Alzheimer, le puzzle insurmontable des labos pharmaceutiques

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Ils sont nombreux à avoir tenté de trouver un traitement pour la maladie d’Alzheimer, mais beaucoup se sont casser les dents. A la veille de la journée mondiale de cette maladie (21 septembre), les laboratoires se montrent donc très démunis.

Arriver à soigner la maladie d'Alzheimer, beaucoup en rêvent, mais la recherche cale. Depuis 16 ans, plus aucun médicament n'est arrivé sur le marché pour contrer cette maladie neurodégénérative.

Développer des traitements anti-Alzheimer revient à "essayer de résoudre un puzzle sans savoir à quoi devrait ressembler le résultat final", selon l'expression de Pierre Tariot, directeur du Banner Alzheimer Institute aux Etats-Unis. Pourtant, il y a urgence. 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme que le nombre de personnes atteintes de démence devrait à l'échelle mondiale tripler d'ici 2050. Parmi ces 152 millions de malades, 60 à 70% seraient atteints d'Alzheimer.

Côté coût: le traitement de la démence à l'échelle mondiale  (en frais médicaux, prise en charge sociale et soins informels) était estimé en 2015 à 818 milliards de dollars (1% du PIB mondial). Pour 2030, ce chiffre devrait plus que doubler.

Des labos démunis

Mais en dépit d'importants moyens financiers pour la recherche, tant publique que privée, les essais cliniques sur Alzheimer échouent les uns après les autres. Depuis le début de cette année, l'hécatombe est particulièrement sévère.

→ les laboratoires Lundbeck
→ Takeda
→ Merck & Co
→ Janssen Biotech
→ AstraZeneca
→ Eli Lilly
→ ... 

Quant au géant américain Pfizer, il a purement et simplement abandonné tous ses programmes de recherche sur Alzheimer en janvier.

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Cascade ou pas? 

Pourtant, "il n'y a qu'une piste" principale qui a été explorée sur Alzheimer: l'hypothèse dite de la "cascade amyloïde".

→ De quoi s'agit-il? Elle consiste à penser que l'accumulation anormale de protéines amyloïdes dans le cerveau serait un élément clé initiateur de la maladie, explique Marie Sarazin, responsable de l'unité de neurologie de l'hôpital parisien Saint-Anne. 

Galvanisés par des essais prometteurs sur des souris, depuis le début des années 2000 "les laboratoires sont tous partis sur l'hypothèse amyloïde, en espérant 'le jack-pot'," déplore la neurologue. 

Selon ce modèle, la formation de plaques amyloïdes, apparaissant longtemps avant les premiers symptômes cliniques de la maladie. Elle entraînerait plus tard des anomalies d'une autre protéine du cerveau, Tau. Celle-ci se mettrait à former des agrégats à l'intérieur des neurones en finissant par les détruire.

"L'interface entre les protéines amyloïdes et Tau reste un domaine très mal connu et complexe. A présent, il y a des chercheurs qui pensent que Tau aurait aussi un rôle essentiel à un stade très débutant de la maladie." De quoi remettre en cause le modèle de la cascade amyloïde.


Cette dernière piste n'est pas abandonnée pour autant. Elle a même regagné un certain crédit cet été, après des résultats encourageants d'un essai clinique de phase II sur BAN2401, un anticorps anti-amyloïde codéveloppé par la biotech américaine Biogen et le japonais Eisai.

Quant à des candidats médicaments ciblant la protéine Tau, ils n'ont pas donné non plus de résultats satisfaisants jusqu'à présent.

Prévenir plutôt que guérir

Face au manque d'outils de diagnostic précoce de la maladie d'Alzheimer, lCees laboratoires ont longtemps concentré leurs essais cliniques sur des patients à des stades avancés de la maladie. Cela rend toutefois l'obtention de résultats positifs quasi impossibles.

Désormais "beaucoup d'entreprises pharmaceutiques cherchent à inclure dans leurs essais cliniques des personnes saines, mais ayant une prédisposition à développer" la maladie d'Alzheimer des années plus tard. Leur espoir? Démontrer une efficacité préventive de leurs traitements.

Pour identifier ces personnes, les laboratoires ont recours à la génétique. Car si la forme héréditaire de la maladie, se manifestant généralement avant 65 ans, est très rare, il existe des gènes relativement répandus augmentant considérablement les risques de développer Alzheimer à un âge plus avancé.

"Il semblerait que comme pour les autres maladies neurodégénératives, la clé soit d'aller vers la prévention le plus tôt possible", estime ainsi Danny Bar-Zohar, responsable du développement en neurosciences chez le géant pharmaceutique suisse Novartis, qui collabore avec l'américain Amgen sur Alzheimer.

"Tous les essais thérapeutiques négatifs ont quand même permis d'améliorer les connaissances de la maladie (...). Ce qui est certain, c'est que si une molécule démontre enfin une efficacité, ça va aller vite", conclut le Dr Sarazin.

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