interview

"Aux USA, Celyad serait valorisée à 1,5 milliard de dollars"

©Anthony Dehez

Christian Homsy, le CEO de Celyad, l’avoue sans détours: Celyad doit apprendre à mieux communiquer. Alors que les travaux de la biotech wallonne sont salués par le monde scientifique, les investisseurs ont parfois du mal à évaluer la pertinence des résultats, surtout depuis que l’entreprise est passée de la cardiologie à l’oncologie. Petit exercice de vulgarisation avec le CEO d’une société qui a su se réinventer.

La communication sur les résultats cliniques de votre produit phare, le CYAD-01, pour le traitement de la leucémie myéloïde aiguë (LMA) a été assez mal comprise par le marché. Que s’est-il passé?
La leucémie myéloïde aiguë est un cancer extrêmement agressif qui progresse très rapidement. La seule approche curative est une greffe de moelle osseuse. Tous les autres traitements ne font que retarder la progression de la maladie. De plus, la réponse aux traitements est très différente en première ligne, quand les patients n’ont encore reçu aucun autre médicament ou dans un contexte de récidive après avoir épuisé toutes les options. Il y a eu des annonces simultanées d’argenx et de Celyad. Le traitement d’argenx porte aussi sur la LMA, mais en première ligne et en combinaison avec un autre médicament. De notre côté, nous avons une réponse de 62% dont 40% de réponse complète (c’est-à-dire de disparition de tumeur) chez les patients pour lesquels tous les autres traitements ont échoué. Des patients qui, en gros, sont en train de mourir. Nous pouvons comparer ceci par exemple avec les récents résultats d’Amgen dans le même type de patients, qui montrent un taux de réponse complète de l’ordre de 10% et présentés par les experts comme encourageants. Il s’agit de résultats extrêmement prometteurs qui vont nous permettre d’aller de l’avant. De façon incompréhensible, ces nouvelles ont été reçues négativement au départ.

"On ne fait pas 300 ou 1.000% de retour sur investissement sans risques."

Peut-être parce que le chiffre de 62% de réponse au traitement ne semblait pas si élevé…
C’est peut-être une explication. Certains nous comparent avec les 80% de réponse complète obtenus par Novartis avec sa thérapie CAR T (des globules blancs reprogrammés, NDLR), mais c’est comparer des pommes et des poires. Dans le cas de Novartis, il s’agit d’un type de cancer appelé la leucémie lymphoïde aiguë de l’enfant, alors que nous traitons la leucémie myéloïde aiguë de l’adulte. Il est important de noter par ailleurs que les résultats que nous avons obtenus à ce jour sont sans pré-conditionnement. Le pré-conditionnement consiste en une chimiothérapie visant à réduire le nombre de cellules cancéreuses et à préparer la moelle osseuse à recevoir la greffe de cellules CAR T. Aucun CAR T, à ce jour, n’a montré de réponse clinique sans pré-conditionnement. Le fait que nous ayons des résultats sans pré-conditonnement est donc très prometteur. Pour la LMA, il n’y a rien jusqu’ici qui donne ce genre de réponse.

Pour être clair, les résultats obtenus en LMA ne remettent pas en cause la poursuite du développement du CYAD-01?
Au contraire, il l’accélère. Dans notre cas, nous devons terminer notre programme de phase 1, qui comporte des tests avec le médicament seul et en combinaison avec des pré-conditionnements. Aujourd’hui, on sait qu’on va aller en phase 2 parce que nous avons des résultats probants dans la première approche que nous avons testée, celle sans aucun autre médicament. À notre sens, le risque a beaucoup diminué s’agissant du développement clinique. On ne se demande plus si on va faire une phase 2 ou pas. On est en train de la préparer.

En quoi consistera cette phase 2?
La phase 2 est une étude avec 100 à 200 patients qui est censée confirmer que les résultats de la phase 1 sont généralisables à une population plus importante. Elle doit trouver une puissance statistique à l’efficacité de la molécule. Dans des traitements aussi innovants que ceux-ci, on peut espérer obtenir une autorisation de mise sur le marché sur base d’une phase 2. Quand on s’adresse à des patients qui sont en fin de vie et qui n’ont aucune autre option, il n’est en effet pas éthique de faire des études randomisées en phase 3.

Pourquoi avoir procédé initialement avec une étude sans pré-conditionnement?
Parce qu’on progresse pas à pas. Pour éviter que l’on nous dise que c’est le pré-conditionnement qui a entraîné ces bons résultats. Maintenant on sait que notre produit marche tout seul. On a aussi commencé notre étude avec pré-conditionnement. Une autre étude de phase 1, dont les résultats devraient intervenir dans le courant 2019. Logiquement, on devrait avoir des résultats encore meilleurs, mais peut-être un peu plus de toxicité.

Celyad a également d’autres programmes…
Oui, nous travaillons sur les approches allogéniques, avec des cellules de donneurs. Ici, le but de cette étude est de maîtriser la cinétique, c’est-à-dire combien les cellules se multiplient et persistent chez le patient comparé aux résultats que nous voyons en autologue. Nous testons ceci dans le cancer colorectal, mais le but est vraiment de mieux comprendre les caractéristiques des deux approches, peu importe la maladie finalement. C’est aussi l’occasion pour nous de faire des partenariats parce que beaucoup de gens sont intéressés par nos brevets en allogéniques. Ce qui représente des opportunités de faire rentrer de l’argent dans la société.

"La régénération cardiaque, c’était assez facile à comprendre. En cancérologie, on parle d’immunologie, qui est un équilibre extrêmement compliqué. Certains de nos actionnaires qui étaient avec nous en cardiologie ont pris un coup sur la tête et sont maintenant plus circonspects. C’est légitime, mais nous avons été très avisés de nous diversifier."
Christian Homsy

Et donc pour les autres cancers solides?
Les tumeurs solides, c’est pour après-demain. C’est plus complexe, car il faut arriver à rentrer dans ce qu’on appelle le micro-environnement tumoral. On sait que notre produit attaque la tumeur, mais nous devons renforcer les outils d’infiltration tumorale. Démontrons d’abord que l’approche fonctionne en LMA, ensuite, il s’agit surtout de temps et d’efforts.

Comment voyez-vous l’arrivée sur le marché de votre produit CYAD-01?
On va amener le produit le plus loin possible et ensuite on verra. J’ai en la matière une religion un peu inverse de certains collègues: ce que nous faisons très bien c’est du développement. Est-ce qu’on peut acquérir les compétences de commercialisation? Oui. Mais je ne pense pas que c’est là que se situe la valeur ajoutée maximum. Il y a des gens qui sont mieux armés que nous en hématologie pour la commercialisation.

Et l’option d’un rachat de Celyad?
La décision appartient toujours en définitive aux actionnaires. Mais un rachat n’est pas à l’ordre du jour. On a au moins 40% de nos actions qui sont entre les mains de gens qui ne sont pas vendeurs du tout. Faire une OPA dans ces conditions est peu probable. J’ajoute que si Celyad était aujourd’hui aux USA, elle serait valorisée à environ 1,5 milliard de dollars. On est loin du compte. Je trouverais cela dommage de se brader. Je ne suis pas l’actionnaire principal, mais je pense qu’il réfléchit de la même façon.

Tous vos développements peuvent paraître complexes, y compris aux yeux de vos actionnaires. Celyad doit apprendre à mieux communiquer?
Oui. Il y a eu une incompréhension. Mais c’est nous qui sommes à blâmer. Je ne rejette pas la faute sur les autres. Nous avons en Europe et pour les entreprises de petite taille au niveau capitalisation boursière, une complexité particulière dans la communication que nous devons adresser. C’est-à-dire que pour la majorité d’entre nous, notre actionnariat est constitué en grande partie de petits fonds institutionnels ou de porteurs privés. Beaucoup d’entre eux ne comprennent pas notre message, qui est destiné avant tout à des investisseurs institutionnels.

Le passage de la cardiologie à l’oncologie a rendu la communication plus difficile?
Autant en cardiologie, il était facile de communiquer, autant en oncologie, le concept est beaucoup plus difficile à expliquer. La régénération cardiaque, c’était assez facile à comprendre. En cancérologie, on parle d’immunologie, qui est un équilibre extrêmement compliqué. Certains de nos actionnaires qui étaient avec nous en cardiologie ont pris un coup sur la tête et sont maintenant plus circonspects. C’est légitime, mais nous avons été très avisés de nous diversifier. Il n’y a pas beaucoup d’exemples de sociétés qui ont fait ce genre de chose. Maintenant, dans tout développement clinique, il y a un risque important. On ne fait pas 300 ou 1.000 % de retour sur investissement sans risques.

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