interview

Fornieri: "Mon objectif? Faire de Mithra le numéro un mondial de la gynécologie"

©Debby Termonia

François Fornieri jubile. Quelques jours après avoir signé l’acte de reprise de plusieurs produits d’Uteron avec Actavis, le patron de Mithra annonce le lancement d’une phase 3 pour l’un d’eux, l’Estetrol. Un contraceptif "révolutionnaire" dont Mithra espère tirer un chiffre d’affaires d’au moins 400 millions de dollars.

Mais la firme liégeoise a-t-elle les reins assez solides pour développer ce nouveau produit? Et qu’en est-il de l’IPO prévue en avril prochain? Le point avec François Fornieri.

Pourquoi Actavis a-t-il lâché si facilement Estetrol?

Ils n’ont rien lâché car tout était prévu. Lors de la vente d’Uteron à Actavis en 2013, j’avais insisté pour que Mithra récupère en priorité les produits dont Actavis ne voudrait plus un jour. Or, Actavis a été repris. Son staff a été liquidé, et il s’est recentré sur d’autres activités.

Les négociations ont duré six mois. Pourquoi avoir mis autant de temps?

Nous avons mené plusieurs choses de front. Les "sellers" (NDR: les actionnaires ayant vendu Uteron à Actavis) devaient être d’accord pour ne pas réclamer les 150 millions de dollars qu’Actavis devait encore leur payer. La Région wallonne devait aussi accepter que Mithra reprenne les avances récupérables reçues par Uteron, soit 18millions d’euros.

"En août, j’apprends que je peux récupérer l’Estetrol auprès d’Actavis. J’ai sauté de joie!"

"Avec Estetrol, Mithra peut devenir numéro un mondial."

"Nous ne sommes pas les petits qui vont pleurer à la Région wallonne ou à la Bourse pour avoir des millions. Nous créons de la valeur."

"Quand j’ai dit, il y a seize ans, que je serais numéro un en Belgique, les gens m’ont dit: sois d’abord numéro un à Liège. En Belgique, il faut toujours convaincre."

 

Comment avez-vous convaincu les "sellers" de renoncer à ces 150 millions de dollars?

Les "sellers" auront tous les droits sur les produits repris à Actavis. En plus, Mithra leur versera des royalties sur ces produits jusqu’en 2040. Or, ils savent qu’Estetrol a de l’avenir. En outre, Mithra se chargera de la phase 3 du développement d’Estetrol, ce qui représente 48 millions d’euros. Au final, Mithra investira plus de 100 millions d’euros dans cette affaire.

Vous prenez un risque important, non?

Quel est le risque? Tout le monde croit dans l’Estetrol. La chimie du produit est très rentable. Le produit a déjà été testé auprès de 500 patients. Il est neutre sur le plan métabolique et n’a aucun impact sur les glandes mammaires. C’est une révolution dans le domaine de la contraception, et même après la ménopause.

Pourquoi une révolution?

C’est un œstrogène produit par le fœtus pour protéger la maman pendant la grossesse. Nous synthétisons cette molécule à partir du soja, ensuite nous la reproduisons industriellement, avec des applications en contraception, en ménopause et en cancer du sein et des ovaires. Ce sera une révolution dans le domaine de la gynécologie comme l’aspirine l’a été pour les antidouleur. Il n’a aucun impact hépatique, donc il ne perturbe pas les facteurs de coagulation. C’est une révolution par rapport aux contraceptifs de troisième génération et au risque de thrombose qu’ils font courir aux femmes. Zéro impact. Mieux, il y a même un impact positif. Le marché attend un contraceptif neutre pour croître.

Quand l’Estetrol sera-t-il sur le marché?

En 2019. Nous voulons le produire chez nous. Créer de l’emploi ici. L’usine de Flémalle est déjà trop petite, nous devons déjà faire une unité supplémentaire pour les hormones.

"J’en ai envie, de cette IPO. Mais peut-être qu’il n’y en aura pas. Suite à l’arrivée d’Estetrol, beaucoup d’investisseurs privés frappent à la porte."

Comment allez-vous le distribuer?

Nous sommes à la recherche d’un partenaire de taille mondiale pour sa distribution.

Quel chiffre d’affaires prévoyez-vous pour l’Estetrol?

Au minimum 400 millions de dollars de chiffre d’affaires à l’horizon 2022. Mais cela peut aller jusqu’à un milliard.

Vous vous attendiez à récupérer ce produit?

Non. J’étais sur tout autre chose, je voulais racheter d’autres dossiers. Et puis, bingo, en août, j’apprends que je peux récupérer l’Estetrol auprès d’Actavis. J’ai sauté de joie!

Qu’en est-il de l’IPO de Mithra? Vous l’aviez annoncée pour avril 2015…

Nous la préparons, nous sommes en train de rédiger le prospectus. J’en ai envie, de cette IPO. Mais peut-être qu’il n’y en aura pas. Des choses se sont passées depuis lors. Suite à l’arrivée d’Estetrol, beaucoup d’investisseurs privés frappent à la porte.

Comment allez-vous financer la phase 3?

Nous avons du cash-flow en suffisance. Nous sommes aussi soutenus par les banques.

Où en serait Mithra sans les fonds publics?

Mithra n’a presque pas reçu d’argent public! En 16 ans, j’ai reçu 11 millions d’euros d’avances récupérables. Nous en avons déjà remboursé 3 millions. Mais pour développer un projet, il faut 100 millions d’investissement et nous avons créé neuf projets. Nous nous sommes développés en valorisant Mithra et en faisant du cash-flow. Nous avons fait des augmentations de capital. Nous ne sommes pas les petits qui vont pleurer à la Région wallonne ou à la Bourse pour avoir des millions. Nous créons de la valeur.

Meusinvest a tout de même investi dans Mithra…

Meusinvest a investi 5 millions d’euros. Et ils ont déjà touché des royalties en retour, depuis 2008. Parfois un million d’euros pour une année. Mithra est une entreprise rentable. Sans vouloir minimiser l’impact de la Région, nous sommes une entreprise privée et internationale. Si demain Mithra est vendu, Meusinvest, qui détient 26% de notre capital, fait une belle plus-value.

©Debby Termonia

Vous voulez vendre Mithra?

Non…

Quel est votre objectif?

Développer une pharma intégrée, avec des produits vendus sur le marché international. Mon objectif, c’est de faire de Mithra le numéro un mondial en gynécologie.

Pour ça, il vous faudra encore du temps, non?

Si Estetrol est sur le marché en 2019, nous serons très vite devant nos concurrents.

Mais Bayer Schering, l’actuel numéro un, vous dépasse de loin…

Ils ne font plus aucune recherche en gynécologie. Rien. S’il continue ainsi, Bayer Schering va chuter. Avec Estetrol, Mithra peut devenir numéro un mondial. C’est possible. Même si je sais que des gens doutent parfois de Mithra ou trouvent que je vais trop vite et cherchent à me freiner.

Qui doute de Mithra?

Des gens… Mais ils finissent toujours par me croire quand ils voient que je fais du cash-flow. Quand j’ai dit, il y a seize ans, que je serais numéro un en Belgique, les gens m’ont dit: sois d’abord numéro un à Liège. En Belgique, il faut toujours convaincre.

Vous avez d’autres projets?

Beaucoup. Un stérilet hormonal en stade avancé. Un traitement du cancer du col de l’utérus. Mais le plus important aujourd’hui, c’est une levée de fonds pour l’Estetrol.

Comment s’est passé l’exercice 2014?

Nous avons augmenté notre part sur le marché belge de 39% à 45%.

Mithra est depuis peu sponsor de Bruges. Quel montant avez-vous mis sur la table? Pourquoi?

Nous avons investi 250.000 euros dans Bruges, jusqu’à la fin de la saison. Nous sommes très visibles dans le stade, nous avons une loge et nous pouvons faire du business. Pas moins de 60% du chiffre d’affaires de Mithra est réalisé en Flandre. Mais dans cette partie du pays, la plupart des hommes d’affaires ne connaissent pas.

La presse flamande parle de vous comme le "Marc Coucke" wallon. C’est flatteur…

Oui, c’est le début (rire). Mais j’en suis fier. Marc et moi, on se ressemble. Il a une communication facile, c’est un travailleur. Il a réussi dans le secteur pharmaceutique. Bien sûr, je ne suis pas encore à son stade. Mais on avance. Nous sommes aujourd’hui à une nouvelle étape grâce à Estetrol.

Vous prévoyez d’investir en Flandre?

Oui, des choses sont prévues. Mais je ne vous en dirai pas plus pour l’instant.

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