Compenser les pertes de brevets, le défi des labos

Selon une étude, pour les entreprises pharmaceutiques confrontées à l'arrivée à échéance de leurs brevets, la façon la plus commode de maintenir des marges suffisantes consiste à se tourner vers les médicaments génériques.

Le groupe Solvay s’est-il débarrassé à temps de sa division pharmaceutique? Les apparences jouent en tout cas en sa faveur. Le groupe aujourd’hui centré sur la chimie s’est au moins épargné une réflexion stratégique pour le moins épineuse.

Les laboratoires pharmaceutiques se trouvent en effet à la croisée des chemins. Les marges bénéficiaires générées par les médicaments protégés par des brevets s’amenuisent, les coûts de la recherche de nouvelles molécules ne font que s’accroître et les pouvoirs publics sont de plus en plus regardants sur les prix des médicaments.

Brevets en voie d’extinction

Et cela ne va pas s’arranger. D’ici cinq ans, les trois quarts des médicaments aujourd’hui sous brevet entreront dans le domaine public. Les groupes pharmaceutiques vont donc devoir s’adapter à cette nouvelle donne.

Une étude réalisée par Roland Berger s’intéresse aux stratégies déployées par les laboratoires pour franchir ce cap difficile. L’alternative: "Se battre ou s’en aller" ("fight or flight"), autrement dit continuer à investir, quitte à se spécialiser davantage – comme l’a fait UCB, qui se centre désormais sur l’immunologie et la neurologie –, ou diversifier ses activités en se tournant vers des créneaux qui les rendent moins dépendants du "rendement" de leurs chercheurs. L’exemple le plus frappant est celui de Johnson & Johnson, dont 64 % des recettes proviennent d’activités non-pharmaceutiques.

Le cabinet de conseil munichois a interrogé une cinquantaine de dirigeants d’entreprises du secteur. Pour 78 % d’entre eux, le moyen le plus commode de répartir les risques, c’est de se tourner vers les médicaments génériques. C’est l’option choisie, par exemple, par Sanofi-Aventis, qui a dopé sa croissance en mettant la main sur le génériqueur Zentiva. Autres pistes envisagées: les produits médicaux à usage courant ("consumer health"), cités par 50 % des responsables interrogés, et les vaccins (42 %).

Mégaconcentrations

D’autres s’arrangent pour remplir leur pipeline de nouvelles molécules en rachetant des concurrents. On citera à titre d’exemples les méga concentrations Pfizer/Wyeth, Merck/Schering-Plough ou encore Bayer/Schering.

Les groupes pharmaceutiques se tournent aussi vers l’innovation, en explorant de nouveaux domaines d’activité gravitant autour de la pharmacie "de pointe", comme par exemple l’appareillage médical, le diagnostic et les biotechnologies. L’offensive du groupe français Sanofi-Aventis sur la biotech américaine Genzyme en est un très bon exemple.

Depuis dix ans, les laboratoires ont promis davantage qu’ils ont fourni. Comme le disait un patron du secteur aux consultants de Roland Berger, "trop de dirigeants aiment parler de leur pipeline aux marchés financiers, créant ainsi d’énormes attentes. L’industrie pharmaceutique ferait bien de vanter les produits dont elle dispose réellement et expliquer leur caractère unique". L’appât du gain à court terme reste difficile à surmonter…

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