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De Gosselies au Nasdaq, le rêve américain du CEO d'iTeos

En huit ans, Michel Detheux, cofondateur et CEO d'iTeos Therapeutics, a mené la petite spin-off de l'UCLouvain jusqu'au Nasdaq.

C'est parti. Moins de quatre mois après avoir bouclé une nouvelle levée de fonds record, la biotech wallonne iTeos Therapeutics a été introduite avec succès vendredi sur le Nasdaq sous le ticker "ITOS". L'opération lui a permis de récolter un peu plus de 200 millions de dollars. De quoi soutenir le développement de ses deux programmes avancés en immuno-oncologie, ainsi que son pipeline de recherche préclinique.

Si elle possède une implantation à Cambridge (Boston), dans le Massachusetts, où s'est établi le CEO Michel Detheux, toutes les installations de recherche de la société et le gros de son personnel sont établis dans le Biopark de Gosselies, les études cliniques se déroulant également en partie en Belgique. A ceux qui s’étaient étonnés de cet exil américain il y a deux ans, dans la foulée de la première de deux méga-levées de fonds qu’il venait de clôturer, Michel Detheux avait déjà laissé entendre qu’une entrée en bourse faisait partie des scénarios possibles pour iTeos. Mais que d’autres options existaient également, comme une collaboration stratégique avec une big pharma.  

Un accord stratégique

Avec un peu de recul, il n’est pas étonnant que le patron d’iTeos ait choisi la première des possibilités pour faire grandir sa société. La biotech wallonne avait déjà en effet expérimenté une coopération avec un grand nom de l’industrie pharmaceutique. Fin 2014, elle avait signé un accord stratégique avec Pfizer. Mais trois ans plus tard, le géant américain s'était ravisé et avait décidé d’abandonner le programme d’iTeos, qui était pourtant arrivé en phase 1. Tout était à refaire.

Dans le domaine de l’immuno-oncologie, c’est dans la région de Boston qu’il faut être si on a des ambitions mondiales.

Michel Detheux reprit donc son bâton de pèlerin pour se mettre en chasse de nouveaux investisseurs. Il devra aller les chercher majoritairement à l’étranger, notamment aux USA, pour boucler la fameuse levée de 64 millions d'euros. Malgré le développement du secteur de la biotech, il n’est pas possible de collecter de tels montants en Belgique, avait-il expliqué à l’époque. Autre raison qui l’avait poussé à lorgner de l’autre côté de l’Atlantique: dans le domaine de l’immuno-oncologie, c’est dans la région de Boston, qui compte 1.500 sociétés de biotechnologie, qu’il faut être si on a des ambitions mondiales. Va donc pour Cambridge, où le CEO part s’installer avec une partie de sa - nombreuse - famille.

Une fameuse trajectoire pour ce Liégeois d’origine qui avait débuté sa carrière chez Euroscreen, après une thèse en biochimie (UCLouvain), un premier post-doc à Glasgow et un second durant son service militaire. Euroscreen ? C’est le premier nom d’Ogeda, cette autre société du Biopark qui avait affolé les compteurs il y a trois ans lors de sa reprise pour 800 millions d’euros par le japonais Astellas. Michel Detheux s'y était occupé de recherche et des accords de collaboration, avant de lancer Euroscreen Fast, une filiale dédiée aux services à façon pour les entreprises biopharmaceutiques.

Michel Detheux a débuté sa carrière chez Euroscreen, qui deviendra Ogeda.

C’est sans doute à cette occasion qu’il découvre ce qui lui plaît le plus : créer de nouvelles activités. Après l’expérience Euroscreen, le scientifique rejoint l’Institut Ludwig pour la recherche contre le cancer (LICR), dont la branche bruxelloise est intégrée à l'Institut de Duve (UCLouvain). Avec Benoît Van den Eynde, médecin spécialisé en immunologie tumorale et directeur de la branche belge du LICR, il va définitivement franchir le pas de l'entrepreneuriat et créer iTeos début 2012.  

Consécration

La petite société va démarrer grâce à un subside à la recherche de la Région wallonne, complété par un apport d’investisseurs (le fonds universitaire Vives, Life Sciences Research Partners, la SRIW et la SFPI, ainsi que quelques business angels, parmi lesquels Jean Stéphenne). La suite est connue: deux levées de fonds pharaoniques à l'échelle wallonne - dont la dernière de 125 millions de dollars début avril -, un partenariat avec Merck pour tester ses produits candidats en combinaison avec un traitement d’immunothérapie du géant américain, et enfin, la consécration ce vendredi, sur le Nasdaq.

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