ADx NeuroSciences tente de "craquer le code" d'Alzheimer

Koen Dewaele, CEO ADX Neurosciences. ©Debby Termonia

La société biotechnologique ADx NeuroSciences, fondée par plusieurs vétérans d’Innogenetics, continue d'investir dans la recherche sur la maladie d'Alzheimer. Sa mission: concevoir des biomarqueurs permettant de déceler la maladie à un stade précoce.

Le domaine de la recherche contre la maladie d’Alzheimer s’apparente à un champ de bataille. Nombre de grandes entreprises pharmaceutiques s’y sont cassé les dents. Des milliards ont été injectés dans ce projet, mais sans résultat probant pour l’heure. Freiner la maladie n’est pas encore possible. Et il n’est même pas possible d’interrompre les dommages cérébraux ou de contrecarrer leur évolution. Pourtant, la "big pharma" continue d’y investir.

Géants de la pharma

Johnson & Johnson, Pfizer, Eli Lilly, Biogen, Merck… Tous! Le risque est certes grand, mais le return potentiel est à l’avenant.

Dans l’espoir d’atteindre leur objectif, les grandes enseignes pharma s’associent aux plus petites sociétés biotechnologiques. L’un de ces grands noms – son identité n’a pas été dévoilée – a d’ailleurs récemment entamé une collaboration avec le groupe gantois ADx NeuroSciences.

ADx conçoit des biomarqueurs permettant de déceler la maladie d’Alzheimer à un stade précoce. Il s’agit de matériel biologique (anticorps) détectant les signes précoces de la maladie dans le liquide céphalo-rachidien et dans le sang.

Le groupe livre ces anticorps dans un liquide en fioles, envoyées à moins vingt degrés. Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, tout tourne autour des protéines amyloïde et tau, qui endommagent le cerveau. Le premier déclenche Alzheimer en formant des lésions en plaques au niveau cérébral.

L’autre exacerbe la maladie en provoquant la mort des cellules cérébrales. "Pour stopper Alzheimer, il faut agir sur les deux protéines", explique Koen Dewaele, cofondateur et CEO du groupe.

20 ans
Recherche
Selon Koen Dewaele, CEO d'ADx, vingt années au moins seront encore nécessaires pour "craquer le code" Alzheimer et contrôler l’évolution de la maladie.

Malgré les nombreux échecs, des dizaines de médicaments potentiels contre l’Alzheimer sont en cours d’élaboration. "Les entreprises pharmaceutiques ont tiré les enseignements des erreurs commises ces dernières années. Elles avaient traité des patients chez qui la maladie était trop avancée, dont le cerveau avait déjà subi un trop grand nombre de lésions", regrette-t-on. Désormais, elles sélectionnent des patients présentant un ‘mild cognitive impairment’, où la probabilité de succès est en principe supérieure. "Il s’agit de patients qui présentent de temps à autre de légers troubles de la mémoire, des problèmes d’orientation, des difficultés à trouver leurs mots… Ce sont des symptômes qui peuvent aussi apparaître chez les personnes abusant de la boisson ou souffrant de dépression. Pour faire le tri, des biomarqueurs comme les nôtres sont nécessaires. Et ils le sont également pour évaluer l’effet d’un médicament."

ADx collabore désormais avec cinq entreprises pharmaceutiques et a dégagé l’an dernier un chiffre d’affaires de 0,8 million d’euros. Un montant relativement modeste, en partie parce que les biomarqueurs d’Alzheimer ne sont pas encore largement utilisables. Pas encore. "Il n’y a pas encore de médicament sur le marché. Mais lorsqu’ils arriveront, des milliers, voire des millions de tests seront nécessaires pour établir un diagnostic précoce et correct."

Koen Dewaele reconnaît que vingt années au moins seront encore nécessaires pour "craquer le code" Alzheimer et contrôler l’évolution de la maladie. "Cela dit, chaque pas en avant est essentiel. Les premiers médicaments qui pourront freiner au moins légèrement son évolution arriveront d’ici 2020. Si tout se passe bien, évidemment. C’est souhaitable à la fois pour les patients et pour nous."

Dépister dès 50 ans?

L’objectif est, à terme, de trouver des manières non seulement de détecter l’Alzheimer dans la moelle, mais aussi dans le sang.

"Ce n’est qu’alors qu’ils seront utilisables par le médecin généraliste. Mais nous n’y sommes pas encore. Ces protéines sont présentes en concentrations minimales dans le sang, qui se mesurent en femtogramme (10-15 gramme). Pour les détecter, un travail de grande précision est nécessaire."

En revanche, serait-il possible que dans un délai raisonnable, nous puissions tester tout le monde, avant même l’apparition des symptômes? "C’est possible. Les premiers symptômes apparaissent autour de l’âge de 70 ans, alors que la maladie est présente mais silencieuse depuis déjà 20 ans. Faire un test à la cinquantaine est envisageable à terme, car plus l’intervention est précoce, mieux c’est."

Les médicaments proches de la commercialisation ciblent tous la protéine amyloïde. Les initiatives visant à agir au niveau de la protéine tau sortent seulement des starting-blocks. "C’est là que nous pouvons vraiment faire la différence. Notre expertise se concentre effectivement sur tau – une protéine bien plus complexe que l’amyloïde", souligne Dewaele. Eugeen Vanmechelen, l’un des cofondateurs d’ADx, travaille depuis plus de 25 ans dans ce domaine, et était déjà publié dans la presse scientifique pour ses travaux en 1992.

Pour contribuer aux avancées de la recherche, les actionnaires prévoient d’investir l’an prochain au moins un million d’euros supplémentaires, ce qui portera le total à plus de 5 millions. Dewaele considère cette injection de capitaux comme "le dernier effort". "La dernière étape vers une vente éventuelle. Ce serait mon rêve de poursuivre la mise en œuvre de ce projet, mais il devra probablement être accompagné par une plus grande entreprise."

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