exercice sur une perte nette de 21,3 millions d’euros.

Suite à cela, l’actif net de Ncardia a été réduit à un montant inférieur à la moitié du capital social. Et comme la biotech ne génère pas encore de chiffre d’affaires substantiel, sa nouvelle situation financière laissait planer une grande incertitude quant à la continuité de son exploitation.

Cinq millions réinjectés

C’est la raison pour laquelle Ncardia a sollicité ses actionnaires historiques. Six d’entre eux ont accepté de procéder à une nouvelle augmentation de capital. Ils ont réinjecté, en deux étapes qui ont eu lieu en juin et début octobre, 5 millions d’euros d’argent frais dans la biotech. Cela lui a permis d’apurer ses pertes reportées (22 millions quand même) et de conserver un volet de trésorerie pour les mois à venir.

Les actionnaires ayant participé à la levée de capitaux sont la Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW), son équivalent au niveau fédéral la SFPI, le fonds mixte (holdings publics et institutionnels privés) wallon Epimède, le fonds public néerlandais Innovation Quarter, le fonds privé belgo-luxembourgeois Vesalius Biocapital, ainsi que le fonds européen FCR 2020 SA.

Cet accident mis à part, Ncardia poursuit son développement, souligne Stefan Braam: elle est en phase de commercialisation de ses cellules souches, pour différentes thérapies candidates. Et la direction espère toujours atteindre le break-even d’ici la fin de l’an prochain.

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