La guerre des vaccins contre le Covid-19 bat son plein

Les accords conclus entre États et groupes pharmaceutiques pour la fourniture de vaccins contre le Covid-19 sont souvent liés à des aides publiques. ©AFP

Les accords pour l'approvisionnement en vaccins contre le Covid-19 se multiplient. Laboratoires pharmaceutiques et grands pays tentent d'assurer leurs arrières.

Après la guerre d’approvisionnement des masques et autres équipements médicaux, s’achemine-t-on vers une concurrence mondiale pour la fourniture de vaccins contre le Covid-19? L'empressement de certains gouvernements à signer des accords privilégiés avec les firmes pharmaceutiques démontre, en tous cas, que plusieurs pays entendent être fournis en premier.

"Le gouvernement a désormais un accès sécurisé à trois vaccins contre le Covid-19."
Le gouvernement britannique

Lundi, le gouvernement britannique a dévoilé des accords portant sur 90 millions de doses de deux vaccins en cours de développement contre le Covid-19. Ces accords - sur 30 millions de doses pour l'alliance entre la biotech allemande BioNtech et le laboratoire américain Pfizer et 60 millions de doses (avec une option pour 40 millions supplémentaires) pour le français Valneva - viennent s'ajouter à un accord avec le groupe britannique AstraZeneca. Ce dernier porte sur 100 millions de doses du vaccin que développe l'université d'Oxford et qui a franchi, ces derniers jours, une étape importante. Selon des résultats publiés dans la revue The Lancet, il a généré une forte réponse immunitaire dans un essai de phase 1/2 sur plus de 1.000 patients.

Avec ces nouveaux accords, "le gouvernement a désormais un accès sécurisé à trois vaccins contre le Covid-19 qui sont développés ici et à travers le monde, donnant au Royaume-Uni toutes les chances d'avoir accès à un vaccin sûr et efficace au plus vite", a souligné le gouvernement britannique, qui avait été vertement critiqué jusque là pour sa gestion de la crise. Le nombre de doses sécurisées dépasse largement la population britannique (67 millions d'habitants).

Bientôt un accord avec l'UE

D'autres pays européens ont déjà fait de même: à la mi-juin, l'Allemagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas ont également signé un accord avec AstraZeneca pour garantir la fourniture à l'Union européenne (UE) de 300 millions de doses du vaccin contre le coronavirus.

Même si cet accord prévoit l'approvisionnement de l'ensemble des pays membres de l'UE, la Belgique a préféré ne pas y participer, les quatre États signataires ne suivant pas vraiment les recommandations de la Commission européenne. Celle-ci prône, en effet, un effort commun des 27 pour passer des contrats avec les groupes pharmaceutiques. Une enveloppe européenne de 2,4 milliards d'euros y est d'ailleurs consacrée.

Le premier accord pourrait être signé avec Sanofi pour la fourniture de 300 millions de doses. Le labo français, qui prépare d'autres contrats de ce type avec d'autres pays, développe deux vaccins, à partir de deux technologies différentes (dont une de GSK), contre le Covid-19.

Opération "warp speed"

De leur côté, les États-Unis ne sont pas en reste et ont encore investi tout récemment 1,6 milliard de dollars dans la biotech Novavax, en échange de la garantie d'avoir la priorité sur les 100 millions de premières doses en cas d'efficacité prouvée.

300 millions
de doses
Objectif de "Warp Speed": fournir 300 millions de doses d'un vaccin d'ici janvier 2021, au bénéfice des Américains.

L'administration Trump a multiplié les accords avec plusieurs biotechs et laboratoires pharmaceutiques, finançant la construction de sites de production, les travaux de recherche et les études cliniques. Tous ces efforts portent même un nom: opération "Warp Speed" (vitesse de l'éclair). Objectif avoué: produire et fournir 300 millions de doses d'un vaccin d'ici janvier 2021, au bénéfice des Américains.

Aides publiques à la clé

Historiquement, ces contrats, qui permettent de s'affranchir des lois du marché, sont plutôt l'exception. La plupart des pays européens, dont la Belgique, en avaient signé avec GSK il y a onze ans pour la fourniture d'un vaccin contre la grippe A/H1N1.

Les accords conclus pour le Covid-19 semblent aller plus loin, puisqu'ils sont souvent liés à des aides publiques. Pour les entreprises pharmaceutiques, "cela permet de limiter les risques financiers alors qu'elles investissent pour adapter leur outil de production sans savoir si le candidat vaccin se matérialisera un jour", indique un spécialiste, qui rappelle que beaucoup de grands laboratoires ont parlé de fournir les vaccins à prix coûtant (sans bénéfice).

Ces accords restent des paris car on ignore encore si ces vaccins fonctionneront, ce qui fait probablement l'objet de clauses spéciales.

Il est possible que ces contrats abordent également la question de la responsabilité - ou non - des producteurs en cas de décès ou d'effets secondaires graves, tous ces vaccins étant des nouveaux produits.

En échange, les pays contributeurs s’assurent, de leur côté, un approvisionnement alors que la compétition pour l’accès à un vaccin est mondiale. Mais ces accords restent des paris car on ignore encore si ces vaccins fonctionneront, ce qui fait probablement l'objet de clauses spéciales. Ils pourraient aussi s'avérer finalement d'une portée limitée si la plupart des 150 projets de vaccin aboutissent.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés