Publicité
Publicité

Échaudé par Monsanto, Bayer cible davantage ses emplettes

"Le fait de garantir une autonomie de gestion aux dirigeants de Vividion a fait pencher la balance en notre faveur", affirme Marianne De Backer, responsable de la croissance externe pour le département pharma de Bayer. ©Peter Himsel

Le géant allemand Bayer rachète pour 2 milliards de dollars la biotech américaine Vividion, spécialisée dans des techniques innovantes de traitement du cancer.

Alors qu'il subit toujours le poids des actions judiciaires américaines contre le glyphosate, Bayer développe sa branche pharmaceutique, en pleine bourre. Plus question de méga-acquisitions "à la Monsanto", le concepteur de l'herbicide controversé Roundup qui lui avait coûté 63 milliards de dollars en 2018 et qui plonge ses comptes dans le rouge. L'heure est aux partenariats et aux rachats ciblés de biotechs lui permettant d'élargir sa palette thérapeutique.

2
milliards $
Le rachat de Vividion devrait coûter au total 2 milliards de dollars (1,69 milliard d'euros), dont 1,5 milliard payé immédiatement.

Dernier exemple en date: le rachat de la biotech californienne Vividion, spécialisée dans des techniques innovantes de soins contre le cancer. L'opération devrait coûter au total 2 milliards de dollars (1,69 milliard d'euros): 1,5 milliard payé immédiatement et un supplément de 500 millions lié au franchissement d'étapes intermédiaires.

"Nous nous efforçons de découvrir de nouvelles techniques thérapeutiques dans le traitement de maladies comme l'oncologie et l'immunologie. Dans ce contexte, le rachat de Vividion, un vrai pionnier des technologies de dépistage chimioprotéomique, ouvre de belles perspectives", souligne Marianne De Backer, membre du comité exécutif de Bayer, en charge de la croissance du département pharmaceutique.

Partenariats et acquisitions ciblés

Arrivée il y a un peu moins de deux ans chez Bayer, la responsable belge a multiplié les initiatives, négociant une trentaine de partenariats et d'acquisitions très ciblés. La reprise de Vividion s'inscrit d'ailleurs dans la ligne de l'acquisition, à l'automne dernier, du spécialiste américain de la thérapie génique AskBio (Asklepios BioPharmaceutical). Un deal lui aussi conclu dans un délai réduit (3,5 mois) et prévoyant un versement initial et des paiements d'étape potentiels basés sur le succès de l'entreprise.

"Le pipeline de Vividion n'en est encore qu'au stade préclinique, mais elle est déjà parvenue à démontrer que sa plateforme fonctionne."
Marianne De Backer
Responsable du développement stratégique de Bayer Pharma

Alors qu'AskBio est spécialisé dans le développement de thérapies géniques ciblant des maladies neuromusculaires, cardiovasculaires et métaboliques, Vividion développe des thérapies anticancéreuses et contre les maladies du système immunitaire. Elle a mis au point une plateforme technologique permettant d'identifier des poches de liaison à la surface des protéines qui laissent miroiter de nouvelles perspectives thérapeutiques.

À ce stade, environ 90% des protéines à l'origine de maladies ne peuvent être ciblées par les thérapies existantes. La technologie développée par Vividion a déjà prouvé, à un stade préclinique, son efficacité en oncologie et dans les maladies liées au système immunitaire, tout en affichant un potentiel d'extension à d'autres indications.

Un deal en 46 jours

"Le pipeline de Vividion n'en est encore qu'au stade préclinique, mais nous constatons qu'elle est déjà parvenue à démontrer que sa plateforme fonctionne. Nous attendons le développement de plusieurs nouvelles molécules", dit Marianne De Backer.

"Sans un partenaire flexible, le deal n'aurait pu se conclure. Nous n'achetons pas Vividion pour l'intégrer."
Marianne De Backer
Responsable du développement stratégique de Bayer Pharma

Le rachat de la biotech de San Diego, qui emploie 125 personnes, s'est conclu très vite. "J'ai contacté Jeff Hatfield (le CEO de Vividion, NDLR) le 26 mai. Il m'a alors fait savoir que sa société préparait une entrée en bourse et que si nous étions intéressés, il faudrait aller très vite. Le 10 juillet, nous aboutissions à un accord".

Outre le montant déboursé, c'est la garantie du maintien de leur autonomie de gestion qui a convaincu les responsables américains de céder aux sirènes allemandes. "Sans un partenaire flexible, le deal n'aurait jamais pu se conclure. Nous n'achetons pas Vividion pour l'intégrer", souligne la responsable stratégique de Bayer. Ce qui n'empêchera pas ce dernier d'utiliser à son profit le potentiel de cette nouvelle approche thérapeutique.

Bayer plombé par le glyphosate

Bayer a fait état d'une lourde perte nette de 2,3 milliards d'euros au 2e trimestre 2021, plombé par les procédures judiciaires américaines contre le glyphosate. Les pertes sont liées à des provisions supplémentaires de 3,8 milliards d'euros, constituées pour les poursuites contre cet herbicide controversé, a précisé l'entreprise. À la même période en 2020, le groupe avait connu une perte nette colossale de 9,5 milliards d'euros en raison de la pandémie de coronavirus et de ses ennuis judiciaires. Bayer reste cependant optimiste: le groupe a relevé ses prévisions de ventes annuelles à 43 milliards d'euros, contre 41 milliards annoncés précédemment.

Le résumé

  • Bayer rachète pour 2 milliards de dollars la biotech américaine Vividion, spécialisée dans des techniques innovantes de traitement du cancer.
  • L'heure est aux partenariats et aux rachats ciblés de biotechs lui permettant d'élargir sa palette thérapeutique.
  • Vividion a mis au point une plateforme technologique permettant d'identifier des poches de liaison à la surface des protéines.
  • Outre le montant proposé, la garantie du maintien de leur autonomie de gestion a convaincu les responsables américains de céder aux sirènes allemandes.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés