Celyad décroche un brevet majeur en oncologie aux Etats-Unis

©CELYAD

Le brevet octroyé par l’administration US offre à la biotech wallonne des perspectives de développement incalculables à ce stade. Mais potentiellement énormes.

La nouvelle risque de faire grand bruit dans la communauté scientifique et dans le petit monde des biotechnologies. Celyad l’attendait depuis quelques semaines, il est tombé hier: l’Office américain des Brevets et des Marques (USPTO) a accordé à la biotech de Mont-Saint-Guibert le premier brevet relatif à l’utilisation des lymphocytes T primaires humains allogéniques contre le cancer.

Ce brevet ouvre à Celyad des perspectives incalculables à ce stade. Mais si les recherches sont couronnées de succès, l’entreprise prendra à coup sûr une dimension nouvelle.

"Ce brevet aura un impact très important dans le monde des thérapies cellulaires actives en oncologie."
Patrick Jeanmart
CFO de Celyad

"Potentiellement, ce brevet aura un impact très important dans le monde des thérapies cellulaires actives en oncologie, affirme Patrick Jeanmart, CFO de Celyad. Il offre aussi un potentiel de développement important dans les maladies infectieuses chroniques et les maladies auto-immunes. C’est, à notre connaissance, le premier brevet d’envergure octroyé pour un traitement allogénique en immuno-oncologie."

Pour bien comprendre les implications du brevet décroché par Celyad, il faut savoir qu’à ce stade, les sociétés de thérapie cellulaire actives dans l’immuno-oncologie – le traitement du cancer par le système immunitaire (lymphocytes T) du patient – se centrent sur une approche autologue. Celle-ci consiste à prélever des cellules sur le patient lui-même et à les cultiver avant de les lui réinjecter. Le traitement est strictement individuel, donc spécifique. Et hors de prix.

Portefeuille gonflé

OnCyte, la société américaine acquise au début de l’année par Celyad qui en a fait son pôle oncologique, étudie, comme d’autres, l’approche allogénique. Celle-ci consiste à prélever des cellules auprès de donneurs sains, à les "reprogrammer" en laboratoire et à les administrer à une plus grande masse de patients. Le coût s’en trouve donc amorti.

Le brevet allogénique, sollicité en octobre 2009 et décroché par Celyad six ans plus tard, gonfle substantiellement son portefeuille dans le domaine des thérapies CAR T-Cell.

Derrière cet acronyme un peu abscons se cache une technologie consistant à prélever des lymphocytes T – des cellules qui détectent les infections ou contaminations potentielles – du patient et à les modifier pour qu’ils expriment des récepteurs antigènes chimériques (les "CAR" dans leur acronyme anglais), capables de reconnaître une protéine spécifique des cellules cancéreuses.

À ce jour, l’anticorps CD19, développé par plusieurs sociétés – Novartis, Juno Therapeutics, Kite Pharma… –, a déjà démontré son efficacité, mais uniquement pour le traitement de tumeurs "liquides" (sanguines), qui représentent un gros tiers des cancers.

OnCyte, elle, s’est concentrée sur le récepteur NKG2D, qui "lit" huit types de ligand (les "antennes" des cellules cancéreuses) différents et permet de s’attaquer aux tumeurs principales.

"Il peut lire les expressions tumorales solides et liquides, mais à ce stade nous n’avons que des résultats – exceptionnels – sur l’animal. Les premières données humaines sont attendues très prochainement", précise Patrick Jeanmart.

Un acteur incontournable

Le brevet octroyé à Celyad lui ouvre, à long terme, des perspectives incommensurables.

"Ce premier brevet nous offre une protection dans un vaste domaine thérapeutique, et nous met donc dans une situation privilégiée pour tout acteur désireux d’orienter ses recherches vers ce champ thérapeutique."
Patrick Jeanmart
CFO de Celyad

"Au niveau allogénique, il existe actuellement peu de propriété intellectuelle d’envergure. Ce premier brevet nous offre une protection dans un vaste domaine thérapeutique, et nous met donc dans une situation privilégiée pour tout acteur désireux d’orienter ses recherches vers ce champ thérapeutique", souligne le directeur financier de Celyad.

Mais ce n’est pas tout. Le brevet décroché par l’ex-Cardio3 Biosciences pourrait aussi lui permettre d’étendre ultérieurement la protection de son traitement à des maladies infectieuses chroniques et auto-immunes.

Ce ne sera cependant pas pour tout de suite. "En allogénique, nous pensons pouvoir aborder les premiers essais cliniques sur l’homme en 2018", indique Patrick Jeanmart. Un traitement n’est donc pas pour tout de suite.

À ce stade, le brevet ne vaut que pour les Etats-Unis. Mais Celyad compte solliciter une extension de la protection dans d’autres régions du monde, à commencer par l’Europe et le Japon.

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