Ces volontaires qui s'enferment pour tester de nouveaux traitements

L’unité de recherche clinique de Pfizer sur le site d’Érasme peut accueillir 48volontaires sains. ©Pfizer

Tester l’innocuité d’un nouveau médicament attire du monde. Pfizer dispose chez nous d’une "réserve" de près de 30.000 volontaires. Pas seulement motivés par l’avancement de la science.

Télévision, ordinateur, jeux de société, livres, magazines: les distractions ne manquent pas. Mais pas question de grasse mat’, et couvre-feu de rigueur à minuit. Et on oublie l’alcool, le café ou encore le chocolat.

Dans les centres d’études cliniques de phase 1, premier stade d’expérimentation de nouvelles molécules sur l’homme, les volontaires sains, choisis à l’issue d’examens médicaux approfondis et sur base de critères stricts liés au type de traitement étudié, servent à vérifier l’innocuité d’un nouveau traitement ou de l’interaction entre deux molécules différentes.

La partie francophone du pays ne dispose que de deux unités de recherche clinique de phase I: celle de la société ATC, installée au CHU de Liège, et le PCRU de Pfizer , qui a centré ses études cliniques à Bruxelles et à New Haven (New Jersey).

Installé sur le site d’Érasme, à Anderlecht, le géant américain réalise une trentaine de projets de recherche par an – il y eut en son temps l’étude clinique sur le Viagra. Il dispose pour cela d’une unité qui peut accueillir 48 volontaires sains appelés à tester, sous surveillance étroite, les nouveaux médicaments de demain. Et peut s’appuyer sur une "réserve de recrutement" de plus de 29.000 volontaires venus par le bouche-à-oreille ou via des annonces dans la presse et sur internet.

"L’indemnisation que je reçois pour mes séjours au centre d’études cliniques paie mes vacances."
Bernard
Volontaire essais cliniques chez Pfizer

Durant une période qui varie entre un jour et plusieurs semaines, ils font en quelque sorte l’expérience de la "cage dorée". Nourris et blanchis, ils restent sous surveillance médicale étroite. Mais cela ne les décourage pas. Contribuer à faire avancer la science ne semble pas l’argument le plus convaincant. "Il y a l’appât du gain. L’indemnisation que je reçois pour mes séjours au PCRU (150 euros par jour en moyenne, NDLR) paie mes vacances", reconnaît Bernard, un père de famille de 45 ans "recruté" il y a une dizaine d’années. Sans compter, ajoute Daphnis, qu’une sélection comme volontaire "donne droit à plusieurs check-up approfondis par an".

Visiblement, les longs séjours – le plus long a duré 32 jours – sont les plus problématiques, que ce soit pour des raisons professionnelles – il faut prendre congé – ou familiales. D’où l’importance d’une réserve substantielle de candidats.

Les efforts consentis en Europe de l’Est notamment n’empêchent pas notre pays de garder une position de pointe en matière d’essais cliniques. Plus de 400 nouvelles demandes sont déposées chaque année en Belgique, et plus de 170.000 patients testent de nouveaux traitements. Si on rapporte le nombre d’études à la population, notre pays trône au premier rang européen et au deuxième mondial. Les raisons sont connues: expertise des chercheurs, qualité de l’exécution des études cliniques, délais très courts pour l’évaluation et l’approbation des demandes d’études cliniques (15 jours). Cette situation favorable pourrait changer. D’ici la mi-2016, un processus d’approbation simplifié des demandes devrait entrer en vigueur dans l’UE. Les autres pays membres pourraient donc résorber leur retard, et alourdir le poids du handicap belge: la taille de son marché. Pour y faire face, il n’y a qu’une solution, estime Brieuc Van Damme, chef de cabinet adjoint de la ministre de la Santé publique Maggie De Block: "favoriser la coopération transfrontalière, par exemple avec les Pays-Bas".

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