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interview

Anne-Laure Dreno (AstraZeneca): "Nous sommes le moins cher des pays occidentaux"

Anne-Laure Dreno, Country President Belgium and Luxembourg d'AstraZeneca. ©saskia vanderstichele

Après quelques ratés, le meccano industriel mis en place par AstraZeneca pour produire un vaccin anti-covid tourne désormais à plein régime. Au grand profit des pays à bas revenus.

Grâce à sa collaboration avec l'Université d'Oxford, AstraZeneca s'est imposé à une vitesse impressionnante dans le monde assez fermé des producteurs de vaccins. En s'appuyant sur de nombreux partenariats, le laboratoire anglo-suédois a déjà produit 1,7 milliard de doses de vaccin contre le covid-19, dont les deux tiers sont parties vers les pays à revenus faibles. Une source de fierté pour la Country President Belgium and Luxembourg du groupe, Anne-Laure Dreno.

Quel bilan tirez-vous des problèmes que vous avez connus pour les livraisons avec l’UE ?

Nous avons déjà délivré environ 150 millions de doses à l’Union européenne et l’accord qui vient d’être trouvé avec la Commission prévoit la livraison de la même quantité d’ici la fin du premier trimestre 2022. Nous sommes confiants dans le respect de ce calendrier. Nous avons maintenant une nouvelle vision sur les rendements des différents sites.

Est-ce que vous pouvez apporter plus d’informations sur les causes des retards ?

Je ne vais pas parler d’un site en particulier. On a dû faire beaucoup de partenariats en un temps record et mettre en route un certain nombre de chaînes d’approvisionnement. Il y a eu des endroits où les rendements n’étaient pas ceux qu’on attendait.  Il a fallu du temps pour les optimiser. Mais aujourd’hui, je pense que l’on a trouvé un rythme de croisière.

Vous travaillez avec énormément de sous-traitants. Pourquoi ?

Nous ne sommes pas historiquement un fabricant de vaccins, même si nous avons une forte compétence dans les médicaments biologiques. Nous avons dû trouver une vingtaine de partenaires dans le monde pour avoir une empreinte industrielle globale. C’est ce que l’on voulait dès le début. Nous avons une douzaine de supply chain régionales. On a dû chercher aussi des capacités. Tout cela représente un processus extrêmement compliqué. C’est un vaccin très innovant et il a fallu trouver les bons partenaires.

"Nous continuons à livrer la Belgique qui ensuite, décide de faire des donations."

Est-ce que vous continuez de livrer tous les pays de l’UE, y compris ceux qui, comme la Belgique, ont décidé de ne plus administrer le vaccin d’AstraZeneca…

Quelque 2,8 millions de doses ont été fournies et injectées en Belgique. Il n’y a plus d’utilisation, mais nous continuons à livrer la Belgique qui ensuite, décide de faire des donations. C’est le même mécanisme dans tous les pays. Maintenant, les situations vaccinales sont très différentes d’un pays à l’autre. La Belgique a une couverture vaccinale très élevée, ce qui n’est pas le cas partout. Beaucoup d’États font des donations, puisque l’Europe s’est engagée à faire des donations assez importantes à Covax, l'initiative conçue pour aider les pays à revenus faibles ou intermédiaires à avoir accès aux vaccins anti-covid.

200
millions
AstraZeneca produit en moyenne 200 millions de doses par mois.

Qu’est est l’apport d’AstraZeneca aux pays moins avancés ?

Il y a l’apport à Covax et les fournitures aux pays du Tiers monde. Tout ne passe pas par Covax. Au total, le vaccin d’AstraZeneca a été produit à 1,7 milliard de doses, soit une moyenne aujourd’hui de 200 millions par mois. Sur ce total, deux tiers sont partis dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires. Environ 150 millions de doses sont passées par Covax, pour 130 pays. Nous sommes de loin le premier contributeur à Covax.

C’est quelque chose qui était très clair dès le début avec l’université d’Oxford. On s’était engagés à fournir le vaccin de façon équitable à travers le monde, sans faire de profit. Nous vendons à un prix qui couvre juste les frais de production et de développement. Les autres producteurs ne fournissent pas autant aux pays à faibles revenus. Aujourd’hui, 80% de toutes les doses de vaccins sont allées à 10 pays. Il reste donc encore d’énormes besoins dans les pays émergents. 

"Nous sommes de loin le premier contributeur à Covax."

Cet engagement d’AstraZeneca est valable jusque quand ?

On s’est engagés à la faire pendant toute la durée de la pandémie. Il est trop tôt pour réévaluer cela. Nous sommes le moins cher des pays occidentaux, même si les prix restent normalement confidentiels.

Est-ce que vous êtes en concurrence avec les vaccins russes et chinois dans les autres pays hors Europe ?

Dès le départ, il a été dit que vu les besoins dans le monde, on aurait besoin de tous les vaccins. Il n’y a pas vraiment de compétition entre vaccins, puisque nous ne sommes pas sûrs d’atteindre le nombre de doses suffisantes prévu par l’OMS. Pour l’instant, sauf erreur, il n’y a que 2% de la population vaccinée en Afrique. On a besoin de toutes les productions.

Quelle est votre position sur la levée des brevets ?

La levée des brevets ne va pas régler les problèmes de capacités mondiales, qui sont sous tension. C’est cela le goulot d’étranglement pour l’instant. Je vous ai parlé de tous les partenariats que l’on a dû mettre en place, pour avoir des chaînes de production afin de respecter  nos objectifs. Ce sont des processus biologiques très compliqués, chaque batch prend deux mois, il y a plus de 1.000 paramètres à ajuster… Penser que simplement en levant les brevets, on va résoudre les problèmes, c’est une illusion.

Je pense que l’esprit de ce que nous avons fait dès le début, c’est-à-dire fournir sans faire de profits, avec beaucoup de partenaires, y compris le Serum Institute  of India (SII), le premier fabricant de vaccin anti-covid au monde, c’est probablement ce qui se rapproche le plus de ce que réclament certaines ONG. Nous avons finalement fait beaucoup de transferts de technologie.

En quoi consiste cet accord avec le SII ?

On leur donne les droits pour produire notre vaccin, pour l’Inde et les pays à faibles et moyens revenus. L’accord initial portait sur un milliard de doses.

Que préparez-vous pour lutter contre les variants ?

Le vaccin est efficace contre le variant Delta, qui est le plus d’actualité. Nous examinons la possibilité d’une dose "booster" qui serait efficace plus spécifiquement sur certains variants. Mais nous sommes rassurés par toutes les données dans la réalité, qui montrent une bonne efficacité. Maintenant, il faut différencier l’efficacité contre les symptômes et l’efficacité contre les cas graves. Dans ce dernier cas, les chiffres sont toujours restés extrêmement bons, cela a été confirmé par les données de suivi. On a aussi allongé l’intervalle entre les deux doses. Et on voit aussi qu’on garde une très bonne immunité en allongeant encore entre les deux doses. Il y a beaucoup d’essais en cours pour essayer de comprendre quel est le meilleur schéma. 

"Il n’y a pas eu de raccourcis sur la partie sécurité. Jamais."

Comment percevez-vous l’hostilité constatée à l’encontre des vaccins contre le Covid-19 ?

Je pense que cela est dû au fait que les délais ont été raccourcis. Tout a été fait en dix-huit mois. Quelque part, il y a cette idée que c’est suspect, alors que en fait, il n’y a pas eu de raccourcis sur la partie sécurité. Jamais. Certaines étapes ont été faites en parallèle au lien d’être faites en séquence, et c’est ce qui explique qu’on a pu raccourcir les délais. On l’a expliqué. J’espère que maintenant, avec les résultats que l’on a dans la réalité, beaucoup de gens qui étaient sceptiques sont convaincus. On a vu aussi récemment dans des pays où les taux de vaccination étaient très bas des événements dramatiques qui parlent également en faveur de la vaccination.

Et l’argument des effets secondaires éventuels à long terme ?

Tous les experts assurent qu’il n’y a jamais eu de vaccin dont on n’aurait pas identifié d’effets secondaires dans les six mois après l’injection. On n’a pas encore cinq ans de recul, mais on a quand même une vue sur des millions de gens vaccinés, qui prouve que notre vaccin est très efficace et avec un profil de tolérabilité qui est excellent.

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