En Belgique, l'hydroxychloroquine ne fait pas peur

L’hydroxychloroquine est, à la base, prescrite pour lutter contre des maladies auto-immunes telles que le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. ©AFP

L’OMS a suspendu en début de semaine son essai Solidarity, en ce qui concerne l’usage de l’hydroxychloroquine chez des patients atteints de Covid-19. En Belgique, les experts sont sereins, mais jouent la prudence.

Coup de tonnerre ou simple hoquet, lundi, en fin de journée, à Genève? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) y annonçait suspendre les essais cliniques qu’elle mène avec l’hydroxychloroquine dans plusieurs pays. "Une mesure de précaution temporaire", précisait le Dr Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’OMS.

La raison de cette mesure se situe dans la publication, trois jours plus tôt, dans la revue médicale The Lancet, d’une étude rétrospective qui n’avait pas pu mettre en évidence le bénéfice de ce médicament chez les patients atteints du Covid-19 et qui, plus inquiétant, pointait des effets indésirables cardiovasculaires liés à son administration.

"En Belgique, les doses administrées aux patients hospitalisés sont inférieures que celles évoquées dans l’article du Lancet."
Nicolas Dauby
Institut d’immunologie médicale et École de santé publique de l’ULB

De quoi mettre en émoi le corps médical? "Il faut replacer cette mesure de l’OMS dans son contexte", indique le Dr Nicolas Dauby, de l’Institut d’immunologie médicale et de l’École de santé publique de l’Université libre de Bruxelles (ULB). L’OMS a décidé de suspendre temporairement le volet hydroxychloroquine de son étude. Par contre, une autre étude, menée en Angleterre, l’essai Recovery, qui comporte aussi un volet lié à l’hydroxychloroquine, va, lui, bien de l’avant. Au cours du weekend, ses responsables ont signalé ne pas avoir remarqué les problèmes de surmortalité pointés par l’article de The Lancet.

Un usage différent en Belgique

En Belgique, on a aussi lu l’article du Lancet. "Les cas décrits dans la revue médicale n’ont rien de comparable avec la manière dont nous administrons de l’hydroxychloroquine aux patients Covid", précise le Dr Dauby. "En Belgique, les doses administrées aux patients hospitalisés sont inférieures que celles évoquées dans l’article du Lancet. Et chez nous, ce médicament n’est pas combiné à un autre médicament, un antibiotique, dont on sait que la combinaison peut avoir des effets néfastes sur la santé cardiovasculaire des patients."

"En Belgique, aucun indice de surmortalité n’avait été observé avec l’usage de ce médicament."
Nicolas Dauby
Institut d’immunologie médicale et École de santé publique de l’ULB

"Lundi, les experts, l’Institut de santé publique belge Sciensano et l’Agence fédérale du médicament et des produits de santé constataient qu’en Belgique, aucun indice de surmortalité n’avait été observé avec l’usage de ce médicament", indique encore le Dr Dauby. "Nous avons toutefois recommandé de ne plus administrer temporairement l’hydroxychloroquine, sauf dans le cadre des essais cliniques en cours."

Guégerre pharmaceutique?

De son côté, l’OMS signalait aussi que son comité de sécurité allait se pencher sur les risques réels concernant le volet de son essai Solidarity suspendu temporairement. 

"Si vous utilisez de l’hydroxychloroquine pour une autre indication que le Covid-19, il n’y a aucune raison d’arrêter votre traitement."
L'agence fédérale belge des médicaments et des produits de santé

Cette saga ne relèverait-elle dès lors pas plutôt d’une histoire de gros sous? Une guéguerre entre groupes pharmaceutiques à coups d’études et de contre-études sponsorisées? "Je ne le pense pas", conclut le Dr Dauby. "L’hydroxychloroquine est un médicament générique."

Dérivée de la chloroquine, un médicament utilisé contre le paludisme, l’hydroxychloroquine est prescrite pour lutter contre des maladies auto-immunes telles que le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Elle fait partie des nombreux traitements testés depuis le début de l’épidémie de Covid-19, suscitant diverses polémiques.

En ce qui concerne son utilisation chez les patients non-Covid, l’Agence fédérale belge du médicament et des produits de santé est catégorique. "Si vous utilisez de l’hydroxychloroquine dans une maladie des articulations et/ou de la peau, ou si vous prenez de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine pour une autre indication que le Covid-19, il n’y a aucune raison d’arrêter votre traitement", indique-t-elle.

 

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