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GSK ou les chiffres qui comptent le plus

La bataille des chiffres après l'annonce des licenciements chez GSK.

Belle surenchère cette semaine. Après l’annonce de GSK jeudi de se séparer de 935 employés, on a vu une salve de réactions. Alors qui dit mieux ? Dans la salle, tout au bout à gauche, deux acteurs ont frénétiquement levé la main. Le PTB d’abord, brandissant sur son site internet une affiche où s’entrechoquaient deux chiffres : 516 millions de bénéfice, 953 emplois supprimés. Il fallait faire plus fort, alors le PS l’a fait: 3,6 milliards de bénéfice. Ce deuxième chiffre étant celui du groupe à l’échelle internationale.

On le voit, les négociations au niveau fédéral étant au point mort, la tentation est grande de se faire les dents sur une actualité sociale bien saignante. Au cas où…

Mais sortons des slogans. Une entreprise comme GSK peut-elle être condamnée si elle cumule bénéfice et plans sociaux? À première vue, oui… si cette entreprise évolue dans un monde figé, si elle n’investit pas, si elle profite sans vergogne de subsides, si elle dissémine ses revenus auprès de ses actionnaires et dirigeants.

Ce n’est pas le cas de GSK.

Le monde politique se doit d'accompagner ce mouvement et non livrer un combat de chiffres stérile qui se fait sur le dos de ceux qu'il est justement censé défendre.

Le monde pharmaceutique vit un bouleversement, notamment après l’arrivée de structures comme Amazon qui s’est lancé dans la pharmacie grand public. Les entreprises pharmaceutiques historiques sont obligées de se recentrer. En 2015, GSK a racheté la division " vaccins " de Novartis et aujourd'hui continue sa mue. Sur 10 ans, le groupe a investi plusieurs milliards d’euros en Belgique. Et remet 500 millions sur la table.

Certes, GSK a pu bénéficier des généreuses déductions fiscales sur les brevets. Poussée dans le dos par la Commission européenne, la Belgique a dû les revoir à la baisse. Cela n’a pas empêché l’entreprise de continuer à soutenir la R&D. Parce que c’est dans l’innovation qu’un groupe se transforme. Parce que c’est là que nos chercheurs peuvent faire la différence. Parce que c’est là aussi qu’un écosystème structurant a pu naître, et fait rayonner la Belgique sur la carte internationale des sciences du vivant.

C’est cette reconnaissance qui accompagne aujourd’hui nos biotechs belges, petites pépites en pleine expansion. Selon nos informations, elles recherchent un total de 2.400 postes en Wallonie. Un emploi n’est évidemment pas l’autre, mais le monde politique se doit d'accompagner ce mouvement, et non livrer un combat de chiffres stérile qui se fait sur le dos de ceux qu'il est justement censé défendre.

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