interview

Denis Bedoret: "Imcyse a une approche unique par rapport à ce qui existe sur le marché"

Avant Imcyse, Denis Bedoret a dirigé MaSTherCell de début 2017 à juin 2020. ©Tim Dirven

Denis Bedoret, ancien patron de la société carolo MaSTherCell, a été nommé CEO d’Imcyse. Il explique pourquoi il a rejoint cette biotech liégeoise très prometteuse.

Denis Bedoret, l’ancien patron de la société carolo MaSTherCell -rebaptisée Catalent Gosselies- a été nommé CEO d’Imcyse, une des biotechs liégeoises les plus prometteuses, qui avait levé 35 millions d’euros en 2019. Un nouveau défi pour ce diplômé en médecine vétérinaire, docteur en sciences de la vie et détenteur d'un postdoc en immunologie de Harvard, passé chez Quality Assistance et McKinsey au début de sa carrière.   

Vous avez quitté MaSTherCell volontairement et en bons termes. Quelle a été la motivation de ce départ ?

Il y a plusieurs éléments qui me motivent en général à rester sur un projet. Le premier, c’est de chercher à atteindre certains objectifs - pour moi et pour la société - ; le deuxième, c’est le sentiment d’être utile et d’avoir un impact. Dans le premier cas, MaSTherCell avait dépassé depuis longtemps les buts que je m’étais fixés. Et pour le second, j’ai eu le sentiment que d’un point de vue culturel dans ce type de structure, ce serait plus compliqué pour moi.

Vous pensez à quoi plus précisément ?

Je ne voudrais pas que cela soit interprété comme le fait que Catalent aurait spécifiquement une culture qui ne me conviendrait pas.  Ce que je veux dire, c’est que dans un grand groupe coté, les processus de décision sont plus itératifs et le stress peut être plus focalisé sur les résultats financiers du trimestre. Dans une plus petite structure où l’on est plus agile, le premier stress peut, dans un premier temps, être plutôt de savoir comment on va payer les employés à la fin du mois - je suis passé par là chez MaSTherCell. Ensuite, on peut commencer à voir à plus long terme et le focus devient à quoi va ressembler la société dans 3 ou 5 ans, est-ce que les clients sont satisfaits ce trimestre… Tout cela, ce sont des choses qui me parlent et me motivent davantage.

Quel a été votre sentiment au moment de quitter la société ?  

Un sentiment de fierté pour la réussite collective, avec une équipe qui est parvenue, en quelques années, à transformer une société qui avait des bonnes bases mais de grosses difficultés notamment au niveau financier, en un des leaders de la thérapie cellulaire. Avec le résultat que l’on connaît, à savoir le rachat par Catalent.  Le sentiment également de laisser en place un outil de production et de développement économique extrêmement performant pour la région.

Le succès de MaSTherCell est lié à celui des thérapies cellulaires, surtout dans l’immuno-oncologie. Quelle est votre analyse de ce développement?

Historiquement, la thérapie cellulaire a été très orientée vers la médecine régénérative. Le développement de l’immunothérapie, qui est aujourd’hui principalement utilisée dans le traitement des cancers, a complètement révolutionné et changé le statut du marché. En comparaison avec beaucoup de produits en médecine régénérative, l’immunothérapie a apporté des résultats cliniques vraiment très impressionnants.  Les premiers CAR-T approuvés ont des taux de rémission qui sont juste incroyables.  Cela a permis au marché de mettre un peu de côté le fait que les coûts de production sont très élevés et permis une dynamique très positive. Le positionnement stratégique de MaSTherCell et la qualité des équipes ont fait le reste.

"L’immunothérapie a apporté des résultats cliniques vraiment très impressionnants. Les premiers CAR-T approuvés ont des taux de rémission qui sont juste incroyables."

La réussite de MaSTherCell  peut-elle servir de modèle ?

C’est un exemple très intéressant de réussite d’une société de service qui peut offrir beaucoup en complément du reste du secteur et en particulier des biotechs pures. Les sociétés de service ont le potentiel pour vite créer beaucoup d’emplois et ces emplois sont très difficilement délocalisables. Elles peuvent aussi être rapidement stables financièrement puisqu’elles peuvent générer du cash directement issu de leur activité. Troisièmement, elles peuvent servir de support important dans l’environnement des biotechs pures.

Comment s’est passée votre arrivée chez Imcyse ?

Je connaissais déjà la société. Quand j’ai quitté MaSTherCell, j’ai été approché par plusieurs sociétés, directement ou par des recruteurs. Le projet d'Imcyse m’a enthousiasmé. En plus d’avoir une équipe en place très talentueuse et expérimentée, la science sur laquelle repose la plateforme technologique est disruptive, solide et dispose d’une protection intellectuelle robuste. La société bénéficie du support des invests publics avec Noshaq, la SRIW et la SFPI, et de fonds d’investissement privés réputés comme Biogenosis et Life Sciences Partners (LSP).

Où en est Imcyse dans ses développements ?

Imcyse est une biotech qui est au stade clinique et qui est positionnée dans les traitements des maladies auto-immunitaires. Elle a une approche unique par rapport à ce qui existe sur le marché. Son produit le plus avancé est un traitement contre le diabète de type 1, qui est sur le point de démarrer une phase II. Elle a en plus un pipeline assez fourni pour le traitement des maladies auto-immunes. Sa particularité, c’est que son approche permet de ne pas adresser les symptômes, mais d’avoir le potentiel pour guérir les patients qui souffrent de ces affections sévères. 

Quelles sont les autres indications qui sont au stade de la recherche ?

La sclérose en plaques, indication pour laquelle on espère aller à brève échéance en essai clinique.  Il y a aussi l’arthrite rhumatoïde, pour laquelle on a un accord de collaboration avec Pfizer, ainsi que la NNO, une maladie inflammatoire qui affecte les nerfs optiques et la moelle épinière. Nous avons également un programme pour la maladie coeliaque, à savoir l’intolérance au gluten, pour laquelle notre approche pourrait aussi être utile. Chez Imcyse, la difficulté est plutôt de faire un choix dans les différentes indications thérapeutiques et de les prioriser.

"Chez Imcyse, la difficulté est plutôt de faire un choix dans les différentes indications thérapeutiques et de les prioriser."

Comment se sont déroulées les choses au niveau du management depuis un an ?

Pierre Vandepapelière avait quitté Imcyse il y a un an. Son successeur, l’Allemand Thomas Taapken, qui est le président du conseil d’administration, était là ad interim. Son but n’était pas de rester, mais de chercher un CEO à temps plein pour pouvoir se concentrer sur sa fonction de président et ses autres projets. Il a également mis cette période à profit pour renforcer la société et l’équipe de management

IPO, accord avec une big pharma, rachat… Plusieurs possibilités s’offrent à une biotech. Laquelle a votre préférence ?

Pour moi, il n’y a pas une option meilleure que les autres. Le modèle doit dépendre du contexte de la société et notamment de son positionnement en termes d’indications thérapeutiques et d’approche technologique. Il faut choisir le modèle qui correspond le mieux aux possibilités de l’entreprise. Par ailleurs, il peut être intéressant d’en combiner plusieurs, que ce soit en parallèle ou de façon séquentielle. On pourrait dire qu’avec un produit ayant des indications extrêmement larges qui vont nécessiter de gros investissements, cela me paraîtrait très compliqué de le développer jusqu’au bout et de l’amener sur le marché soi-même. Il vaut donc sans doute mieux collaborer avec une grande entreprise. Par contre, sur une maladie orpheline ou avec un parcours régulatoire plus favorable, on va pouvoir aller très loin avec des investissements plus limités et dans ce cas-là, aller sur une méthode de financement où le produit reste la propriété de la société, comme dans une IPO, quitte à la combiner avec des licences régionales. Il ne faut jamais perdre de vue que si les investisseurs doivent évidemment s’y retrouver, l’objectif final est aussi de permettre d’amener sur le marché des nouvelles solutions thérapeutiques à des patients qui ont un vrai besoin médical.

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