analyse

Galapagos signe la plus grosse opération du secteur biotech belge

©Bloomberg

Le géant américain Gilead va investir 5 milliards de dollars dans la biotech flamande, via notamment une prise de participation plus importante.

Nouvelle opération retentissante dans le secteur des sciences du vivant en Belgique: en concluant une collaboration mondiale de 10 ans en matière de recherche et développement avec la société pharmaceutique américaine Gilead Sciences, la biotech malinoise Galapagos a signé un accord d’une ampleur financière encore plus important que le rachat, en 2018, de sa consœur gantoise Ablynx par le français Sanofi. Le géant américain va en effet verser quelque 3,95 milliards de dollars à Galapagos, auxquels viendront s’ajouter 1,1 milliard de dollars sous forme de participation de Gilead dans l’entreprise belge, qui passera de 12,3 à 22%. Une opération de plus de 5 milliards de dollars donc, contre 3,90 milliards d’euros pour le rachat d’Ablynx.

Dans le cadre de cet accord, le deuxième entre les groupes après celui de plus de deux milliards de dollars noué en 2015, Galapagos sera désormais plus impliqué dans la stratégie mondiale du filgotinib.

Dans le cadre de cet accord, le deuxième entre les groupes après celui de plus de deux milliards de dollars noué en 2015, Galapagos sera désormais plus impliqué dans la stratégie mondiale du filgotinib, le candidat médicament annoncé pour la polyarthrite rhumatoïde et d’autres pathologies inflammatoires, comme la maladie de Crohn.

Galapagos emploie actuellement 750 personnes dans le monde: 500 à Malines et le reste à Leiden aux Pays-Bas (deuxième site le plus important), en France (près de Paris), aux USA (Boston), en Suisse (Bâle) et en Croatie. Elle recherche actuellement une quarantaine de nouveaux profils, selon une porte-parole.

Trois scénarios

Bien que cet accord constitue la plus grosse opération de l’histoire du secteur biotechnologique belge, Galapagos ne passera donc pas dans le giron d’un géant pharmaceutique étranger et restera indépendante. "Il y a toujours trois scénarios possibles quand on fait du développement", explique Frédéric Druck, administrateur délégué d’Essenscia Wallonie-Bruxelles.

  • "Le premier, c’est le stand alone, c’est-à-dire aller tout seul sur le marché." C’est l’option qui a toujours été défendue par le CEO de Galapagos, Onno van de Stolpe, qui a constamment fait valoir qu’il voulait rester indépendant et qu’il avait les moyens et les ambitions d’aller seul jusqu’au marché.
  • "Le deuxième scénario, qui est le plus courant dans une phase de développement avancée pour laquelle on a besoin de plus de moyens, c’est le partenariat", poursuit Frédéric Druck, qui cite un certain nombre d’exemples: Galapagos avait déjà un accord avec Gilead, Argenx avec Amgen et AbbVie, Celyad a également conclu des partenariats… C’est assez classique: les grands groupes viennent à la rescousse pour aider à développer une molécule plus rapidement, avec des outils plus perfectionnés.
  • "Enfin, la troisième voie, c’est la valorisation, avec la vente de licences ou de l’entreprise dans son ensemble." Dans ce dernier cas, c’est ce qui s’est passé avec Ablynx – qui a gardé une certaine identité au sein de Sanofi ou avec la société carolo Ogeda, rachetée par le Japonais Astellas, qui n’a finalement gardé que la molécule convoitée et revendu par la suite les ex-actifs de la biotech wallonne.

Indépendance garantie

"Pour moi, c’est un scénario rassurant pour les investisseurs, mais aussi pour les collaborateurs de l’entreprise."
Frédéric Druck
Essenscia Wallonie-Bruxelles

"Dans le cas de Galapagos, on est un peu dans un mix entre les deux premiers cas, puisqu’ils restent indépendants, avec une garantie de maintenir cette indépendance pendant dix ans, tout en étant lié à une grande société, commente encore Frédéric Druck. On voit que ce qui intéresse Gilead, c’est la plateforme de développement. Pour moi, c’est un scénario rassurant pour les investisseurs mais aussi pour les collaborateurs de l’entreprise. Ce que je pourrais rajouter, c’est que ces partenariats sont très souvent indispensables. Si on regarde les marchés thérapeutiques visés, ce sont des marchés mondiaux, énormes et très compétitifs. Pas question donc d’y aller tout seul. Il faut être épaulé par quelqu’un qui a un réseau."

 

Les maladies inflammatoires sont en effet des marchés très matures et très structurés. On n’est pas dans le cas de maladies orphelines, très complexes, où on ne connaît même pas le nom de la pathologie. Il est quelque part rassurant d’avoir des molécules dans ces marchés. Les prévisions les plus favorables pour le produit phare de Galapagos, le filgotinib, visent un chiffre d’affaires annuel maximum de 6 milliards de dollars, en tenant compte du potentiel d’autres maladies pour lesquelles le médicament peut être utilisé. Un des avantages de ces produits de nouvelle génération, c’est qu’ils prennent la forme de pilules alors que les traitements actuels doivent être injectés.

Développement commercial

Les dirigeants de Galapagos ont bien joué, puisque les deux partenaires ont décidé de revoir leurs accords existants au sujet du développement et de la commercialisation du filgotinib.

Dans le cas présent, les dirigeants de Galapagos ont bien joué, puisque les deux partenaires ont décidé de revoir leurs accords existants au sujet du développement et de la commercialisation du filgotinib. La biotech malinoise prendra à son compte une part plus importante de sa commercialisation en Europe, ce qui lui permettra d’accélérer le développement de sa présence commerciale en Europe et de se profiler davantage comme une société pharma.

Malgré sa trésorerie et sa valorisation boursière, un Galapagos ne peut toutefois espérer devenir un Pfizer à moyen terme. "Entrer sur le marché mondial avec des études de phase 3 multicentriques, c’est très cher, conclut Frédéric Druck. Il faut être présent partout sur tous les continents, pour faire le suivi des études, les enregistrements. Ce sont des lancements souvent mondiaux. Il faut avoir une connaissance au niveau régulatoire, au niveau de la recherche, et puis, il y a la commercialisation."

    Reste un constat, très optimiste: fruit d’un écosystème particulièrement performant, le secteur biotechnologique belge reste en pleine effervescence. Une douzaine d’entreprises issues de projets universitaires cotées sur Euronext Bruxelles suscitent l’intérêt d’investisseurs étrangers. Et derrière elles, des dizaines d’autres biotechs prometteuses sont en pleine expansion.

    4 questions à Daniel O'Day, CEO de Gilead
    Depuis mars dernier, Daniel O’Day – qui a accumulé plus de 30 années d’expérience dans le secteur – est à la barre de la big pharma américaine Gilead. Avant de rejoindre le groupe, il dirigeait un autre géant pharmaceutique, Roche Pharmaceuticals.
    Dès leur première rencontre, le courant est passé entre O’Day et Onno van de Stolpe, le CEO de Galapagos. "Onno est très pragmatique. Il m’a tout de suite impressionné. De plus, il a beaucoup d’humour. Nous passons de bons moments ensemble."

    1/ Pourquoi n’avez-vous pas tout simplement racheté Galapagos ?
    Parce que j’avais peur de détruire de la valeur au lieu d’en créer. Lors d’une acquisition, vous courez le risque de voir partir vos meilleurs chercheurs parce qu’ils ne souhaitent pas travailler pour un grand groupe. Nous l’avons souvent constaté. Si nous voulons obtenir les meilleurs résultats possibles, Galapagos doit rester indépendant et disposer des moyens financiers pour continuer en toute liberté à développer de nouveaux médicaments.

    2/ Le pacte de non-agression est valable pendant dix ans. Dans l’intervalle, Gilead a la possibilité d’augmenter sa participation dans Galapagos à près de 30%. Cette indépendance dont vous parlez pourra-t-elle y résister?
    Je n’ai pas de boule de cristal. Dans le secteur des biotechnologies, dix ans c’est long. Ce qui est positif, c’est que nous disposons aujourd’hui de ces dix années pour tester la collaboration et pour décider si nous voulons poursuivre ensemble. Comme Onno, je suis un optimiste. Mais nous verrons bien dans dix ans.

    3/ Ne payez-vous pas cher pour un pipeline qui contient peut-être des médicaments potentiels susceptibles d’échouer?
    J’ai aussi examiné les choses sous cet angle. Dans notre secteur, nous cherchons à repousser les limites. Les échecs en font partie. Et même avec des échecs potentiels, cela reste une bonne idée. On a six médicaments en préparation dans différentes phases de recherche, 20 études précliniques et une collaboration de dix ans. Peut-être n’est-ce pas la meilleure solution pour relever mes défis à court terme, mais je suis convaincu que nous obtiendrons un excellent rendement à long terme.

    4/ Ce cas fera-t-il école et aurons-nous bientôt une période plus calme sur le front des grandes acquisitions dans le secteur de la biotech?
    Je n’en suis pas certain. Les transactions comme la nôtre sont rares. Il n’est pas facile de trouver des entreprises ayant autant d’affinités. Et tout est basé sur la confiance. Pas uniquement entre Onno van de Stolpe et moi-même. Mais pour moi, le nouvel arrivé, il était très important de regarder mes chercheurs droit dans les yeux et de leur demander ce qu’ils pensaient de Galapagos. La réponse a été unanimement positive. Et au final, ce sont les chercheurs qui définissent si 1 + 1 = 3."

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