edito

Argenx vaut deux Colruyt, est-ce bien raisonnable?

Journaliste

La folle ascension d'une biotech belge. Et ses risques.

"Nous croyons que cette introduction en bourse permettra de générer une valeur significative pour les actionnaires." Des paroles qui, rétrospectivement, valent de l’or. Nous sommes en 2014 et le patron et cofondateur d’argenx Tim Van Hauwermeiren salue l’IPO de sa société réalisée au prix de 8,5 euros par action. Non seulement, il s’agissait du bas de la fourchette proposée, mais le premier jour de cotation fut un ratage complet avec une chute de 8%...

Sept ans plus tard, et près de 300 euros en plus par action (+3.500%), il est temps de se plier en deux à la japonaise pour saluer l’incroyable parcours de cette société fondée en 2008 par des anciens cadres d’Ablynx et dont l’expertise repose sur les anticorps de lamas.

La biotech a désormais rejoint la ligue européenne des champions de son secteur et récolte des millions d’euros comme d’autres vont aux champignons. Cette semaine, elle a levé, en un clin d'œil, 955 millions d’euros sur le marché et dispose d’une réserve de cash de 3 milliards de dollars. En bourse, elle pèse deux fois plus que Colruyt!

Mais au-delà de ces chiffres hallucinants et d'un cours de bourse à la croissance exponentielle, une extrême prudence reste de mise. Insistons bien là-dessus: à ce stade, argenx ne produit rien et ne vend rien, si ce n’est beaucoup d’espoir. À l’issue du 1er semestre 2020, la biotech a affiché une perte de 206 millions d’euros. Ce qui est normal.

L’autre défi colossal qui attend la nouvelle star des labos concerne la commercialisation.

Fin 2020, elle a déposé auprès des autorités sanitaires américaines une demande de commercialisation de son produit vedette, l’efgartigimod, pour le traitement de la myasthénie grave. Outre l’essai clinique couronné de succès, il s’agit là d’un test majeur pour l’avenir de la société, d’autres programmes étant en cours avec cette molécule. Ça passe ou ça casse. L’an dernier, Galapagos s’est retrouvée K.-O. debout et dépouillée de plusieurs milliards de valorisation en une poignée de minutes après une fin de non-recevoir de la Food and drug administration américaine (FDA).

L’autre défi colossal qui attend la nouvelle star des labos concerne la commercialisation et, donc, son ambition de devenir une biotech d’immunologie complètement intégrée. Mais il y a un écueil... Être une pointure dans son domaine ne signifie pas nécessairement être un bon vendeur. L’ex-membre du Bel 20 Thrombogenics s’y est cassé les dents.

Si, malgré ces mises en garde, vous êtes encore chaud pour prendre le train boursier en marche, un conseil d’ami: allez lire la longue liste des facteurs de risque compilés par argenx dans son prospectus avant de vous décider.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés