Comment le mégadeal Galapagos a failli capoter

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La négociation de l’accord à 5 milliards conclu entre la biotech belgo-néerlandaise Galapagos et l’américain Gilead n’a pas été une partie de plaisir. Le deal, annoncé en début de semaine, a profondément divisé la direction.

Le deal à 5 milliards de dollars annoncé au début de cette semaine entre Galapagos et le géant pharmaceutique américain Gilead a profondément divisé la direction de l’entreprise de biotech belgo-néerlandaise. Le chef du département de recherche, Piet Wigerinck, ne voyait aucun intérêt au plan du CEO, Onno van de Stolpe, consistant à s’associer à long terme au groupe américain. De son côté, le conseil d’administration de l’entreprise y trouvait beaucoup à redire également et y a fait obstacle jusqu’au dernier moment.

Le responsable de la recherche estimait que Gilead pouvait accéder un peu trop facilement à ce qui fait toute la valeur de Galapagos.

C’est la trame de ce deal qui a failli échouer que notre rédaction et celle du journal néerlandais Het Financieele Dagblad ont pu reconstituer. Pour ce faire, les journalistes ont eu accès au processus de négociations et se sont entretenus régulièrement avec les principaux acteurs sur l’état d’avancement de cette transaction colossale qui a été déposée sur la table en février 2019 et qui a été signée dimanche dernier.

Le contrat passé entre les deux entreprises consiste en un "pacte de non-agression " conclu pour dix ans. Au cours de cette période, Gilead s’engage à ne lancer aucune offre de rachat sur Galapagos. En échange, les Américains accèdent au portefeuille de projets des chercheurs opérant à Malines et à Leiden et versent 4,5 milliards d’euros pour les licences des nouveaux médicaments potentiels. Un tel pactole va permettre à Galapagos d’accélérer ses recherches et donc de lancer plus rapidement des médicaments sur le marché.

Indépendance

Le maintien de l’indépendance de Galapagos a toujours été la priorité de son CEO, Onno van de Stolpe. Il est le principal architecte du mégadeal. Mais un de ses collaborateurs de premier plan, le chief scientific officer Piet Wigerinck, estimait que Gilead pouvait accéder un peu trop facilement à ce qui fait toute la valeur de Galapagos: sa "pouponnière " unique, où l’entreprise découvre et développe des molécules contre des maladies spécifiques. Il trouvait également qu’une collaboration s’étendant sur dix ans était beaucoup trop longue. Selon Piet Wigerinck, Galapagos disposait de moyens financiers largement suffisants pour faire de l’entreprise de biotech un groupe pharmaceutique qui non seulement développe des médicaments, mais les vend également.

Convaincu qu’il fallait absolument éviter le départ de Piet Wigerinck, le CEO de Gilead, Daniel O’Day, s’est investi personnellement dans les tractations.

Or, sans l’appui de Piet Wigerinck, l’accord pouvait capoter. Le Flamand est considéré en effet dans le secteur comme un des meilleurs concepteurs et développeurs de médicaments à un stade précoce. Il a ainsi inscrit à son nom le brevet du Prezista, un inhibiteur du VIH qui rapporte encore 2 milliards de dollars par an au géant américain, Johnson & Johnson.

Convaincu qu’il fallait absolument éviter le départ de Piet Wigerinck, le CEO de Gilead, Daniel O’Day, s’est investi personnellement dans les tractations. Ce n’est qu’au tout dernier moment, notamment sous la pression d’Onno van de Stolpe, que Wigerinck a donné son accord à la collaboration.

Le conseil d’administration de Galapagos a menacé également de mettre son veto, estimant qu’Onno van de Stolpe tardait à l’informer des détails du deal. Celui-ci voulait en fait s’assurer en premier lieu de l’appui inconditionnel de tous les membres de la direction. Raj Parekh, président du conseil d’administration de Galapagos, a joué un rôle crucial dans la dernière phase. Ce Britannique fan du club de foot Chelsea, fidèle de longue date du CEO, a fini par arracher le feu vert du conseil.

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