Catalent fera de Gosselies son pôle européen des thérapies géniques et cellulaires

François Blondel (à droite), CEO et président de Delphi Genetics, avec Cédric Szpirer, le directeur scientifique et cofondateur de la société.

L'américain Catalent Pharma reprend Delphi Genetics. Le BioPark de Gosselies sera son pôle européen d'excellence en matière de thérapie génique et cellulaire.

L’américain Catalent pharma confirme l’intérêt qu’il porte à la Belgique: le groupe pharmaceutique basé au New Jersey a conclu un accord pour la reprise de la biotech carolo Delphi Genetics. Cette  opération, qui valorise la société wallonne à 55 millions de dollars, va conforter le BioPark de Gosselies comme centre majeur en matière de thérapies cellulaires et géniques, des approches de la médecine aujourd'hui en pleine expansion.

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acquisitions
Catalent Pharma en est à sa troisième acquisition dans le BioPark de Gosselies, après celle de MaSTherCell et le rachat d'une filiale de Bone Therapeutics.

Delphi Genetics est l'une des plus anciennes spin-off de l'ULB. Elle fêtera ses vingt ans d'existence en 2021. L’entreprise, qui emploie une petite quarantaine de personnes, est une CDMO (Contract Development Manufacturing Organization), c'est-à-dire une société qui signe des contrats de sous-traitance pharmaceutique. En l'occurrence, elle produit de l'ADN à façon, pour des thérapies géniques.

Son métier n'est pas de développer les traitements, mais elle possède l'expertise pour construire tous les outils nécessaires à l'élaboration d’un médicament. Delphi a d’ailleurs lancé un programme de recherche  pour un traitement contre le Covid-19, basé sur une thérapie génique.

Une stratégie bien déterminée

Delphi Genetics avait reçu pas moins de 13 offres de partenariat.

L’acheteur, Catalent Pharma, n’est pas un inconnu dans le BioPark. Il s’était fait remarquer en reprenant, il y a tout juste un an, MaSTherCell, une autre CDMO de Gosselies spécialisée dans la production de matériel cellulaire, pour 315 millions de dollars. Fin octobre, le géant américain avait poursuivi ses investissements en Wallonie avec l’acquisition, pour un montant de 12 millions d’euros, de la filiale de production de thérapie cellulaire de Bone Therapeutics, située elle aussi au sein du Biopark.

Ces trois achats rapprochés s'inscrivent donc dans une stratégie bien déterminée: Catalent entend faire de Gosselies son "centre d’excellence au niveau européen pour ce qui est du marché des thérapies géniques et cellulaires", explique François Blondel, le président et CEO de Delphi Genetics. Ce dernier avait rejoint la société il y a 6 ans, lors de son renflouement par quelques actionnaires et BNP Paribas Fortis.

"Je rêve de faire sur le site de Gosselies ce qui a été fait à Wavre par GSK avec les vaccins."
François Blondel
Président et CEO de Delphi Genetics

"Ce centre d’excellence sera constitué de Delphi, de l’ex-MaSTherCell et d’une petite partie de Bone Therapeutics. Il va permettre d’ancrer davantage encore en Belgique un géant pharmaceutique américain qui pèse 3 milliards de chiffre d’affaires, qui emploie 15.000 personnes, avec une valorisation de 20 milliards et une croissance très forte. Un groupe qui a un positionnement très intéressant sur ce segment de marché", se félicite encore François Blondel.

Garantie de taille

Aux yeux du CEO, ce nouvel investissement de Catalent ne peut donc être qu'une bonne nouvelle pour la région et pour la société elle-même. Signe de l'intérêt que suscite Delphi, qui connaît une croissance appréciable depuis son sauvetage en 2016, les actionnaires ont examiné de nombreuses autres propositions pour l’avenir de la biotech. "On a reçu pas moins de 13 offres de partenariat", poursuit François Blondel. "On a choisi Catalent parce qu'on a la conviction très forte que c’est ce qu’il y a de mieux pour développer l’activité. Je rêve de faire sur le site de Gosselies ce qui a été fait à Wavre par GSK avec les vaccins. On a préféré opter pour un gros groupe qui a d’importantes ambitions en Europe, plutôt que d’avoir un fonds de venture capital ou de private equity, ou même un autre groupe qui aurait déjà des activités importantes dans un autre pays."

"L’ADN est la base de toutes les thérapies géniques. Delphi Genetics se trouve donc tout en amont de la chaine."
Cédric Szpirer
Directeur scientifique et cofondateur de Delphi Genetics

Pour François Blondel, l'ambition affichée par le groupe américain constitue un sérieux gage pour la pérennité des activités en Belgique: "La meilleure garantie que nous avons, c’est la taille et la multiplication des investissements de Catalent dans la région. Plus vous êtes grand dans un domaine, plus il devient difficile de vous délocaliser."

Remise à plat du modèle

Il y a six ans, Delphi Genetics s'était retrouvée au bord de la faillite. L'entrée de nouveaux actionnaires a débouché sur une remise à plat complète du modèle économique. La société, qui a fait le pari de quadrupler ses capacités de production, a mis au point et breveté une technologie originale pour produire de l'ADN plasmide. "L’ADN est la base de toutes les thérapies géniques, qui peuvent être utilisées pour le traitement de nombreuses maladies génétiques, mais aussi pour produire des CAR-T, ces cellules spécifiquement construites pour lutter contre le cancer, ou encore des vaccins, comme certains utilisés contre le Covid-19", indique de son côté le directeur scientifique et cofondateur de Delphi, Cédric Szpirer, qui, contrairement à François Blondel, restera dans l'entreprise.

"Cet ADN peut être empaqueté dans un vecteur viral, être utilisé comme matrice pour faire de l’ARN messager ou encore être transféré dans une cellule pour la modifier. Delphi se trouve donc tout en amont de la chaîne", note le directeur scientifique. Selon lui, la complémentarité au sein du nouveau groupe est donc importante: "Outre MaSTherCell qui modifie des cellules pour en faire des traitements, Catalent a déjà un site de production de vecteurs viraux aux USA et est en train de développer un site de production d'ADN aux USA. Le groupe va avoir en quelque sorte toute la chaîne complète, depuis la conception et la production de l’ADN jusqu’aux produits que l’on va injecter au patient."

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