interview

"Ce n'est pas la taille qui compte, mais la qualité du portefeuille"

©Dieter Telemans

Jean-Pierre Clamadieu, le patron du groupe Solvay, ne partage pas la prudence des analystes et aborde 2016 avec "enthousiasme". Après le rachat de Cytec, la priorité est donnée à des cessions.

Les conseils de vente de l’action Solvay ont beau se succéder, cela n’altère en rien l’optimisme de Jean-Pierre Clamadieu. Six mois après le rachat de l’américain Cytec, le CEO du chimiste belge entend poursuivre le resserrement du portefeuille du groupe sur des activités à haute valeur ajoutée.

L’année 2016 sera-t-elle un bon cru pour Solvay?
Ce sera une nouvelle année de croissance. Nous avons beaucoup travaillé à cela en 2015, notamment avec l’acquisition de Cytec, mais aussi en inaugurant huit unités de production dans le monde qui contribueront à la croissance organique en 2016. En ce début d’année un peu sombre, je reste optimiste. Nous avons bien préparé le terrain en 2015.

"En ce début d’année un peu sombre, je reste optimiste: 2016 sera à nouveau une année de croissance pour Solvay."

Comment se déroule l’intégration de Cytec?
Elle démarre sur les chapeaux de roue puisque nous avons clôturé la transaction début décembre et que l’ensemble du financement a été bouclé juste avant Noël. C’est très court. Aujourd’hui, l’intégration est en place et devrait être bouclée d’ici la fin de l’année.

Vous avez passé la semaine dernière aux Etats-Unis à visiter des sites de Cytec. Qu’en avez-vous retenu?
Outre la rapidité d’intégration au sein de Solvay, j’ai été frappé par le niveau technologique, par la qualité des équipes et des sites de fabrication. J’ai pu constater de visu l’apport technologique de Cytec en visitant notamment l’usine de Lockheed Martin qui fabrique le F35, dont la structure est constituée de matériaux composites fournis par notre nouvelle filiale.

Âgé de 55 ans, le Français Jean-Pierre Clamadieu est CEO de Solvay depuis 2012.

Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris, il débute sa carrière dans l’administration publique, au ministère de l’Industrie.

Conseiller technique de la ministre du Travail Martine Aubry de 1991 à 1993, il rejoint ensuite Rhône-Poulenc, où il dirige les activités chimie latino-américaines de 1996 à 1999.

En octobre 2003, il est nommé directeur général de Rhodia. Il en devient le PDG le 17 mars 2008.

Quel peut être l’apport de Cytec aux activités existantes de Solvay?
Je discerne trois types de synergies. Cytec nous aidera tout d’abord à faire entrer nos polymères de spécialités dans l’aéronautique. Aujourd’hui, nous ne vendons des produits Solvay que pour quelques dizaines de millions d’euros dans le secteur aéronautique, où nous sommes considérés comme un outsider. Avec Cytec, nous devenons un acteur clé du secteur. Nous sommes par ailleurs très présents dans le secteur automobile, où nous réalisons 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Avec Cytec, nous pourrons développer des solutions à base de matériaux composites qui nous permettront de nous intéresser aux pièces de structures. Enfin, dans le secteur de la chimie, Cytec nous permettra de devenir leaders dans les phosphines, un produit qui offre des possibilités d’applications dans de nombreux marchés.

Cytec devrait aussi doper la notoriété de Solvay aux Etats-Unis…
C’est sûr. Solvay avait un petit déficit de notoriété que l’on ressentait parfois lorsqu’on cherchait à recruter des jeunes talents sortant des universités. Avec Cytec, nous augmentons d’un coup notre taille de plus de 50% aux Etats-Unis. Et la marque Cytec bénéficie d’une image très positive.

"Nous avons un peu de temps devant nous pour digérer l’intégration des activités acquises récemment."

On a parlé de ventes d’actifs, notamment les polyamides. Où en êtes-vous?
Je ne ferai aucun commentaire sur la cession de telle ou telle activité du groupe. Ce que j’ai effectivement dit, c’est que nous allons poursuivre la transformation du portefeuille. Côté acquisitions, nous avons un peu de temps devant nous pour digérer l’intégration des activités acquises récemment. L’enjeu, actuellement, est donc plutôt du côté des cessions. Notre vision est claire. Nous voulons aller vers des métiers à forte valeur ajoutée, qui résistent beaucoup mieux aux variations de cycles économiques et qui offrent un meilleur retour sur investissement.

Vous avez bien une idée précise du nombre d’actifs que vous comptez vendre?
Oui, mais il faut que les conditions soient réunies pour que ces opérations se concrétisent, dans l’intérêt de Solvay et de ses actionnaires, dans l’intérêt des activités qui seraient cédées demain.

"Le vrai enjeu, pour l’évolution de notre portefeuille, ce sont les cessions d’actifs."

Pas d’échéance?
Les cessions sont-elles à l’ordre du jour? Oui. Voulons-nous avancer vite? Oui. C’est tout ce que je peux dire à ce sujet. De petites acquisitions sont bien sûr toujours possibles si une opportunité se présente. Mais le vrai enjeu, pour l’évolution de notre portefeuille, ce sont les cessions.

La baisse persistante des prix du pétrole, c’est tout bénéfice pour vous?
Je parlerais plutôt d’un impact équilibré. Le pétrole bon marché se traduit par plus de pouvoir d’achat et par une croissance des marges. C’est bénéfique pour les économies développées qui importent du pétrole. Mais nous sommes aussi fournisseurs de l’industrie pétrolière. Nous avons donc souffert en 2015 de la baisse des investissements, en particulier en Amérique du Nord, mais j’ai le sentiment que le pire est derrière nous. Le niveau d’activité dans le développement de nouveaux champs pétroliers et gaziers a atteint son niveau plancher. Globalement, si le prix du pétrole reste en 2016 au niveau où il est actuellement, c’est plutôt une bonne nouvelle pour le groupe.

"Solvay, à l’évidence, n’est pas à vendre et a un actionnariat de référence qui l’accompagne."

Solvay a intégré le top 10 de la chimie mondiale. De quoi susciter l’intérêt d’acquéreurs potentiels?
Je ne commenterai pas ce qui relève de pures spéculations. Solvay, à l’évidence, n’est pas à vendre et a un actionnariat de référence qui l’accompagne. C’est tout ce que j’ai à dire.

Être parmi les 10 plus grands chimistes mondiaux donne-t-il envie d’aller plus haut?
Ce n’est pas la taille qui est essentielle, sinon je ne parlerais pas de cessions d’actifs. Ce qui importe vraiment, c’est la qualité du portefeuille, la capacité à générer des résultats et à traverser les cycles économiques en résistant bien.

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