interview

François Fornieri (Mithra): "4,5 milliards, c'est quand même énorme pour une biotech"

©Debby Termonia

Selon le scénario pessimiste, le chiffre d'affaires brut de la pilule Estelle aux USA devrait atteindre au moins 4,5 milliards d'euros sur la durée du contrat. Un montant considérable pour le CEO de Mithra François Fornieri.

Mithra a signé le plus important contrat de son histoire avec la société australienne Mayne Pharma pour la commercialisation de son contraceptif oral Estelle aux Etats-Unis. On fait le point avec le CEO de la société biopharma liégeoise, François Fornieri. 

L’accord signé avec Mayne Pharma prévoit que Mithra devienne actionnaire à hauteur de 9,6% de la société. C’est la première fois que vous procédez à ce genre de participation?
Oui, c’est la première fois que l’on fait cela avec un partenaire. Si vous regardez leur actionnariat, ils ont environ 70% en Bourse en flottant. Parmi les actionnaires privés, le président, qui est l’un des actionnaires fondateurs, a un peu plus de 6%. C’est l’actionnaire privé le plus important. Nous devenons donc un actionnaire fort parmi les actionnaires de Mayne. On aura un poste au conseil d’administration dès l’obtention de l’autorisation de marché aux Etats-Unis. Nous aurons également une position dans le comité stratégique de lancement d’Estelle.

Pourquoi avoir procédé de la sorte?
Cette participation permet à Mithra de participer à l’organisation du lancement commercial d’Estelle. Nous pourrons amener notre expertise à Mayne. De son côté, Mayne dispose d’une solide expérience sur ce marché, avec l’une des plus importantes forces de vente. C’est le marché le plus important pour Mithra. Avec cette participation dans leur actionnariat, en plus des droits de licence conséquents, nous bénéficierons de la plus-value éventuelle de leur cours de bourse. Mayne est numéro deux en contraception aux USA et cette acquisition devrait susciter l’appétit boursier. Leur marché attendait cela. 4,5 milliards d'euros, c’est quand même énorme pour une biotech! Et encore, c’est pour le scénario le plus pessimiste. Le plus optimiste, c’est 9 milliards. On a sorti ce qu’on pense être le minima. Cette participation dans Mayne est ce que ce que je préfère le plus dans cet accord.

7
milliards
Quand on additionne l’Europe et les USA, on est au moins à 7 milliards. Sans compter tous les autres dossiers, au Japon, en Inde…

C’est donc un accord nettement supérieur à celui conclu pour l’Europe?
Oui. Plus du double. Quand on additionne l’Europe et les USA, on est au moins à 7 milliards. Sans compter tous les autres dossiers, au Japon, en Inde…

Sous quel nom sera lancé Estelle aux USA?
Ce sera sans doute une autre marque parce qu’on doit suivre la réglementation et on ne peut avoir un certain nombre de lettres comparables à un produit de la même gamme ou à un médicament.

Après les USA, quelles sont les étapes suivantes pour Estelle en termes de marché?
Il reste encore pas mal d’autres marchés, en particulier la Chine, l’Inde, l’Amérique du Sud hors Brésil, l’Australie…

Cerise sur le gâteau, la fabrication se fera à Liège…
Oui. Toute la fabrication pour le marché américain sera faite au CDMO à Liège, dès que l’on sera approuvé évidemment. Mais on a un back up. A terme, et même le plus vite possible, tout se fera au CDMO.

"Nous réfléchissons actuellement à agrandir notre site de Flémalle et, par conséquent, augmenter les capacités de production."
François Fornieri
CEO de Mithra

C’est faisable avec la taille des installations actuelles?
Oui. Mais quand on aura le Donesta, il faudra faire un choix. Soit on agrandit. Nous réfléchissons actuellement à agrandir notre site de Flémalle et, par conséquent, augmenter les capacités de production. Mais ce n’est pas notre premier métier de faire de la production. On mettra en compétition des sites extérieurs, des back ups, pour avoir des prix compétitifs. Pour Estelle, on avait annoncé qu’on produirait 25% d’Estelle, sans compter les productions pour les produits en ménopause Donesta et Perinesta.

Quelle est la portée de l’accord avec les anciens actionnaires d’Uteron?
On a réduit fortement - de 400 millions - la dette liée aux "earnouts" (Uteron Pharma détenait l'actif E4 de l’Estelle avant sa cession à Mithra, ndlr). La valorisation de l’entreprise a pris 400 millions avec cette opération. Les normes IFRS estiment ce qu’on devrait payer jusqu’à 2040, sur base des revenus escomptés pour Estelle. Cet accord avec les actionnaires d’Uteron leur permet de recevoir un montant fixe plus faible, mais plus tôt que prévu. On a réduit de douze ans, mais on veut sécuriser notre cash et garder suffisamment d’argent pour payer nos études cliniques Donesta. De son côté, Mithra réduit considérablement sa dette. Les actionnaires d’Uteron ont préféré avoir un "je l’ai" à court terme que deux "je l’aurai" à long terme. On pourra d’ailleurs soit débourser cet argent ou bien choisir de le convertir en actions.

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