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interview

François Fornieri: "Ce n'est pas dans mon intention de me désengager de Mithra"

François Fornieri, ancien CEO de Mithra. ©Wouter Van Vooren

François Fornieri ne reviendra pas comme CEO de Mithra avant d'avoir réglé au moins son inculpation pour délit d'initié. Mais il ne compte pas tourner le dos à la société qu'il a créée.

Le Conseil d’administration de Mithra a annoncé vendredi la confirmation de la nomination de Leon Van Rompay au poste de CEO de la société, une fonction qu’il occupait déjà ad interim depuis plus de 8 mois. L'entrepreneur flamand avait succédé le 4 février dernier à François Fornieri, cofondateur et CEO historique de la société spécialisée dans la santé féminine. Ce dernier avait dû faire un pas de côté à cause de ses démêlés judiciaires dans le cadre du dossier Nethys, qui avaient été suivis par une inculpation de faits de délit d'initié dans un autre dossier.

Faut-il voir dans cette annonce le début d'un désengagement de François Fornieri de la société qu'il a créée et dont il reste l'actionnaire de référence? L'intéressé s'en défend et parle d'une volonté de clarification par rapport aux actionnaires.

Comment doit-on interpréter l'annonce de la nomination définitive de Leon Van Rompay?

La nomination provisoire était pour douze mois maximum. Le moment était venu de décider. Est-ce que je reviens ou pas? Le marché a besoin de clarté. La question peut être posée par des investisseurs et des fonds d'investissement. Je crois qu'il n'est pas bon pour une société de la taille de Mithra, avec un personnel en hausse constante, de garder le suspense. J'ai beaucoup réfléchi et je suis arrivé à la conclusion qu'il valait mieux que je n’exerce aucune fonction exécutive tant que le dossier de délit d'initié est en cours. Il fallait que le marché ait une vision claire et que Leon Van Rompay, avec qui je m'entends très bien depuis plus de 20 ans, soit confirmé.

Vous ne comptez donc pas vous désengager de la société?

Je reste administrateur et l'actionnaire le plus important, avec un peu plus de 26%.

Mais vous avez vendu des actions récemment...

Il est vrai que j'ai vendu pour un peu plus d'un million d'actions ces derniers mois. Mais dans le même temps, j'ai aussi converti 1,2 million de warrants en actions. Donc, je n'ai pas réduit ma participation dans Mithra, bien au contraire.

"Je n'ai pas réduit ma participation dans Mithra, bien au contraire".

Depuis plusieurs années, j'oscille entre 25 et 28%; il y a eu une dilution forcément chaque fois qu'il y a eu des augmentations de capital. Mais je cherche à rester au-dessus de 25%. Je reste en confiance avec le groupe. Quand Leon Van Rompay ou les membres du comité de direction ont besoin de moi, je suis là pour donner des conseils stratégiques.

Mais pourquoi avoir vendu ces actions dans ce cas?

J'ai dû vendre des actions il y a quelques mois à cause de ces événements malheureux. J'ai dû rembourser certaines dettes bancaires. Ce n'est pas du tout dans mon intention de me désengager. Je n'avais d'ailleurs jamais vendu d'actions Mithra depuis sa création. Avant l'entrée en bourse, j'avais même atteint les 80%. Après notre entrée en bourse, nous avions 30% environ de capital flottant. Aujourd'hui, nous sommes à plus de 45%.

Mithra reste donc votre priorité numéro un?

Si je ne me désengage pas, c'est que je crois complètement au projet Mithra. Durant ce premier semestre, Mithra a relevé de nombreux défis et non des moindres, en particulier le lancement de notre pilule contraceptive Estelle dans les plus grands marchés mondiaux. Il s'agit du lancement le plus réussi d'un contraceptif aux États-Unis. Les autorités ne nous ont pas demandé d'informations complémentaires, ce qui est rare. Le succès d'Estelle est plus grand qu'attendu. Et maintenant, arrive le Donesta, destiné au marché de la ménopause. Son potentiel est nettement plus important que la pilule Estelle, pour laquelle nous avons signé des licences commerciales pour le monde entier d’une valeur d’environ 500 millions d’euros. Les premiers résultats en termes d'efficacité sont attendus pour la fin de cette année. Ce ne serait donc pas vraiment le moment de vendre. Le marché de la ménopause, estimé à 10 milliards, pourrait doubler et même tripler.

Vous liez cette décision au dossier de délit d'initié. Mais il y a aussi les affaires liées à Nethys...

C'est un dossier qui est parti pour 10 ou 15 ans. Je réponds aux questions du juge d'instruction, qui a encore beaucoup d'autres devoirs d'enquête et de personnes, y compris politiques, à interroger.

"Dans le dossier Nethys, il s'agit d'une plainte contre X, il n'y a rien contre François Fornieri précisément".

Et dans ce dossier, il s'agit d'une plainte contre X, il n'y a rien contre François Fornieri précisément. Ce n'est pas cela qui embête le monde bancaire. Ce qui le préoccupe, c'est la bourse et le dossier de délit d'initié. Mais je suis assez confiant. Je l'ai répété au juge d'instruction: je n'ai jamais utilisé un tiers pour acheter des actions Mithra.

On aurait pu croire également à un désengagement parce que vous semblez avoir multiplié les investissements ailleurs...

Oui, il est vrai que j'ai vendu un peu plus que ce que je devais rembourser. J'ai investi dans diverses sociétés et aussi dans des projets immobiliers, afin de diversifier mon patrimoine, surtout à Liège. Dans les sociétés, je suis actionnaire de Millésime Chocolat, Protection Unit, les chaussures Rose Mercier... J'ai aussi investi dans le padel. Directement ou indirectement, je fais travailler plus de 4.000 personnes, si on compte Mithra, Mayne Pharma - dans lequel Mithra est devenu actionnaire principal - et les sociétés que je viens de citer.

Est-ce que ces investissements pourraient s'étendre bientôt au Standard?

Tout le monde sait que je suis très attaché à ce club et que je ne veux que son bien.

"Je suis prêt à investir dans le Standard, mais pour le club, et à une valeur correcte."

J'avais conclu un accord avec Bruno Venanzi, mais nous n’avons pas la même vision des choses. Par exemple, je n'ai pas trop apprécié que le stade soit vendu à L'Immobilière. Je suis prêt à investir dans le Standard, mais pour le club, et à une valeur correcte. D'après la presse, Bruno Venanzi discute aussi avec d'autres partenaires. S'il n'accepte pas leurs conditions, il pourrait réexaminer d’autres possibilités. Ma porte reste ouverte.

Les phrases clés

  • "Je suis arrivé à la conclusion qu'il valait mieux que je n’exerce aucune fonction exécutive tant que le dossier de délit d'initié est en cours."
  • "Je cherche à rester au-dessus de 25% dans Mithra."
  • "Directement ou indirectement, je fais travailler plus de 4.000 personnes."
  • "Tout le monde sait que je suis très attaché au Standard."

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