Une société montoise prête à répondre à la crise du coronavirus

Les unités de traitement sont entièrement montées et testées à Mons avant d'être expédiées dans le monde entier.

Les demandes affluent pour des unités de traitement des déchets médicaux fabriqués par la société AMB Ecosteryl. Déjà bien présente en Asie, elle espère pénétrer le marché chinois.

AMB Ecosteryl

Chiffre d'affaires: 15 millions d'euros

Emploi: 30 personnes dont 25 équivalents temps pleins

Création: 1947

Résultat opérationnel: 3 à 4 millions d'euros

Une trentaine de demandes en quelques semaines, pas moins. Au siège montois de AMB Ecosteryl, on prend les devants et sans attendre les commandes fermes, les monteurs travaillent déjà sur des unités de traitement des déchets médicaux potentiellement dangereux qui pourraient partir au plus vite sur des sites directement concernés par le coronavirus, en Chine évidemment, mais aussi dans d’autres pays d’Extrême-Orient. "Ces dernières semaines, les demandes affluent", reconnaît Amélie Matton, COO de la société établie sur le site Initialis de Mons.

AMB Ecosteryl, qui exporte la totalité de sa production, est déjà bien implantée en Asie, notamment en Malaisie et aux Philippines. Fort de cette notoriété, elle reçoit aujourd’hui des marques d’intérêts émanant de Thaïlande, du Vietnam, du Japon, d’Indonésie et de Chine évidemment… Des concrétisations sont attendues dans les semaines qui viennent. "Dans le cadre de la crise sanitaire déclenchée par le virus Ebola, nous avions un peu manqué de réactivité. Cette fois nous voulons proposer nos produits pour aider les hôpitaux et les populations concernées." La société reçoit de nombreuses marques d'intérêt, mais effectue également une démarche proactive, surtout en Chine, notamment via les représentants du commerce extérieur wallons, "d'un grand soutien pour nous", insiste Amélie Matton.  

Chaleur sèche

Depuis les années 2000, AMB (pour Ateliers mécaniques du Borinage) s’est totalement reconvertie pour fabriquer des machines de traitement des déchets médicaux potentiellement dangereux. Le processus fait l'objet de nombreux brevets. Les machines Ecosteryl broient les déchets afin de réduire leur volume de 80% avant de les passer durant une heure à 100° par micro-ondes. À la sortie, les déchets réduits sont assimilables à des déchets ménagers et peuvent être triés finement pour être recyclés ou utilisés comme combustible de substitution. In fine, 15% des déchets seulement partent en décharge. 

"Dans une crise comme celle-ci, le personnel hospitalier a autre chose à faire que de gérer les déchets."
Amélie Matton
COO de AMB Ecosteryl

"Dès le déclenchement de la crise du coronavirus, nous avons contacté l'Institut Pasteur à Paris, qui avait déjà certifié nos machines pour le traitement de déchets médicaux dangereux. Il nous ont assuré que le processus convenait aussi pour le Covid-19, qui ne résiste pas à la chaleur sèche", assure Matton. Or c'est justement l'atout majeur des machines Ecosteryl qui n'utilisent pas d'eau dans le processus de chauffe. 

AMB Ecosteryl, qui a lancé il y a peu la construction d'une extension de son hall de production, a donc entrepris, sans attendre, la constitution d'un stock de machines "d'urgence sanitaire" de manière à pouvoir répondre très rapidement à la demande. "Nous sommes les seuls à proposer des machines aussi modulaires et surtout d'aussi grosse capacité." La gamme des machines de traitement s'étend de 75 kg/h à 250 kg/h, soit jusqu'à 2.000 tonnes de déchets par an. À titre d'exemple, la Communauté urbaine de Lille dispose de trois machines, ce qui permet de traiter la totalité des déchets médicaux des hôpitaux, près de 6.000 tonnes par an. Un hôpital de 1.000 lits comme celui construit en 10 jours à Wuhan pour accueillir le plus grand nombre de malades rejette près de 400 tonnes par an. 

"Dans une crise comme celle-ci, le personnel hospitalier a autre chose à faire que de gérer les déchets", note encore Amélie Matton. "Mais trop souvent, la mauvaise gestion de ces déchets est un facteur important de propagation de la maladie. Selon des chiffres de l'OMS, les déchets médicaux sont les éléments les plus dangereux après les matières radioactives."

2.000
tonnes de déchets par an
Les plus grosses unités de AMB Ecosteryl permettent de traiter près de 2.000 tonnes de déchets par an, soit l'équivalent de 5.000 lits.

Les unités de traitement de AMB Ecosteryl répondent à un besoin sanitaire important surtout dans les pays en voie de développement. Dans les bureaux de la société sur le parc scientifique Initialis à Mons, une kyrielle de drapeaux pointe la présence des machines dans le monde entier. Avec des concentrations assez marquées en Amérique latine, en Asie et en Afrique centrale. L'Europe est également bien couverte... exception faite de la Belgique où AMB Ecosteryl n'est pas encore parvenu à casser le monopole de l'incinération. Les deux centres de traitement des déchets médicaux du pays à Tournai et à Anvers procèdent en effet par incinération. "Ce qui exige un processus de filtrations des fumées et des rejets assez onéreux", estime Matton. 

Même si elle n'est pas prophétesse en son pays, AMB Ecosteryl met un point d'honneur à se fournir essentiellement en Belgique. À l'exception du broyeur, autrichien, tous les composants des unités qui ne sont pas fabriqués dans ses murs proviennent de fournisseurs belges, et wallons en particulier. 

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