Boule Quies (belge) de luxe pour festivaliers branchés

©Dries Luyten

À l’heure des festivals, nos oreilles dégustent. Pour éviter les sifflements de fin de soirée, une start-up anversoise a développé des bouchons d’oreilles dotés d’une technologie unique et d’un design léché. De quoi profiter de l’ambiance en gardant son ouïe intacte.

Hasselt vibre depuis mercredi et jusqu’à dimanche aux sons endiablés du Pukkelpop. À Bruxelles, c’est désormais le BSF qui bat le pavé. Cette année encore, les festivaliers sont de sortie. L’occasion pour eux de s’en mettre plein les oreilles devant des murs de baffles. Mais une fois l’ambiance redescendue, le sifflement dans les oreilles à l’heure de se coucher rappellera à plus d’un fêtard combien nos précieuses écoutilles sont des organes fragiles.

Le dégoût du bouchon fluo

Cette vilaine sensation d’avoir été un peu trop longtemps devant les baffles, Dimitri O et Maarten Bodewes la connaissent bien. Aujourd’hui la trentaine, ces deux amis de longue date aiment sillonner les soirées où les enceintes crachent de la musique à ne plus s’entendre. "Nous avons testé à peu près tous les bouchons possibles et imaginables mais sans véritablement trouver ce qui convenait", explique Dimitri, pas vraiment convaincu par les bouchons fluos distribués lors de gros événements. "La qualité du son devient très mauvaise et l’esthétique n’est pas incroyable", sourit le jeune homme. Fils d’une spécialiste de l’audition, il a finalement fait appel à l’expérience maternelle pour ces problèmes de soirées trop bruyantes, en réalisant des bouchons sur mesure. "Cela permet d’obtenir une protection idéale mais il faut compter au moins une centaine d’euros et plusieurs semaines avant de les obtenir. Ce n’est donc pas un produit vraiment destiné à un large public."

"La partie circulaire imite en réalité le travail du canal auditif. Le son y rentre par un petit trou et est filtré par une membrane acoustique juste avant le tympan. Cela permet ainsi de réduire de façon homogène le bruit de 20 décibels."
Maarten Bodewes
Cofondateur de Loop

Face à cette extrémité dans les choix possibles pour garder ses oreilles au calme, Dimitri et Maarten ont décidé de développer leurs bouchons. Baptisés Loop, ils arborent un style travaillé, non sans rappeler celui d’un piercing. Mais la forme arrondie de leur produit n’a pas qu’un intérêt esthétique. "La partie circulaire imite en réalité le travail du canal auditif. Le son y rentre par un petit trou et est filtré par une membrane acoustique juste avant le tympan. Cela permet ainsi de réduire de façon homogène le bruit de 20 décibels", détaille Maarten.

Pour obtenir ce résultat, plusieurs mois de recherches ont été nécessaires avec Dynamic Ear Company, une spin-off de l’université de Delft aux Pays-Bas, spécialiste mondiale dans la protection auditive. En vente désormais depuis une grosse année, la technologie semble plutôt convaincre.

Star de la chanson flamande

"Pour la vente de nos bouchons, nous travaillons avec une marque de centre auditif qui compte une septantaine de magasins partout en Belgique. Travailler avec des spécialistes légitime notre produit. Nous avons aussi dans nos clients des professionnels de la musique dont Sean Dhondt. Il est peu connu en Wallonie mais en Flandre, c’est un chanteur et une star de la télé très connue. Ils nous en a déjà commandé trois paires pour lui et des amis", sourit fièrement Dimitri.

©Dries Luyten

Outre les magasins physiques, la start-up peut également s’appuyer sur la vente en ligne pour son développement. "Nous vendons directement sur notre site mais aussi via des plateformes dont Amazon." De quoi permettre à la petite entreprise de s’attaquer directement à un marché mondial. "50% de ventes se font en ligne. On dispose d’ailleurs d’un stock aux Etats-Unis pour les commandes dans cette partie du monde. Notre marché cible reste en priorité la Belgique et les Pays-Bas mais nous visons tous les gros marchés", précise Maarten.

120.000 ventes en 2020

En quelques mois, Loop a ainsi vendu sans trop de difficultés ses 3.000 premières paires. Des débuts encourageants mais qui ne sont rien comparés aux plans prévus par les deux cofondateurs pour les années à venir. "Nous visons déjà les 60.000 ventes pour l’année prochaine et le double pour 2020", sourit Dimitri, visiblement plutôt optimiste. Actuellement en rupture de stock, la jeune entreprise anversoise compte relancer la production. "Nous finalisons juste une levée de fonds d’environ 350.000 euros auprès de différents acteurs", précise Dimitri. Pour réaliser leurs bouchons, les deux fondateurs misent sur l’impression 3D. "Cela a l’avantage d’une très grande flexibilité. On a fait douze prototypes avant d’arriver à notre résultat. Mais cela reste encore relativement cher. Pour les productions qui suivront, on passera peut-être à l’injection plastique", ajoute Maarten.

Festivaliers… et motards

À 30 euros la paire, le prix de la protection créée est relativement élevé. "Notre public n’est effectivement peut-être pas le jeune festivalier qui préfère utiliser tout son argent pour boire des bières", rigole Dimitri. "On vise un public un peu plus âgé et déjà sensible aux questions de protection auditive. Notre cible se tourne habituellement déjà vers les solutions sur mesure. Ils trouvent donc, à l’inverse, que notre produit est plutôt bon marché. Puis certains le voient aussi comme accessoire, ajoute l’ingénieur civil de formation, convaincu par l’intérêt du design. On compare souvent avec le casque de ski. Il y a dix ans, ils étaient horribles et personne ne voulait en porter. Aujourd’hui, ils sont bien plus esthétiques et sont largement répandus. En devenant design, la protection est bien mieux acceptée par le public."

"On compare souvent avec le casque de ski. Il y a dix ans, ils étaient horribles et personne ne voulait en porter."
Dimitri O
Cofondateur de Loop

Un design qui pourrait également permettre à l’avenir à la start-up de toucher un autre public. "Nos bouchons ont l’avantage d’être assez petits et de ne pas du tout ressortir des oreilles. Cela pourrait intéresser par exemple des motards qui souhaitent réduire le niveau de bruit mais toujours entendre le trafic", explique Maarten. Si la priorité reste néanmoins la musique, les marchés possibles sont d’ailleurs nombreux. "Dans l’industrie, pour les personnes travaillant dans les bars… Nous avons même récemment eu le témoignage de la maman d’un enfant autiste qui a du mal à se concentrer. Il porte nos bouchons en classe. En étant moins confronté au bruit, il est beaucoup plus attentif", sourit Dimitri.

En attendant une possible diversification, Loop garde le cap sur le monde de la musique et notamment les festivals qui permettront de toucher un public directement concerné. "Nous avons eu des premiers échanges avec plusieurs. Les plus intéressés pour le moment sont les organisateurs de Tomorrowland. Mais comme nous sommes encore une structure très jeune, ils préfèrent qu’on fasse encore quelques millions de chiffre d’affaires avant de se lancer", rigole Dimitri. "On compte donc sur une collaboration dès l’année prochaine", reprend-il plus sérieusement.

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