analyse

GSK a-t-il fait les bons choix pour le vaccin contre le Covid-19?

Djamila Louahed, directrice du site de Rixensart: l'adjuvant de GSK permet de produire plus de vaccins plus vite. ©Diego Franssens

Alors qu'un deuxième vaccin vient d'être approuvé dans l'UE, celui de Sanofi et de GSK ne sera pas disponible avant fin 2021. Le laboratoire britannique assure être toujours dans la course.

En développant en moins de dix mois un vaccin contre le Covid-19, le duo Pfizer /BioNTech et Moderna ont réalisé un exploit inédit dans l’histoire de la pharmacie. Mais la course au vaccin comporte aussi son lot de contretemps: il y a un mois, les laboratoires français Sanofi et britannique GSK annonçaient que leur vaccin commun ne serait pas disponible avant le dernier trimestre de 2021. Jusqu'à six mois de retard à cause de résultats moins bons qu'espérés au cours des essais cliniques.

Un délai qui amène à se poser plusieurs questions: Sanofi et GSK, deux poids lourds des vaccins - qui sont habituellement concurrents -, ont-ils fait les bons choix en misant sur des technologies traditionnelles? Et au-delà, la technologie révolutionnaire de l’ARN messager, qui a permis à Pfizer et à Moderna d’aller aussi vite,  va-t-elle entraîner une redistribution des cartes dans le secteur?

Les marchés pas inquiets

En ce qui le concerne, GSK est numéro un mondial en termes de diversité du portefeuille et de volume des vaccins. La branche vaccins du géant britannique est fortement implantée en Belgique, avec les sites de Rixensart (R&D surtout) et de Wavre (production), soit environ 9.000 emplois. Le retard annoncé n'a finalement pas trop inquiété les marchés: le titre n'a reculé que de 1,10% entre le 10 décembre et ce vendredi.

"L'adjuvant a montré ses mérites dans des dizaines de millions de vaccins contre la grippe lors de la pandémie H1N1 en 2009."
Jamila Louahed
Directrice du site de GSK à Rixensart

Avec du recul, le groupe maintient qu'il a choisi la bonne stratégie. GSK, dont l'apport consiste à fournir un adjuvant qui permet de renforcer et de prolonger la réponse immunitaire du vaccin, a choisi de se reposer sur ses points forts. "L'adjuvant a montré ses mérites dans des dizaines de millions de vaccins contre la grippe lors de la pandémie H1N1 en 2009", explique Jamila Louahed, la nouvelle directrice du site de Rixensart de GSK. Le groupe n'a d'ailleurs pas mis tous ses œufs dans le même panier puisqu'il a 3 vaccins en développement clinique en collaboration avec des partenaires: outre Sanofi, le laboratoire britannique a aussi noué des collaborations avec le canadien Medicago et le chinois Clover. Et d’autres partenariats sont en cours. Ce qui explique que GSK ait maintenu son objectif de produire un milliard de doses d’adjuvants pour 2021. Enfin, GSK a aussi deux traitements potentiels en développement, avec deux programmes d'anticorps monoclonaux en essais cliniques.

Plus de doses de vaccins

L’utilisation de la technologie des adjuvants - qui a été mise au point à Rixensart - est particulièrement importante dans un contexte de pandémie, selon Jamila Louahed, car elle permet également réduire la quantité d’antigènes ou de protéines vaccinales requises par dose. Cela permet donc de produire plus de doses de vaccin pour protéger un plus grand nombre de personnes plus rapidement.

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milliard de doses
GSK a maintenu son objectif de produire un milliard de doses d’adjuvants pour 2021.

"Des milliards de gens doivent être vaccinés, ce qui représente un immense défi", fait-on remarquer chez pharma.be, la coupole du secteur. "Nous aurons probablement besoin de chaque vaccin qui sera approuvé. De plus, on ne sait pas si une vaccination suffira ou si le vaccin Covid-19 sera un vaccin à administrer annuellement, comme ceux contre la grippe. Probablement que les vaccins qui entreront sur le marché plus tard auront aussi un rôle à jouer dans la maîtrise de la pandémie", fait valoir l'association. Dans ce contexte, le vaccin Sanofi-GSK devrait conserver des atouts en termes de facilité de production et de distribution, mais aussi de coût, puisque le prix d'une dose tournerait autour de 7,5 euros, dans la moyenne de la fourchette.

Mais que se passerait-il dans le cas, certes improbable, où le vaccin Sanofi/GSK échouerait à obtenir des résultats suffisants? "Bien sûr, ce serait ennuyeux", rétorque Jamila Louahed. "Mais cela n'aurait pas de conséquences majeures pour le Brabant wallon. Nous faisons beaucoup plus ici en matière de vaccins. Deux millions de vaccins sont produits ici chaque jour. Et 70% vont vers les pays en développement."

Un vaccin antirabique

La seconde question, sur le changement de donne apporté par les vaccins à ARN messager, semble plus ouverte. À noter que le groupe britannique maîtrise lui aussi cette technologie, qui n'avait pas encore débouché sur l'autorisation d'un vaccin avant l'approbation des vaccins Covid de Pfizer et de Moderna. GSK possède une plateforme appelée SAM (Self Amplifying mRNA), parfois considérée comme l'ARNm 2.0 et donc, la prochaine génération de technologie d'ARNm. "Nous testons actuellement la technologie SAM sur un vaccin antirabique", souligne de son côté Elisabeth Vandamme, la porte-parole de GSK en Belgique. "Il s'agit d'une approche potentiellement révolutionnaire qui pourrait ouvrir une foule d'opportunités, telles que les vaccins personnalisés et thérapeutiques. Elle pourrait également réduire considérablement les délais de développement et accélérer notre capacité à répondre à la flambée de certaines maladies infectieuses", souligne-t-elle. Le groupe a d'ailleurs plusieurs fers au feu en la matière, puisqu'il a signé un accord de coopération avec CureVac, spécialisée dans l'ARNm, pour le développement de plusieurs vaccins. GSK a au passage pris 10% du capital de la biotech allemande.

"Il est trop tôt pour dire si les vaccins à ARNm vont vraiment bouleverser la manière dont les vaccins seront développés dans le futur."
Pharma.be

Des réserves dans la population

Par ailleurs, "on ne sait pas encore si on peut déjà parler d'une technologie 'game changer'", note-t-on encore chez pharma.be. "Ces vaccins ont un grand potentiel, mais ils auront aussi des inconvénients, tels que le stockage à -80°C. Il est donc trop tôt pour dire s’ils vont vraiment bouleverser la manière dont les vaccins seront développés dans le futur", selon l'association. Bien que rapide et débouchant sur des taux d'efficacité très élevés, la technologie semble susciter également des réserves plus fortes au sein de la population, en raison de sa nouveauté. Enfin, "il existe des domaines et des maladies pour lesquels l'ARNm n'est probablement pas adapté", conclut Elisabeth Vandamme. "Il est donc peu probable que les vaccins existants, à haute efficacité, soient remplacés par des vaccins à ARNm. Par conséquent, il est essentiel de conserver une boîte à outils de technologies larges et diversifiées et de continuer à la développer davantage."

GSK a aussi deux traitements potentiels en développement. ©Diego Franssens

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