analyse

Coucke et Perrigo croisent enfin (virtuellement) le fer

Les Américains de Perrigo accusent Marc Coucke et le fonds d'investissement Waterland d’avoir présenté de manière fallacieuse les finances d’Omega Pharma pour obtenir un prix de vente plus élevé. ©BELGA

La procédure d’arbitrage entre Marc Coucke, le fonds d’investissement Waterland et le géant pharmaceutique Perrigo débutera lundi. Avec quelques mois de retard et de manière totalement digitale à cause de la pandémie.

La procédure entre Coucke, Waterland et Perrigo devait normalement être lancée fin mars devant la cour d’arbitrage Cepani. Mais la crise du coronavirus est passée par là. Sauf mesure de dernière minute liée à la pandémie, elle devrait commencer lundi.

De quoi s’agit-il exactement?

La procédure porte sur la vente d’Omega Pharma à Perrigo début 2015. Les Américains ont mis 3,8 milliards d’euros sur la table pour s’offrir le spécialiste flamand des médicaments OTC (Over The Counter, c’est-à-dire sans prescription). Les vendeurs ? Marc Coucke et un consortium financier dirigé par Waterland.

3,8
milliards d'euros
Perrigo a mis 3,8 milliards d’euros sur la table pour s'offrir Omega Pharma

Après la transaction, Perrigo s’est estimée grugée. Le groupe accuse Coucke et Waterland d’avoir présenté de manière fallacieuse les finances d’Omega Pharma pour obtenir un prix de vente plus élevé. D’après Perrigo, ils ont créé des chiffres d’affaires fictifs et maquillé l’endettement d’Omega Pharma. Coucke et Waterland nient avoir trompé Perrigo.

Que réclame Perrigo?

Le géant pharmaceutique américain a introduit une demande de dédommagement de pas moins de 1,9 milliard d’euros devant la cour d’arbitrage Cepani. Coucke a contre-attaqué en introduisant une demande reconventionnelle à l’encontre de Perrigo, exigeant une compensation parce qu’il estime que le groupe pharmaceutique n’a pas agi de bonne foi lors de la reprise d’Omega Pharma. Le montant réclamé par Coucke n’est pas connu. Waterland n’a pas déposé de demande reconventionnelle.

Quel est le tribunal saisi?

Le différend sera tranché par la cour d’arbitrage Cepani (Centre belge d’arbitrage et de médiation). Cette cour a été créée il y a plus de 50 ans dans le giron de la FEB (Fédération des entreprises de Belgique). Les procédures introduites devant le Cepani sont strictement confidentielles, contrairement aux procédures introduites devant les tribunaux, qui sont généralement publiques.

Qui est saisi du dossier?

Le conseil d’arbitrage se compose de trois membres: Jan Meyers, Johan Verbist et Jean-Pierre Fierens (président). Tous trois sont des avocats expérimentés. Le nom de Jan Meyers a été proposé par Marc Coucke et Waterland, et celui de Johan Verbist par Perrigo. Ils ont choisi Jean-Pierre Fierens comme président.

Fierens – qui comptait notamment Maurice Lippens (ex-Fortis) parmi ses clients – est l’ancien patron du cabinet d’avocats Stibbe et est aujourd’hui le spécialiste en contentieux de Strelia. Meyers est un des "majors" du cabinet bruxellois Cleary Gottlieb et a entre autres conseillé le gouvernement fédéral belge dans de nombreux dossiers. Enfin, Johan Verbist a dirigé le cabinet De Bandt pendant de nombreuses années, pour ensuite devenir associé chez Linklaters. Il y a sept ans, il a créé le cabinet Verbist & Vanlerberghe (Omega Law).

Les arbitres essaient de trouver un consensus. S’ils ne réussissent pas, le président a une voix décisive. Aucun appel n’est possible

Les arbitres essaient de trouver un consensus. S’ils ne réussissent pas, le président a une voix décisive. Aucun appel n’est possible. Comme le veut la règle du Cepani, les parties ont déjà dû mettre une partie de la somme réclamée sur la table. Cet argent doit couvrir les frais de procédure.

Combien de temps dureront les débats?

Les plaidoyers devraient durer de quatre à six semaines. Etant donné la crise du coronavirus, toute la procédure sera digitale. Cette durée n’est pas inhabituelle: selon les rumeurs, les conclusions des deux parties représentent ensemble plusieurs milliers de pages auxquelles s’ajoutent les rapports d’experts (également de plusieurs milliers de pages) et les déclarations des témoins.

La décision finale n’est pas attendue avant le début de l’an prochain, soit six ans après la vente d’Omega Pharma.

Les dividendes continuent à rentrer

Malgré le conflit juridique qui oppose Perrigo à Coucke, l’entrepreneur flamand continue à percevoir des dividendes du géant pharmaceutique américain.

Coucke est en effet devenu actionnaire de Perrigo en 2015 dans le cadre de la vente d’Omega Pharma. Il a reçu 600 millions d’euros en numéraire et 5,4 millions d’actions Perrigo. Après la transaction, Coucke était obligé de conserver ces actions pendant plusieurs années. Pour autant que nous le sachions, Coucke ne les a pas (encore) revendues. Et il ne faut pas s’en étonner: depuis le rachat d’Omega Pharma, le cours de l’action Perrigo s’est effondré et Coucke enregistre aujourd’hui, sur papier, des pertes importantes sur sa participation.

Si l’on tient compte de la totalité des dividendes payés par Perrigo depuis la clôture de l’acquisition d’Omega Pharma en 2015, on arrive à un peu moins de 22 millions de dollars – soit 18,56 millions d’euros – perçus par Coucke.

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