Camel-IDS explose les plafonds biotech et lève 37 millions

Camel-IDS a déployé son activité au départ des recherches menées à la VUB sur les anticorps de chameaux. ©shutterstock

Comme Ablynx, la spin-off bruxelloise Camel-IDS a creusé la piste des anticorps de camélidés. Elle a ciblé les métastases cérébrales suite à un cancer du sein. Sa solution a séduit six fonds, dont Gimv.

La biotech bruxelloise Camel-IDS a battu un record ce jeudi en bouclant la plus importante levée de fonds jamais réalisée en Belgique pour une entreprise à pareil stade de développement. La spin-off de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) a récolté 37 millions d’euros auprès d’un groupe d’investisseurs professionnels belges et étrangers: les fonds flamands Gimv et V-Bio Ventures, le suédois HealthCap, le danois Novi Seeds et l’israélien Pontifax ont chacun versé 6 millions, tandis que le suisse BioMedPartners s’est "contenté" de 3 millions. Le solde a été apporté par les actionnaires existants de Camel-IDS. "C’est aussi la deuxième ou troisième plus grosse levée de capitaux cette année en Europe pour une jeune société en développement", commente Frank De Leenheer, le directeur des communications chez Gimv. Jusqu’ici, Camel-IDS avait réuni 5 millions sous forme mixte, capital et subsides. Créée en 2014 par des chercheurs de la VUB, la jeune pousse avait rapidement séduit des business angels ainsi qu’Innoviris, l’institut bruxellois de soutien à l’innovation, qui l’avaient doté de ses premiers moyens.

37 millions €
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C’est ce qu’a permis de récolter le deuxième tour de table réalisé par Camel-IDS. Le premier avait levé 5 millions.

Le parcours de Camel-IDS n’est pas sans rappeler celui d’Ablynx, la biotech belge qui a séduit le géant français Sanofi. Comme cette dernière, en effet, la spin-off a déployé son activité au départ des recherches menées à la VUB sur les anticorps de camélidés, de lamas dans le cas d’Ablynx, de chameaux dans celui de Camel-IDS. Elle se prépare actuellement à réaliser un essai clinique de phase Ib/II sur son programme de traitement des métastases cérébrales suite à un cancer du sein. "Si les malades atteintes d’un cancer du sein avec surexpression de HER2, une protéine qui stimule la croissance de la tumeur, peuvent déjà bénéficier de traitements ciblés efficaces aujourd’hui, explique la société, leur pronostic reste cependant défavorable lorsque le cancer se propage au cerveau." Son traitement consiste à irradier ces lésions cérébrales tout en épargnant les tissus sains alentour, et ce, grâce à sa plateforme technologique originale basée sur la distribution d’anticorps de camélidés marqués avec des radionucléides.

"Parmi les femmes atteintes d’un cancer du sein, note Frank De Leenheer, environ 20% surexpriment le HER2. Et quelque 50% de celles-ci développeront des métastases au cerveau, soit 10% de l’ensemble de cette population. Il existe peu de thérapies disponibles qui soient efficaces car les radiations risquent d’affecter les tissus sains. Cette technologie contourne cet écueil."

Les travaux de deux labos

"Il s’agit de la 2e ou 3e plus grosse levée de capitaux cette année en Europe pour une jeune société en développement."
frank de leenheer
gimv

"Ce développement a été possible grâce à la combinaison des travaux de deux laboratoires", souligne Ruth Devenyns, la CEO de la spin-off: le département d’Imagerie moléculaire de la VUB, qui a planché sur les anticorps de camélidés, et la division médecine nucléaire de l’hôpital universitaire UZ Brussel, qui a permis d’utiliser la radioactivité comme moyen de transport des anticorps.

Pourquoi 37 millions d’euros? "Parce que nous avons des plans ambitieux, répond Ruth Devenyns, et qu’il s’agit de projets coûteux et d’une grande technicité." La société a bouclé la phase Ia de son premier programme. Si la suite des essais et des tests se déroule bien, le processus pourra aboutir à une mise sur le marché du traitement d’ici l’année 2024 ou 2025. Mais Camel-IDS a déjà d’autres produits dans son pipeline, qu’elle entend bien amener également à maturité. Elle compte s’attaquer à d’autres formes de cancer difficiles à traiter: poumons, pancréas, utérus. De quoi faire travailler ses chercheurs durant de longues années. À noter que l’entreprise, qui emploie actuellement une dizaine de personnes, dont une partie à temps partiel puisqu’ils enseignent ou opèrent, devra engager des ressources supplémentaires prochainement.

Tôt à l’international

Le sérieux de ses travaux et l’ampleur des perspectives ont séduit les six investisseurs. Ceux-ci ont été fédérés par deux d’entre eux, Gimv et V-Bio Ventures. À dessein: "Nous avons cherché à créer un réseau d’investisseurs internationaux car la technologie mise au point par Camel-IDS est très prometteuse et est susceptible d’attirer rapidement l’attention, souligne Frank De Leenheer. On a dès lors estimé qu’il fallait d’emblée constituer un large réseau. Les six investisseurs sont complémentaires et auront une valeur ajoutée pour la spin-off." Ils recevront chacun un siège à son conseil d’administration.

Il s’agit pour Gimv du quatrième investissement qu’elle effectue cette année dans le secteur de sciences de la vie, de la technologie médicale et de la santé, ce qui en fait un des investisseurs européens les plus actifs en ce domaine. Camel-IDS est aussi la 21e entreprise à rejoindre sa plateforme de participations Health & Care.

Pour le fonds V-Bio Ventures, basé à Gand et lié à la VIB, l’institut flamand de biotechnologie, il s’agit de la huitième prise de participations dans la biotech.

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