Avec la reprise de Ra Pharmaceuticals, UCB renoue avec la croissance externe

©Kristof Vadino

UCB débourse 2 milliards pour reprendre la biotech américaine Ra Pharmaceuticals. Celle-ci a dans ses cartons un traitement contre la myasthénie grave.

Depuis des mois, voire des années, les spécialistes s’attendaient à une annonce de ce genre: UCB a annoncé la reprise de la firme biopharmaceutique américaine Ra Pharmaceuticals, située à Cambridge, près de Boston, la Mecque du secteur biotech aux USA. Un accord à 2 milliards d’euros qui constitue l’une des plus grosses opérations du groupe pharmaceutique belge depuis des années.

La transaction a été approuvée à l’unanimité par les deux conseils d’administration. Elle reste toutefois soumise à l’aval des autorités de la concurrence. UCB espère conclure cette reprise d’ici la fin du premier trimestre 2020. Le groupe belge a payé 48 dollars par action de Ra Pharma.

Fondée en 2008, Ra Pharmaceuticals développe des traitements contre des maladies qui menacent le système immunitaire. Son candidat médicament le plus avancé est le zilucoplan, un traitement contre la myasthénie grave, une maladie musculaire qui affecte 200.000 personnes dans le monde. La molécule est en phase III de développement, soit la dernière phase d’un candidat médicament avant son approbation par les autorités réglementaires et sa mise sur le marché. Selon UCB, d’autres indications sont envisagées, comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou la myopathie nécrosante à médiation auto-immune (IMNM).

Mécanismes différents

UCB dispose déjà d’un médicament expérimental en phase III contre la myasthénie grave avec le rozanolixizumab. Mais les mécanismes d’action des deux traitements sont très différents, selon des spécialistes qui estiment que les deux molécules pourraient être complémentaires. Par ailleurs, Ra Pharmaceuticals représente également de belles promesses en matière de développements futurs, avec une plateforme de recherche qui viendra s’ajouter à celles d’UCB.

2 milliards €
UCB a payé 2 milliards pour mettre la main sur Ra Pharmaceuticals. La biotech n’avait pas fait un tel rachat depuis 13 ans.

Une autre entreprise belge, la biotech flamande Argenx, est également active sur le segment des traitements de la myasthénie grave, avec son efgartigimod (ARGX-113). La biotech gantoise est même quelque peu plus avancée que Ra Pharmaceuticals, puisqu’elle a lancé sa phase III en septembre 2018 là où UCB l’a entamée en juin dernier. Argenx espère lancer ce médicament aux Etats-Unis à la fin de 2021. De son côté, UCB ne peut s’attendre à des revenus avant fin 2022.

UCB, qui doit mettre six nouveaux produits sur le marché en cinq ans, a réalisé la plus grande partie de sa croissance en interne ces dernières années. Mais on savait que l’entreprise belge était à l’affût d’acquisitions. En 2018, UCB avait racheté Element Genomics, une spin-off de la Duke University basée à Durham, aux Etats-Unis, et Beryllium. Deux sociétés spécialisées en génétique. Mais il s’agissait d’acquisitions nettement moins onéreuses: 30 millions d’euros dans le premier cas, et 7 millions dans le second.

En avril 2018, UCB avait récupéré un spray nasal contre les crises d’épilepsie répétées et aiguës, le Midazolam Nasal Spray, développé par la société britannique Proximagen. Un achat à 150 millions de dollars dans un premier temps (des paiements d’étapes suivront) qui est venu étoffer son portefeuille déjà bien fourni des traitements contre l’épilepsie.

Il faut remonter beaucoup plus loin dans le temps pour retrouver des acquisitions du même niveau que celle annoncée jeudi. En mai 2004, l’entreprise belge avait repris le groupe biotech britannique Celltech pour 2,25 milliards d’euros. Une opération qui avait permis de mettre la main sur un médicament très prometteur, le Cimzia, devenu par la suite un des piliers du renouveau boursier d’UCB.

La société complétera cette initiative durant l’année 2006 par une nouvelle opération importante de croissance externe sur l’Allemand Schwarz Pharma pour 4,4 milliards d’euros. Elle reste à ce jour la plus grosse reprise du nouvel UCB, recentré sur la pharmacie.

Les doutes des analystes

Les analystes sont mitigés face à cette acquisition.

Oddo parle d’une opération très coûteuse avec un effet dilutif de près de 10% anticipé dans les trois ans. Le broker maintient ses recommandations à "réduire" avec un prix cible de l’action à 98 euros.

Thomas Guillet de Degroof Petercam affirme que cette transaction n’offre pas de solution immédiate à l’expiration imminente du brevet des soi-disant médicaments CVN (le Cimzia pour la maladie de Crohn et la polyarthrite rhumatoïde, le Vimpat pour l’épilepsie, et le Neupro pour la maladie de Parkinson).

De plus, les revenus attendus du médicament de Ra Pharma, Zilucoplan sont annoncés trop tardivement. La substance de Ra Pharma et celle d’UCB (le Rozanolixizumab) ne contribueront pas au chiffre d’affaires d’UCB avant 2022, indique l’analyste.

KBC Securities y voit une démarche intelligente. "Nous attendions depuis un petit temps déjà une acquisition de la part d’UCB pour enrichir le pipeline." Il anticipe une nette contribution au chiffre d’affaires à partir de 2024. 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect